Dans cet entretien accordé au Mauricien, Mahen Seeruttun souligne que le classement de Maurice parmi les investisseurs de portefeuille de catégorie 1 est un soulagement pour le pays. « Non seulement c’est une bonne nouvelle, mais cela démontre encore une fois les liens étroits qui unissent l’Inde et Maurice ainsi que nos deux chefs de gouvernement », dit-il.

Le classement de Maurice par le Securities and Exchange Board of India (SEBI) parmi les investisseurs de portefeuille étrangers de catégorie 1 constitue-t-il une fenêtre d’opportunités pour le secteur des services financiers mauricien ?

Tout à fait. C’est une ouverture pour nous. A un certain moment, Maurice était tombée dans la catégorie 2. Ce qui impliquait des exigences supplémentaires avec lesquelles il fallait se conformer, ainsi que des coûts additionnels, notamment le KYC (« Know Your Client ») des clients, au risque de voir partir les gestionnaires de fonds vers des régions comme Singapour et Hong Kong, qui sont membres de la Financial Action Task Force. Depuis que nous étions tombés dans la catégorie 2, le gouvernement dans son ensemble, le ministère des Services financiers et la FSC avaient multiplié les démarches pour amener le SEBI à revoir sa position. Il y a eu de nombreuses correspondances et le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a écrit à son homologue indien, Narendra Modi, pour lui expliquer que cette situation était défavorable à Maurice, qui est un convoyeur majeur d’investissements étrangers en Inde. Maurice est le deuxième plus important pays à convoyer les investissements vers l’Inde. Lorsque le Premier ministre était en visite privée dans la Grande Péninsule, en janvier, il avait rencontré Narendra Modi. Depuis cette rencontre, les choses ont commencé à bouger. Finalement, le SEBI a apporté un amendement à ses règlements afin de donner la possibilité non seulement aux entités faisant partie de la Financial Action Task Force, mais également à ceux recommandés par le gouvernement, de figurer dans la catégorie 1.

Le ministère des Finances indien a publié lundi un décret pour affirmer que « the category 1 foreign portfolio investor shall include entities from the FATF member countries or from any country specified by the Central Government by an order or by way of an agreement or treaty with other sovereign Governments… ». Par conséquent, conformément aux nouveaux règlements du SEBI, Maurice est devenue éligible pour être classée dans le « Category 1 Foreign Portfolio Investor ». C’est un soulagement pour tous les investisseurs des fonds d’investissement. Cette mesure permet d’apaiser leurs appréhensions de voir leurs investisseurs partir vers d’autres pays. C’est rassurant. Par ailleurs, dans le dernier budget présenté par le gouvernement indien, provision avait été faite pour taxer les entités ne se trouvant pas dans la catégorie 1. Ce qui aurait pénalisé Maurice doublement. Heureusement que tout cela est désormais derrière nous.

Les relations privilégiées entre l’Inde et Maurice ont donc pesé dans la balance ?
Non seulement c’est une bonne nouvelle, mais cela démontre en effet encore une fois les liens étroits qui unissent nos deux pays et nos deux chefs de gouvernement. C’est cela qui a permis d’arriver à cette solution.

Comptez-vous rencontrer les opérateurs mauriciens ?
J’avais rencontré les opérateurs de l’Industrie la semaine dernière. Je les rencontre à nouveau aujourd’hui (mardi, Ndlr) pour discuter de la ligne à suivre. Le secteur des Services financiers a encore un gros potentiel pour contribuer à l’économie du pays. Nous voulons mettre tout de notre côté pour renforcer les infrastructures et l’environnement pour que ce secteur apporte sa contribution à l’économie mauricienne.

Comment se présente la situation au niveau des services financiers en général dans le pays ?
Lorsque j’ai rencontré les opérateurs la semaine dernière, ils m’ont fait comprendre que malgré le confinement, les opérations continuaient à un rythme presque de 100% de la normalité grâce au « work from home ». J’ai eu l’assurance que des institutions comme la FSC, les banques et les assurances continuent d’assurer un service afin de soutenir l’industrie. Nous veillons à ce qu’il y ait une activité proche de la normale. Cela constitue un atout pour nous car nous arrivons à démontrer que dans une situation pareille, nous sommes en opération. Les investisseurs étrangers apprécient le service offert par les services financiers. Nous ne sommes pas dans une situation normale. Nous espérons que lorsque les choses seront rétablies, nous pourront donner un grand « boost » à tous les secteurs, et en particulier au secteur du « Global Business ».

La bourse des valeurs a repris ses opérations. Quel regard jetez-vous sur les activités ?
En premier lieu, nous avions eu à suspendre les activités boursières au moment de l’instauration du couvre-feu sanitaire. Il fallait s’assurer que les « brokers » et les banques ont en place les infrastructures pour opérer « from home ». C’est ce qui a justifié la suspension. Une fois que les tests ont été effectués et que toutes les parties ont confirmé qu’elles sont prêtes à opérer, il y a eu la reprise des activités boursières. Même si le premier jour on a constaté une réaction naturelle des investisseurs, qui ont vendu, amenant une chute dans le cours boursier, je vois qu’il y a eu une reprise le jour suivant. Ce qui redonne confiance aux investisseurs. Bien sûr, pendant cette période, il y aura beaucoup de volatilité. C’est le cas à travers le monde. Mais nous constatons qu’il n’y a pas de gros retraits.

Avec-vous un message pour la communauté des affaires ?
Nous comptons sur tout le monde. Nous passons par des moments difficiles, mais il nous faut nous retrousser les manches et redémarrer les activités rapidement une fois que nous serons sortis de la phase de couvre-feu. Nous serons appelés tous à travailler ensemble afin de s’assurer que les choses reviennent à la normale le plus vite possible, mais avec la persévérance et le soutien du gouvernement dans son ensemble, nous sortirons rapidement de la situation. Le gouvernement accorde déjà différentes formes de soutien.