En sept années et une quarantaine de missions à Maurice, le Professeur Cyrus Tabatabay de la TES Foundation (Suisse) a opéré un millier de patients mauriciens souffrant de pathologies complexes et en a ausculté également plusieurs milliers d’autres. « La sélection des patients à être opérés est déjà un exercice complexe que nous faisons en collaboration avec les médecins mauriciens », souligne-t-il.
À Maurice, deux pathologies affectent les yeux de la population, affirme le Prof Tabatabay. La plus courante est la cataracte, comme dans tous les cas où la population vieillit, et la deuxième est le diabète de type 2 qui est très répandu chez nous. « En général, le patient voit mieux après une opération de la cataracte mais lorsque le diabète affecte les yeux, ça devient plus compliqué, car cette maladie est multifonctionnelle, elle s’attaque à plusieurs organes et est très complexe et évolutive », dit-il.
Le traitement, dit notre interlocuteur, dépend du stade auquel est arrivée la maladie. Il est relativement simple au stade de la prévention avec un régime alimentaire strict, des exercices physiques, une surveillance de la glycémie et de l’hypertension. « Mais, avec le diabète, c’est plus grave parce qu’il finit par amener des amputations des extrémités, une insuffisance rénale et surtout la cécité. Ce qui veut dire que plus la prévention est faite tôt, plus le dépistage est faite tôt, plus le laser est utilisé tôt, plus les injections sont effectuées tôt, moins on aura de cas terminaux. Mais, entre-temps, il y a encore à Maurice, toute une série des cas terminaux à traiter », fait ressortir le Pr Tabatabay. « Auparavant, on ne pouvait opérer ces patients à Maurice ; on peut le faire maintenant grâce à la Fondation TES. Donc, plus besoin de se rendre à Chennai, en Inde ».
Cependant, il n’y a pas à désespérer, déclare le Pr Tabatabay, car les différents programmes de dépistage du diabète et les campagnes de sensibilisation lancées par le ministère de la Santé vont dans la bonne direction. « Il semble que la situation s’améliore mais il faudra encore une dizaine d’années pour voir les résultats des campagnes », affirme le médecin suisse. Lors de sa dernière visite à Maurice, le Pr Tabatabay a apporté deux sondes pour examiner la rétine des patients diabétiques, offertes par la TES Foundation. « Outre les opérations et les consultations de patients, je suis venu également former des médecins, les consultants, des spécialistes et futurs spécialistes dans le domaine ».
Sur le continent africain, la Fondation TES travaille à Maurice uniquement, faute de moyens. « Nous avons eu des contacts à Madagascar et aux Seychelles, des demandes venant du Burkina Faso, du Rwanda, du Burundi et du Mozambique mais on n’arrive pas tout faire », déclare-t-il. Il dit préférer se concentrer sur Maurice « quitte à mettre en place un hub médical pour couvrir la région de l’Afrique de l’est ». « Si entre-temps, les médecins africains veulent amener leurs patients ici, nous sommes à leur disposition. Mais, un tel projet ne pourra se développer qu’à terme », dit-il.