Le diplomate indien Malay Mishra, qui était en poste à Maurice au milieu des années 1980, estime que la menace terroriste contre l’Inde vient de l’État islamique (EI) qui vient d’annoncer que ce pays sera sa prochaine cible. « Les terroristes sont déjà arrivés au Bangladesh. Il y a eu deux attaques récemment à Dacca et leur culmination finale peut être une attaque sur l’Inde prochainement », prévient le diplomate, qui a animé, cette semaine, une conférence sur le thème de la politique étrangère de l’Inde, à l’Institut Mahatma Gandhi (MGI). Le prêcheur islamique Zakir Naik, dit-il, « représente un danger, non seulement, pour l’Inde, mais aussi pour le monde entier ».
Malay Mishra a expliqué à son auditoire qu’il y a en Inde en ce moment un grand débat sur Zakir Naik, qui a formé un groupe islamiste à Mumbai, et « qui aurait endoctriné plusieurs groupes terroristes à travers le monde ». « Cet individu a, dans le passé, fait les éloges d’Osama Bin Laden. Il a jusqu’ici échappé aux filets indiens de sécurité. Nous ne savons pas comment il a pu continuer ses activités pendant tout ce temps. Je ne peux dire que Zakir Naik est un problème local, car il a maintenant pénétré dans la conscience mondiale avec ses idées. Il s’agit de ne pas le laisser salir l’image de l’Inde », a-t-il fait ressortir.
Malay Mishra ajoute que Zakir Naik n’est pas le seul, « il y a aussi d’autres personnes qui veulent faire du mal à l’Inde ». « Nous avons aussi des terroristes locaux, des Naxalites, qui affectent près de 10 États en Inde et où ce mouvement utilise les communautés vulnérables. J’ai vu à Orissa, par exemple, des villages entiers infestés de ces gens qui sont des locaux. Je dirai qu’il n’y a pas assez de coordination entre les organismes de sécurité dans ces États. C’est un problème très sérieux qu’on a caché pendant un certain temps sous le tapis. Il nous explose au visage, it has to be tackled », affirme Malay Mishra. Selon lui, cette situation émane du fait que certains leaders politiques indiens, dont il n’a pas cité les noms, soutiennent les groupes qui « seraient au coeur du terrorisme dans notre pays ».
Par ailleurs, Malay Mishra a parlé du Brexit. « Cette décision aura des répercussions, non seulement dans l’UE, mais dans le monde entier, y compris en Inde. L’Inde est le troisième plus grand investisseur en Angleterre, qui est aussi le troisième plus grand investisseur en Inde. Il y a plus de 800 entreprises indiennes qui opèrent en Angleterre et qui sont affectées à divers degrés. Il y aura donc des effets sur le front commercial et bilatéral entre les deux pays ».
Au chapitre économique, Malay Mishra a parlé de l’économie bleue, où l’Inde essaye de stimuler le potentiel économique géant de l’océan Indien. « L’Inde a toujours cru bon de garder cette région comme une zone de paix. Il y a eu différents développements dans cette partie du monde, dont la piraterie, qui bloque les voies maritimes, empêchant le mouvement de bateaux transportant le pétrole du Golfe Persique à travers le monde », a-t-il indiqué. Et d’ajouter : « Si cette voie est complètement bloquée, l’économie de plusieurs pays sera affectée considérablement, y compris celle de l’Inde, et nous en sommes conscients. »
Sur le plan régional, le diplomate a indiqué que l’Inde est coincée entre deux voisins « pas très amicaux ». « Le dernier développement en date est le défi de la Chine contestant le leadership américain dans cette région. La Chine veut se projeter comme le leader en Asie. La position de l’Inde est délicate, car elle n’acceptera pas la Chine, étant plus proche des États-Unis », a-t-il précisé.
Pour Malay Mishra, pendant trop longtemps, ces problèmes ont été cachés dans les armoires, dans des dossiers secrets, mais maintenant la politique étrangère « is more and more out in the open » car elle touche chaque nerf de la société. « Elle a des répercussions sur la société et sur son développement. D’autant plus que tout se sait maintenant avec les médias qui ne dorment jamais. »