Ils sont très déçus et ne se privent pas de le faire savoir. Bashir Jahangeer et Soodesh Rughoobur pour le MSM, et Sangeet Fowdar pour le ML, ont commencé à donner de la voix pour dire leur désaccord sur un certain nombre de sujets et, au vu de ce qui se passe, ou, du moins, de ce qui ne se passe pas, ils sont bien décidés à secouer la baraque. Leur posture serait-elle liée au fait qu’ils n’ont pas été nommésministres ? Non, affirment-ils, l’un d’eux ajoutant même, avec une pointe de suffisance, qu’il “n’en a pas avoir besoin” pour exister politiquement.
Au commencement, il y avait Danielle Selvon, celle qui avait claqué la porte du Sun Trust en plein débat sur le Good Governance and Integrity Reporting Bill tout en déclarant « beaucoup aimer » le leader de l’opposition et du MMM, Paul Bérenger. Pour avoir brûlé les étapes et entretenu la confusion quant à sa stratégie, la députée du No 1 s’est retrouvée, comme le dit si bien cette expression créole :  « Dan boi dan laplenn», et astreinte à son statut d’élue indépendante après que Pravind Jugnauth a objecté à un retour au bercail évoqué avec le Premier ministre.
Le plus remuant de tous les frondeurs est bien Bashir Jahangeer. Il s’est d’ailleurs distingué très tôt en croisant violemment le fer à l’Assemblée nationale avec Ivan Collendavelloo, le ministre des Services publics, secteur que le troisième député du no. 13 connaît très bien étant lui-même un fournisseur d’équipements dans ce domaine.
C’est lui qui s’est permis en plein Parlement de lancer au leader du Mouvement Liberater : « You are misleading the House », propos qu’il a ensuite dû retirer à la demande du Speaker, mais aussi suite à une injonction de son parti auprès duquel Ivan Collendavellloo avait logé une protection en bonne et due forme.
Mais, comme il l’a promis, il n’a pas arrêté de harceler le ministre avec force interpellations sur le CEB, sur ses contrats litigieux et sur l’escapade chez EDF des cadres de cet organisme. Prenant totalement à contrepied le ministre qui a entrepris de privatiser la CWA, Bashir Jahangeer, en des termes toujours sans équivoques, a publiquement déclaré que, « la CWA est un bijou qui ne doit pas être privatisée ». Sa campagne dans ce secteur n’est, en tout cas, pas près de se terminer.
Il s’est publiquement opposé à certaines dispositions de la première mouture du Good Governance and Public Reporting Bill et avait annoncé qu’il ne le voterait pas si des amendements n’y étaient pas apportés.
Disputant au vice-Premier ministre et ministre des Terres et du Logement un réseau de contacts dans les pays du Golfe, le député a contredit le ministre Soodhun sur les perspectives de recrutement de médecins en Arabie Saoudite en invoquant, entre autres, des problèmes de langue. Plus cocasse encore, il avait été la cheville ouvrière de l’organisation d’une mission parlementaire au Koweït en tant que président de l’amical Maurice/Koweït, mais la Speaker aurait fait annuler le déplacement à la dernière minute. Pour ne pas embarrasser Maya Hanoomanjee, la thèse officielle vendue est que la mission n’avait pas sa raison d’être étant donné qu’aucun membre de l’opposition n’en faisait partie.
Bashir Jahangeer a, donc, décidé de laisser à terre ses deux collègues du MSM, Mahen Jhugroo et Manish Gobin, et a fait le déplacement en passant outre aux directives en faisant valoir que le bureau du Premier ministre avait donné son « go ahead » à cette mission. Ce qui est sûr, c’est qu’il affûte ses armes dans la perspective de la reprise des travaux parlementaire le 29 mars prochain.
« Zot mem zot bann disaster! »
Son collègue Soodesh Rughoobur qui a montré une certaine liberté de penser au Parlement, s’est, lui aussi, fait remarquer au moment de la présentation du GGIR Bill. Après avoir exprimé des réserves sur le transfert de certains pouvoirs du DPP à la Financial Intelligence Unit, le deuxième député de Grand-Baie/Poudre-d’Or ira jusqu’à déplorer qu’« avant même que la Cour ne vous trouve coupable, il y aura une inscription sur vos biens ».
Aussi avait-il insisté pour que le gouvernement et le ministre Roshi Bhadain, en particulier, écoutent les arguments valables d’où qu’ils viennent, y compris de l’opposition. Il vient de se faire remarquer par la virulence de ses propos envers ses propres collègues, dont Raj Dayal, après les problèmes survenus dans sa circonscription, plus particulièrement à Fond-du-Sac après les grosses pluies de la semaine d’avant.
Le député, qui était aux côtés de ses mandants durant les inondations, a déploré la lenteur du Disaster Management Committee qui aurait joué aux abonnés absents au plus fort des intempéries et aurait même affirmé, en colère, « zot meme zot bann disaster ». 
Ces sujets ont d’ailleurs été abordés lors de la réunion du Bureau politique du MSM le samedi 13 février. Si Bashir Jahangeer était absent de cette rencontre au motif qu’il était souffrant, en tout cas, au niveau du langage, aucun signe d’affaiblissement, puisqu’il a lancé à Soodhun, selon un confrère  « Je ne sais pas, peut-être qu’il est tellement critiqué par la presse ces jours-ci qu’il a fini par s’en prendre à moi ». Le ministre avait, en effet, critiqué le fait que son collègue back-bencher l’a contredit sur l’affaire du recrutement des médecins et qu’il ne bénéficie pas assez du soutien et de l’encouragement de ses collègues.
Quant à Soodesh Rughoobur, présent lors de la réunion du BP orange, il a profité pour vider son sac et pour dire tout le mal qu’il pense du travail de certains ministres, de la paralysie de la NDU et de l’inefficacité du conseil de district.
Sangeet Fowdar, le colistier de Soodesh Rughoobur au no. 6 est, lui, un député du Mouvement Liberater qui a décidé de jouer « libero ». Cet ancien du MMM critique et le gouvernement et son parti empêtrés dans des nominations scandaleuses de proches et, par ailleurs, l’influence du clan Gayan/Sumputh. 
Au niveau du gouvernement, celui qui, entre 2000 et 2005, a été tantôt ministre sous SAJ et tantôt sous Paul Bérenger, assure qu’il n’y a aucune comparaison à faire entre le sens de direction, le leadership, l’activisme communicatif et le travail d’équipe qui avaient caractérisé cette période et celle d’aujourd’hui, marquée par l’accaparement du pouvoir par quelques-uns et par une absence de bilan.  
“Mo pa pou gard mo lalang dan mo pos”
S’il est très loquace en privé, il lui arrive aussi de temps en temps de dire le fond de sa pensée. Comme en novembre 2015, à l’occasion de la célébration de Divali à Grand-Gaube. S’invitant dans le débat sur le GGIR Bill, le député avait prévenu que « nous n’allons pas dire oui aveuglément nou pou réflesi bien, get le pour et le contre ». Mais le meilleur était à venir. «Le gouvernement n’a pas fait grand-chose cette année, je vous le dis franchement lané ki fine passé assez sombre, pas extraordinaire », avait-il commenté non sans avoir prévenu que « mo pa pou gard mo lalang dan mo pos ». C’est aussi lui qui avait publiquement déclaré avoir des « réserves sur l’abolition du permis à points ».
Furieux que ses mandants de Fond-du-Sac n’aient obtenu aucune aide concrète des autorités, il était, avec ses deux colistiers, Ashit Gungah et Soodesh Rughoobur, sur le terrain samedi de la semaine dernière. Très étonné de l’arrivée en fanfare tardive du ministre des « désastres », Raj Dayal, le député du ML n’a pas caché son mécontentement.
Comme l’a rapporté Week-End la semaine dernière, le député a lancé : « Nou, nou pas konn Dayal nou. Nou konn bann abitan. En ta zes ar Dayal.» Il ne manquait plus qu’un petit couplet sur la balade en hélico que s’est offerte l’ancien commissaire de police Raj Dayal le mercredi 10 février alors que les pluies s’étaient calmées.
La fronde au sein de la majorité, une affaire de voix isolées ? Non, assurent ceux qui sont les plus vocaux tout en soutenant que l’exaspération est à son comble dans les rangs des back-benchers et même des PPS devant le peu de travaux réalisés dans leurs circonscriptions. La rentrée promet…