Loin de l’agitation urbaine, Malenga met en pratique sa règle de vie: calme, nature, grand air. De son sommet, il offre une succession de points de vue exceptionnels.
Le pont Napoléon (érigé en 1865 et reconstruit en 1941) sépare le village L’Avenir de Malenga. Comme le chuchotement de l’eau qui ruisselle sous le pont, la région rurale du district de Moka offre une agréable douceur de vivre. Une ambiance qui oblige les amateurs de la nature à venir s’y ressourcer.
Tout au long de la route, le village, à vocation agricole, déroule ses paysages, alternance de champs de cannes, culture de légumes et de fleurs. Les habitants de Malenga se sont longtemps consacrés à l’agriculture. Ici, chaque maison possède un bout de terre cultivée, on y voit toutes sortes de brèdes, des rangées de haricots, de pommes d’amour et de gros choux verts. Les plus grandes parcelles ressemblent plus à un champ qu’à un potager. Ce matin-là, quelques hommes récoltent des choux. Au bord du potager attend un camion qui ramènera leur lourde cargaison au marché. Aux alentours du village se développent toutes sortes de cultures.
Malenga possède un temple devant lequel traverse un petit canal, une reproduction en miniature des lacs ou rivières sacrés de l’Inde avec ses marches qui descendent vers l’eau. Ce lieu est fréquenté par les habitants, qui sont essentiellement de foi hindoue.
Non loin de là, un panneau indique que la route qui mène jusqu’au bout du village connaît des travaux, notamment la construction d’un pont. On est au coeur même du village. Outre le Shivala, on y trouve une boutique et un Village Hall dont l’entrée est cadenassée.
Il est 12h30, deux femmes rentrent pour le déjeuner après avoir passé la matinée dans les champs. Ici, il n’est pas rare de voir les habitants parcourir des kilomètres à pied. Épuisées, elles déplorent le problème de transport. «Les transports en commun sont presque inexistants ici», dit l’une d’elles. Si dans les villes, les établissements scolaires, surtout les écoles primaires, se situent à un jet de pierre du domicile familial, dans cet endroit isolé, c’est loin d’être le cas. Ils sont nombreux les écoliers qui, faute de transport, sont contraints à parcourir à pied quotidiennement des kilomètres pour rejoindre leur établissement scolaire. Un vrai supplice pour ces enfants qui doivent porter de lourds cartables sur le dos. «La plupart fréquente l’école de La Laura, ou celle de L’Avenir, car il n’y a pas d’école à Malenga. Pour se rendre d’un point à un autre, c’est un casse-tête pour les habitants. Le village est desservi par la ligne de bus de St-Pierre et il faut attendre longuement avant d’avoir un bus. Les chauffeurs de bus préfèrent travailler sur d’autres lignes plus rentables», nous dit-elle. Mais cette situation ne poussera pas les parents à interrompre la scolarisation de leurs enfants. «Certains ont trouvé une solution à leur problème en optant pour le van», dit-elle. Quant à certains petits planteurs, le vélo est leur seul moyen de transport.
Il règne à Malenga une atmosphère unique, une tranquillité qui se respire et qui s’apprécie. Outres ses vastes champs de cultures, Malenga permet aussi des ascensions de la montagne Pieter Both. Et pour mieux apprécier les paysages, il faut aller jusqu’au bout, comme ce groupe de randonneurs que nous rencontrons sur notre route et qui, chaque semaine, tente de relever des défis. Ce jour-là, tous munis de leur matériels d’escalade, dont des bâtons de marche, ces promeneurs qui viennent de la région de Rivière-Noire ont fait l’ascension du Pieter Both, le point le plus haut de la chaîne de montagnes Moka (il culmine à plus de 800m). Les habitués des randonnées, la plupart des seniors, ont grimpé jusqu’au sommet. «Chaque semaine, nous organisons des randonnées à travers l’île», nous dit Marc d’Hotman, meneur du groupe.
Les randonneurs le savent, le clou du spectacle à Malenga, c’est la vue magnifique qu’on a sur une partie de Port-Louis et le nord à partir des hauteurs où sont perchées quelques maisons. Chaque jour, les portes s’ouvrent sur une vue imprenable. Les habitants de cette ruelle, l’endroit où se termine Malenga, profitent d’une vue panoramique qui embrasse l’ensemble du paysage du nord-ouest avec ses îles, dont Coin de Mire, et les montagnes environnantes (Montagne Longue, etc). Pour découvrir le hameau de Crève-Coeur, il faut emprunter le sentier des randonneurs.
Comme ses voisins, la famille Foolchand possède un emplacement exceptionnel. «Ici, on pourrait construire un logis pour accueillir des touristes à la recherche d’air pur des montagnes», dit Mme Foolchand. Mais, pour le moment, elle ne pense pas à entreprendre ce type de projet, elle qui cultive la terre depuis plus de trente ans et qui continue avec son mari de cultiver légumes et fleurs de toutes sortes sur sa vaste étendue de terre. «Nous cultivons les Hortensia, Oeillet, Gueule de Loup, Glaïeuls et des légumes tels que des carottes, haricots, chou-fleur, concombre et les légumes de saison», nous dit-elle. Les Foolchand vendent leurs fleurs à l’occasion de cérémonies hindoues, mais aussi pour la fête des mères, etc.
Plus loin, un view point au pied de la montagne Pieter Both (il doit son nom à l’amiral hollandais Pieter Both qui trouva la mort à Baie du Tombeau à la suite d’un naufrage en 1615) offre une très belle vue avec en premier plan le village de Crève Coeur, (Crève-Coeur doit son nom à Jean-Louis Crèvecoeur, marin français qui s’installa à l’Isle de France vers 1750), situé au bas du versant est de la montagne, une vue qui s’étend jusqu’à la côte nord. Quant aux randonneurs, ils préfèrent découvrir et sillonner le village en empruntant une vertigineuse descente.