La Confédération des travailleurs des secteurs privé et public (CTSP) organise le samedi 20 mai, à 13 heures, un congrès des jeunes pour marquer le 42e anniversaire de la révolte des étudiants en mai 1975. Jocelyn Chan Low (historien), Vishnu Jhugdharry (militant syndical) et Sheila Bunwaree (universitaire) seront les trois principaux animateurs de cette commémoration à laquelle sont conviés les jeunes et les moins jeunes.
« Nous sommes tous des héritiers de mai 1975, parce qu’après cette révolte spontanée des jeunes étudiants d’alors pour protester contre un système d’éducation archaïque, notre pays n’a jamais été le même. Si l’on comprend qu’un jeune est âgé entre 18 et 25 ans, cela fait que nous avons déjà deux générations qui n’ont pas vécu ce soulèvement. D’où cette initiative de la CTSP d’organiser ce devoir de mémoire pour permettre aux jeunes d’aujourd’hui de comprendre les enjeux d’une île Maurice moderne », a déclaré au Mauricien la présidente de la centrale syndicale, Jane Ragoo, pour justifier cette initiative.
La syndicaliste rappelle que cela fait déjà 42 ans que les jeunes d’alors ont été témoins de la plus grande révolte des étudiants mauriciens de l’histoire du pays. « C’était l’expression d’un ras-le-bol d’une jeunesse qui en avait marre d’un système d’éducation archaïque qui ne répondait nullement à leurs aspirations et qui voulaient se démarquer d’une politique qui n’était nullement alors appropriée pour le développement de Maurice », explique-t-elle. « En ce temps-là, l’éducation n’était accessible qu’à une poignée de ceux qui pouvaient payer. Nous vivions dans une société patriarcale où ce n’était pas une priorité d’envoyer une fille à l’école parce qu’on ne pouvait payer que pour un seul enfant et bien souvent c’était le fils de la famille qui était choisi. Cette révolte des étudiants mauriciens était largement inspirée par les grèves et les manifestations des étudiants français de mai 1968 ».
Pour notre interlocutrice, cette révolte de mai 68 avait de multiples causes : la discrimination entourant l’obtention des bourses d’études, les frais de scolarité qui augmentaient continuellement, des infrastructures scolaires vétustes, des enseignants sous-payés. « En fait, ces manifestants ne luttaient pas seulement pour eux, mais également pour nous, leurs héritiers. C’est grâce à eux que nous avons eu l’éducation gratuite à Maurice et que garçons et filles, quel que soit leur milieu socio-économique, ont eu accès à l’éducation ».
Est-ce pour autant que les jeunes d’aujourd’hui sont mieux lotis ? se demande la syndicaliste. « L’éducation gratuite a certes permis à nos jeunes d’êtres davantage lettrés et d’être mieux capables de s’adapter dans un pays en pleine mutation. Cela a permis au pays de progresser économiquement et socialement et à la population de jouir d’une qualité de vie plus haute. Mais nous notons avec appréhension de nos politiciens, tous bords confondus, ne s’épargnent aucun effort pour miner les acquis de mai 1975. Certains vont même jusqu’à s’approprier l’événement de l’éducation gratuite à Maurice, oubliant que ce sont ces étudiants confrontés à la police sur le pont de Grande-Rivière-Nord-Ouest qui ont forcé le gouvernement d’alors à revoir non seulement la politique nationale d’éducation, mais aussi toute la stratégie de développement économique », poursuit Jane Ragoo.
Et notre interlocutrice de déplorer qu’il existe encore de nos jours des jeunes qui souffrent à cause du développement à deux vitesses : « Je me demande si les politiciens n’ont pas réussi à faire de nos jeunes des “roder boutt” ? Au lieu d’être un service à la communauté, la politique est devenue un moyen pour s’enrichir. Et beaucoup de jeunes cèdent à cette tentation de rechercher un backing politique au lieu de compter et de faire respecter leurs mérites. Une louable initiative comme le Youth Empowerment Programme (YEP), conçue pour augmenter l’employabilité des jeunes, a été détournée pour devenir un moyen pour mieux les exploiter et les faire céder à la corruption. »
Le congrès de samedi, dit Jane Ragoo, donnera aux jeunes participants l’occasion de se demander si les acquis de mai 1975 n’ont pas été détournés au profit d’une petite clique tournoyant autour des cercles du pouvoir. « Les jeunes d’aujourd’hui doivent apprendre à lutter pour préserver les acquis que leur ont légués leurs aînés et à empêcher ces politiciens cupides de leur voler leurs droits si durement acquis », conclut-elle.