Depuis mardi matin, les familles Robby et Bheekarry n’ont plus de toit. Leurs maisonnettes en tôle et bois ont été réduites en cendres dans un violent incendie ayant éclaté dans une des cinq maisons collées les unes aux autres. Grâce au soutien des conseillers du village, huit hommes dont un adolescent de 17 ans, cinq femmes dont deux enceintes de sept et cinq mois, ainsi que cinq enfants âgés de 9 à 3 ans ont élu domicile au Village Hall de Bambous non loin de leur ancien domicile.
Les yeux cernés, le regard dans le vague et la désolation se lisant sur leurs visages, les femmes rencontrées au Village Hall de Bambous, vendredi midi, se laissent aller à la confidence. Perdues et ayant perdu l’appétit, elles ne peuvent manger. Seuls les enfants se forcent à avaler des sandwichs que leur servent leurs mères. Le bain se prend dans le lavabo des toilettes du Centre, pour les enfants, et dans un canal d’eau ou parfois chez des voisins bienveillants, pour les femmes et les hommes.
Simla Robby, 37 ans, mère de trois enfants, ne comprend toujours pas ce qui a pu arriver en ce mardi matin vers 7h45. Elle était déjà sur son lieu de travail dans une usine de teinturerie à Flic-en-Flac lorsqu’un proche l’appelle pour lui dire: « Vini vit, difeu inn pran, lacaz inn briler. » Arrivée en quatrième vitesse à son domicile à l’Avenue Bel Isle, elle reçoit une telle onde de choc qu’elle tombe dans les pommes.
« Tou nou bann zafer inn briler. Mazinn-ou, nou bann dimoune misere. Nou finn travay tigit par tigit pou resi meubler. Tou finn ale aster, frigider, micro-ondes, lili, larmoire, television, ek nou deux lasen lor », pleure-t-elle. Se reprenant vite, elle remercie cependant le ciel que ses enfants présents au moment des faits ont été épargnés. Sa fille Neha, 18 ans et enceinte de 7 mois et demi, et son benjamin Veer, 5 ans, ont pu s’échapper de justesse. Neha raconte qu’elle préparait son petit frère pour l’école lorsqu’elle a d’abord vu de la fumée émaner à l’arrière de sa maison, là où habitent son oncle et le fils de ce dernier âgé de 9 ans.
« Monn kroir ki difé pe pran dan saleté. Monn essaye ouver la porte-là mai ti ena cadenas. Ler pa pé kav kass cadenas, enn cousin finn ale criyer ti garson-là. Linn met cadenas dan la porte et linn ale zoué. Ler li vini ek li ressi ouver la porte, difé fini kumans flamber », raconte-t-elle, visiblement secouée par ce qui s’est déroulé.
Et de poursuivre avec difficulté, « Nou tou finn kumans avoy seau delo pou teigne mai difé-là trop fort. Ler mo trouver nou lacaz pe kumans briler ek ki pas pou kapav fer narnien, monn kumans per, monn fer mo ti frer sorti depi lacaz alé. Monn tir bonbonne gaz avan mo osi mo sorti. »
Selon Neha, des passants et des voisins ont alerté les pompiers. À leur arrivée, les soldats de feu ont maîtrisé l’incendie mais rien n’a pu être sauvé. Il était alors 8h30. Les cinq maisons se sont toutes écroulées et ont rapidement brûlé face à la violence des flammes. Seul deux maisons en béton appartenant à la famille Nurcoo ont été épargnées, mais les vitres ont volé en éclats avec la chaleur des flammes.
La nouvelle se répandant à la vitesse de l’éclair, quelques volontaires ont d’abord dirigé les sinistrés vers le Centre social de Bambous. Mais sur place, les préposés devaient leur faire comprendre qu’ils ne sont pas aptes à les prendre en charge sauf en cas de cyclone ou de tsunami. « Nou finn gagn poussé mais nou finn ress en plas. Parski nou pas ti pe coné kot pou alé, ni ki pou fer. Nou ti ena zis linz ki ti lor nou », confie Simla.
Ce n’est que très tard dans l’après-midi, après le départ des préposés du Centre social, qu’un policier est venu les chercher pour les diriger vers le Village Hall où ils ont depuis élu domicile.
Quatre matelas, reçus comme dons des magasins à proximité, sont posés à même le sol témoignent des conditions difficiles auxquelles les deux familles font face. Les femmes et enfants sur les matelas et les hommes sur des cartons.
L’aide leur étant parvenue au compte-goutte, les enfants n’ont pu se rendre à l’école. Pieds nus, ils passent leur temps à courir dans la cour du Centre. Malgré son jeune âge, Veer, témoin de ce qui s’est passé, ne cesse de répéter à qui veut l’entendre: « Mo lacaz inn pren difé; mo deux ti lisiens osi inn brilé. » Mais le va-et-vient incessant et la joie de ses petits cousins et cousines lui font oublier momentanément le drame auquel il a assisté.
Par contre, racontent Neha et Simla ainsi que deux autres proches, c’est surtout la nuit que les mauvais souvenirs viennent les hanter. « Mo revi sa moman-là. Monn retourn lor spotlà, pas fasil di tou! Nou finn retourn à zéro. Tou zafer mo ti baba finn briler, mo ti fini aster tou. Là mo na pas coné si mo bizin accouche plis boner ki pou arriv moi, kuma mo pou fer pou acceuillir mo ti baba? Mo sagrin mo get mo mama ek mo papa », pleure Neha.
Et Simla de préciser que la veille du sinistre, son époux Premnath, 41 ans, avait retiré Rs 15,000 pour l’achat de matériaux en vue d’entamer une partie de leur maison en béton. « Se parski mo tifi pou gagne ti baba. Acoz freser, nou dir nou kumans fer deux pieces en béton », s’exclame Simla, désespérée par les vicissitudes de la vie.
Depuis mardi, la National Empowerment Foundation (NEF), qui tombe sous le ministère de l’Intégration Sociale, a dépêché ses officiers pour un constat. Décision a été prise de construire cinq maisonnettes en tôle, une de deux pièces et les quatre autres d’une pièce avec une toilette commune. Le nouveau président de la NEF, Aryaduth Seesunkur, affirme que ce n’est qu’une mesure urgente mais que de toute façon, les trois perches de terrain sont amplement insuffisantes pour en faire plus.