Les récentes sanctions du ministère de la Sécurité sociale contre des maisons de retraite ont permis de lever un coin du voile sur la situation dans certains de ces endroits. En plusieurs occasions, des travailleurs sociaux ont attiré l’attention sur les conditions difficiles dans lesquelles vivent des personnes âgées placées dans des homes. Même si cette activité est mieux contrôlée depuis l’entrée en vigueur de la Residential Care Homes Regulations 2005, des cas d’abus ont été enregistrés. Pour beaucoup de personnes âgées, la retraite n’est pas de tout repos.
La semaine dernière, 17 responsables de maisons de retraite ont été interpellés par la police car ils opéraient sans permis et sans prendre en considération les normes établies par la Residential Care Home Act. Celles-ci stipulent, entre autres, qu’un home doit offrir les soins nécessaires, en matière de santé, d’hygiène, de nutrition, un personnel qualifié, des activités de loisirs… La loi prévoit même un record des repas servis à chaque résident pour les besoins d’inspection.
Or, dans la réalité, tel n’est pas toujours le cas. Si certaines maisons de retraite ayant fait leur réputation au fil des années offrent une garantie sur le service, d’autres trouvent aussi là un moyen de faire du business. Il faut savoir qu’avec le vieillissement de la population, la demande pour ce type de service est de plus en plus grande. La longue liste d’attente pour une place dans un hospice au ministère de la Sécurité sociale contraint souvent les familles à se tourner vers des homes dits privés.
Selon le ministère, il existe à ce jour 52 maisons de retraite enregistrées sous la Residential Care Homes Act (NRCH Act). Vingt-six d’entre elles sont gérées par des institutions charitables alors que les 26 autres sont des institutions privées.
Conditions d’hygiène déplorables
Un certain nombre de homes, cependant, opèrent dans l’illégalité. D’où les arrestations de la semaine dernière. En décembre 2012, la ministre de la Sécurité sociale Sheila Bappoo a révélé que sept maisons de retraite ont dû fermer leurs portes ces cinq dernières années, car elles refusaient de se plier aux exigences de la NRCH Act, en dépit des avertissements.
Conditions d’hygiène déplorables, espace restreint, maltraitance sont autant de situations décriées dans ces endroits. En plusieurs occasions, les travailleurs sociaux sont intervenus pour retirer des personnes qu’ils avaient eux-mêmes placées dans des homes. Cursley Goindoorajoo, responsable de l’Abri de nuit de Trou Fanfaron, relate sa mésaventure dans un centre de Quatre-Bornes. « Je voulais rendre visite à un vieil homme malade que j’avais placé dans un home. Je me suis rendu sur place en plusieurs occasions et on a essayé de me faire croire qu’il s’était rendu à l’hôpital. Lorsque finalement j’ai pu avoir accès au centre, j’ai été choqué de voir que le bonhomme était encore en couche à 14 h, il n’avait même pas pris son bain. »
Si depuis, cette maison de retraite a dû fermer ses portes après les plaintes du travailleur social, Cursley Goindoorajoo fait ressortir qu’on ne sait jamais si les responsables ont repris leurs activités sous un autre nom. Cela a d’ailleurs été le cas pour un autre home situé à Petite-Rivière, fermé pour des conditions d’hygiène déplorables, et qui depuis, a réouvert à Goodlands.
À ce sujet, le ministère de la Sécurité sociale laisse entendre que les contrôles sont plus rigoureux depuis l’entrée en vigueur des Regulations de la NRCH Act en 2005. « Nous faisons des contrôles réguliers. Toutes les demandes pour une nouvelle maison de retraite sont analysées par un board. Ce n’est qu’après enquête et inspections que le permis est accordé. »
Toujours est-il que les travailleurs sociaux préfèrent aujourd’hui placer les vieux en lieux sûrs. « Nous sommes plus rassurés s’ils sont pris en charge par des institutions charitables. Ainsi, nous avons un droit de regard et droit de visite. »
Demande grandissante
Mais avec le vieillissement de la population, le nombre de place devient insuffisant dans les institutions charitables. La ministre de la Sécurité sociale a d’ailleurs reconnu à l’Assemblée nationale qu’il faudra plus de maisons de retraite pour faire face à la situation.
Christiane Chowry, responsable du service d’écoute de Caritas, confirme le grand besoin qui se fait sentir dans ce domaine. « On ne parle plus aujourd’hui de personnes abandonnées uniquement. Il y a aussi celles dont les enfants travaillent et ne peuvent s’en occuper ainsi que celles qui ont besoin d’une assistance permanente. »
En dépit de cela, résider dans un home ne fait pas partie des habitudes mauriciennes. « Il est très difficile de convaincre les personnes de quitter leurs maisons. Aller dans un home pour elles veut dire tout simplement aller vers la mort. »
Comme Cursley Goindoorajoo, Christiane Chowry préfère voir les personnes âgées en lieu sûr, mais il n’est pas toujours facile de trouver une place. « Nous avons eu quelques mauvaises expériences avec les maisons de retraite privées. Souvent, les pensionnaires se plaignent de la nourriture. On profite du fait qu’ils soient vieux pour dire qu’ils ne peuvent pas manger certaines choses. »
Qui plus est, ces lieux ressemblent souvent à des garderies, sans plus. « Il n’y a aucune activité pour les occuper. »
Pourtant, résider dans une maison de retraite coûte au minimum Rs 5 000 par mois. « La plupart du temps, la pension de vieillesse sert à payer une partie des frais. Pour ceux qui ont des enfants, ceux-ci complètent la somme, alors que ceux qui n’ont personne vont chez les religieuses qui acceptent de les prendre en charge. »
Le Dr Mahendrenath Motah, psychologue et membre de la Elderly Watch Unit du ministère de la Sécurité sociale, est d’avis qu’il faut mettre en place un réseau afin de surveiller les cas d’abus dans les homes. « Même si le ministère fait des inspections, il est très difficile de s’immiscer dans le quotidien d’une maison de retraite. Il faut qu’il y ait des personnes qui communiquent les cas d’abus afin que les autorités puissent agir. »
Le Dr Motah dit également noter que les vieilles personnes s’ennuient beaucoup dans ces endroits. « Au départ, elles se disent qu’elles vont faire plein d’activités, qu’elles vont organiser leurs vies. Mais très vite, elles sont rattrapées par la routine. »
Comme Christiane Chowry, le Dr Motah soutient que les Mauriciens ont encore du mal à accepter l’idée d’aller dans un home. « La famille a encore une place importante dans notre société malgré les évolutions. Placer quelqu’un dans une maison de retraite est le dernier recours. »
Cette tendance se confirme dans une étude réalisée par le Dr Motah il y a quelques années sur le besoin de la personne âgée. « Sur les 2 000 personnes sondées, 95 % pensaient du bien des maisons de retraite. Cependant, lorsqu’on leur a demandé si elles accepteraient d’aller dans l’une d’elles, le même pourcentage a répondu non. »
Toujours est-il qu’avec le vieillissement de la population et les enfants qui travaillent, la demande pour les homes est grandissante. Il faut aussi savoir que les maisons de retraite ne se limitent pas à des conditions extrêmes. Il existe à l’opposé des homes huppés, visant une certaine catégorie de citoyens et qui coûtent entre Rs 25 000 et Rs 30 000 par mois.