C’est probablement pour cela que le Premier ministre se fait plus discret. Parce que ses petites phrases peuvent souvent être lourdes de sens et de conséquences. Il en a été ainsi de la déclaration faite par Navin Ramgoolam dimanche dernier à la Hindu House où le coup d’envoi des célébrations du Divali avait été donné. Profitant encore une fois d’une fête religieuse mais à caractère national, le Premier ministre a affirmé ne pas « craindre ses adversaires en carton mais bann tret bann judas ki otour mwa », ce qui a jeté le trouble parmi les ministres et ceux, nombreux, présents à cette cérémonie.
Navin Ramgoolam a essayé de corriger sa bourde de dimanche en venant préciser jeudi qu’il avait été mal interprété et que son propos ne visait pas ses ministres mais des personnes de leur entourage. Une clarification qui est loin de convaincre les principaux intéressés d’autant qu’il avait, dans un passé pas très lointain, affirmé ne « ne pas faire confiance à ses ministres». Et depuis ce nouveau missile lancé contre son camp, l’on se démène pour essayer d’identifier ceux qui sont visés et on se perd même en conjectures.
S’agit-il de son entourage immédiat ? Il y a là des analyses diverses et variées puisque Navin Ramgoolam a aussi pris le soin d’évoquer des événements tragiques comme le fait que le Mahatma Gandhi avait été assassiné par certains de ses plus proches, Anwar Sadate et Itzshak Rabin, de même pour illustrer son propos à l’effet que l’on n’est jamais mieux trahi que par les siens. D’où l’émoi qui a gagné les rangs ministériels et ceux des conseillers.
Il est vrai que sur son front bench, il y a Rashid Beebeejaun, un élément qui a migré du MMM et qui n’est pas un travailliste de souche, qu’il y a juste après Xavier Duval et son PMSD qui ne lui facilitent pas la tâche, fort de son apport déterminant à la survie de son gouvernement. Les relations entre les Finances et Manou Bheenick, le protégé de Navin Ramgoolam ,ne se sont guère améliorées malgré le départ forcé du secrétaire Financier Ali Mansoor.  
Le désir de la Banque de Maurice d’absorber la financial services Commission se heurte à de très fortes résistances et pas seulement de l’organisme intéressé. La circulation par le leader de l’opposition d’un document « strictly confidential » du Fonds Monétaire International qui met en garde contre cette fusion et qui souligne la vigilance exercée et renouvelée sur un « particular conglomerate » a été très peu appréciée en haut lieu d’autant que c’est auprès de ce groupe qu’a, une nouvelle fois, été recruté, un cadre pour épauler le gouverneur de la Banque de Maurice.
Pas nécessairement anecdotique le fait que le FMI déplore aussi que dans la conjoncture, une licence bancaire lui a été octroyée par la Banque de Maurice. On peut deviner que le PM a très peu apprécié ces fuites documentées et embarrassantes sur cette jeune institution auprès de laquelle il a fait un emprunt qui lui a permis d’acquérir le campement de Roches-Noires. Et qu’il en soit venu à parler de « Judas ».