Des rescuers des plus actifs comme Reda Chamroo, Sameer Golam (Second Chance Animal Rescue), Pretty Saachi, Usha Bawani, ceux de La Meute de Zion (ONG)… pour ne citer que quelques-uns, font partie de ceux, qui chaque jour, sans relâche, sillonnent les routes à la recherche de chiens et de chats abandonnés, blessés, malades, assoiffés, affamés, épuisés, traumatisés.

Ces personnes, qui militent pour la cause animale, rencontrent le même problème quotidiennement: les abandons se multiplient au bord des rues, sur les plages, les centres commerciaux, les morcellements. Et leurs locaux sont envahis, surchargés par l’arrivée de ces animaux. Sanctionner les propriétaires qui délaissent leurs animaux de compagnie serait pour eux la solution pour décourager l’abandon et par conséquent, le nombre de chiens errants à Maurice.

Toutefois, ces personnes qui consacrent leur temps à les recueillir, les soigner et leur trouver une famille pouvant les adopter se révoltent, d’une part, face à une grande injustice: les chiens sont capturés et tués pendant que les responsables restent impunis, et, d’autre part, par la lenteur des autorités à agir face à des propriétaires irresponsables.

Tout récemment à rue Rennards, Beau-Bassin, trois chiens ont été abandonnés à la suite du déménagement de leur maître. Un peu plus loin, près de Galaxy, un autre, maintenu en laisse toute sa vie, et laissé sans eau ni nourriture, attend toujours le retour de son maître qui l’a délaissé parce qu’il a trouvé un autre logement. Sans l’intervention des rescuers (suite à des posts sur Facebook), ces animaux abandonnés, qui représentent une nuisance pour les voisins, auraient subi le même sort: capturés avant d’être euthanasiés. A Maurice, les motifs des abandons sont multiples: souvent la naissance d’animaux non désirés, et malgré les campagnes de stérilisation menées à la fois par le ministère de l’Agro-Industrie et des ONG comme Protection of Animals Welfare Society (PAWS), All Life Matters ou encore Happy Tails Foundation, les maîtres qui ne font pas stériliser leurs chiens et leurs chats, choisissent la facilité en abandonnant chiots et chatons. Ceux-ci sont souvent retrouvés dans des champs de canne, enfermés dans des boîtes en carton ou laissés pour morts dans des sacs en plastique.

Pourtant l’abandon est considéré comme un acte de cruauté et punissable par la loi. Selon l’Animal Welfare Act, toute personne qui « wilfully or negligently allows an animal to stray, or abandons an animal in circumstances which expose it to distress, pain or suffering shall commit an offence and shall, on conviction, be liable to a fine not exceeding Rs 15 000 and to imprisonment for a term not exceeding 6 months ».

Chaque jour, des cas sont exposés sur les réseaux sociaux. Il y a quelques semaines, Reda Chamroo repère deux chiens attachés à un pylône électrique à Plaine Verte. Ils y ont été abandonnés par leur maître.

ONG et rescuers dépassés 

Malgré la présence de caméras de surveillance, l’auteur de ce délit ne sera pas identifié ni retrouvé. Comme Reda Chamroo (qui s’occupe une trentaine de chiens), Sameer Golam sillonne les rues chaque jour pour sauver des animaux abandonnés ou maltraités. Il les recueille (une soixantaine de chiens et 80 chats), s’occupe d’eux, leur offre la sécurité, la nourriture, de l’attention et leur trouve un “foster” ou une adoption après les avoir emmenés chez le vétérinaire pour assurer les premiers soins ou une stérilisation. Il lui arrive même parfois de tomber sur un maître en flagrant délit d’abandonner son chien sur la rue avant de prendre la fuite. Parmi les plus actifs sur le terrain, se trouve aussi Pretty Saachi qui sauve en moyenne une trentaine de chiens par mois. Ainsi qu’Usha Oodit qui s’occupe de les accueillir, les nourrir, les stériliser, leur donner tous les soins nécessaires avant de les placer en adoption.

Ces cas d’abandon, Usha Oodit les vit au quotidien : « Chiens et chats sont livrés à leur propre sort dans les rues, où ils sont confrontés à toutes sortes de dangers: le risque d’être percutés par une voiture ou d’être agressés comme Dodo (chien récemment brûlé vif) par d’ignobles personnes. Il y a bien trop d’abandons à Maurice et très peu de foyers et de moyens pour les accueillir. Les personnes qui ne stérilisent pas leurs animaux sont les premiers responsables. Ils devraient être sévèrement sanctionnés », déplore-t-elle.

Pour qu’ils ne meurent pas de faim, ne soient pas victimes d’un accident et surtout pour qu’ils ne soient pas capturés par la Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW) parce qu’ils traînent les rues, sont malades, ou dérangent, les rescuers acceptent de les recueillir. Ces derniers vont aussi à la rescousse d’animaux victimes de maltraitance. Chaque jour, ils sont témoins de nombreuses formes de maltraitance: chiens à l’attache 24/24, privés d’eau et de nourriture, ou encore victimes de coups portés par un maître violent qui exerce à moindres frais sa frustration. « C’est quotidien », nous dit Reda Chamroo.

Mais que faire pour mettre fin à la maltraitance et à l’abandon? «Les procédures sont lentes. La police elle-même ne connaît pas l’Animal Welfare Act”, nous dit Reda Chamroo. “Malgré les preuves, les maîtres ne sont pas sanctionnés”, renchérit Sameer Golam.

Les maîtres, les premiers responsables

Avant d’ajouter qu’”il y a aussi des cas où il est très difficile de réunir des preuves. Si un cas de maltraitance est soupçonné, c’est à la police de mener son enquête, mais nous nous heurtons souvent à l’indifférence et les plaintes sont classées sans suite. On attend quoi ? Que le public prenne la loi en main ? », s’énerve-t-il. Pour Reda Chamroo, le système privilégierait “la solution facile”: exterminer les animaux au lieu de sanctionner les responsables.

Pour ces militants de la cause animale, si la loi est ferme et sévère, le chiffre des abandons ne pourrait que diminuer, et par conséquent le nombre de chiens et chats errants à Maurice. La stérilisation est pour eux le moyen le plus efficace pour lutter contre la surpopulation féline et canine. « C’est la méthode la plus simple et la plus efficace pour épargner aux chiens et aux chats toute cette souffrance et d’empêcher que davantage d’animaux non désirés ne naissent”, dit Reda Chamroo. « Chaque animal stérilisé peut épargner à des centaines de milliers d’autres de connaître une vie de souffrance, ou d’être euthanasiés, parfois de manière complètement inhumaine. Il y a malheureusement des gens horribles capables du pire. Les animaux ne savent pas parler, ils ont besoin de nous », dit-il. Usha Oodit est du même avis : « C’est notre regard, le regard de la société sur les animaux qui doit changer. »

A Maurice, MSAW semble être la seule habilitée à prendre en charge les animaux abandonnés. S’ils ne sont pas récupérés, ces derniers sont, au bout de trois jours, euthanasiés. Une solution considérée comme une grande injustice et qui révolte plus d’un.

Si la loi est ferme et sévère, les abandons ne pourraient que diminuer

« Est-il cohérent de pratiquer l’abattage sur ces êtres sans défense, souvent malmenés, mal nourris et malades ? Ne serait-il pas plus humain de leur offrir une vie meilleure au lieu d’opter pour la méthode du catch and kill ?”, se révolte Reda Chamroo. Ce dernier ajoute qu’il devient difficile pour les “rescuers” de sauver les animaux capturés par MSAW, surtout avec les frais qui y sont associés. “Cela coûte Rs 3000 par tête. Parfois, nous devons solliciter l’aide de sponsors», dit-il.

Ces sauveteurs d’animaux formulent ardemment le souhait qu’une police des animaux soit créée. Elle aurait pour rôle de sanctionner les cas de maltraitance, Car, depuis sa création, en 2016, l’Animal Welfare Unit n’a pas d’autorité de prendre des sanctions immédiates. La procédure est telle qu’il faut d’abord déposer une plainte à la police. L’AWU donnera un premier avertissement, puis un deuxième avant de servir un papier. « Très souvent, il n’y a pas de follow-up », dit un des militants de la cause animale. Si la personne ne respecte pas le délai, la AWU déposera à nouveau une plainte et c’est à la police de poursuivre l’auteur du délit. « Cela prend très souvent énormément de temps. Les procédures sont très lentes », déplore-t-il. De plus, il se trouve qu’à la AWU, les officiers n’auraient pas suffisamment de moyens mis à leur disposition pour travailler: le personnel est composé de cinq officiers et d’un vétérinaire. Pour tous les cas rapportés chaque jour par des appels téléphoniques, les “walk ins”, le Citizen Support Portal, les correspondances depuis la MSAW, de la police de l’Environnement ou du bureau sanitaire, les moyens de transport manquent. Ainsi, à cause d’un manque d’effectifs (certains travaillent aussi sur le projet HSI à Flacq, en rotation). Très peu de cas sont traités à cause d’un manque d’effectifs et de moyens.

« On est tous coupables »

Sameer Golam, Reda Chamroo et Usha Bawani sont d’avis qu’une police des animaux est nécessaire à Maurice. “En plus d’une police des animaux, la stérilisation devrait aussi être obligatoire ainsi que le microchip. Mais pour le ministre Mahen Seeruttun que nous rencontrons à son bureau le mardi 8 janvier, “à ce stade, je ne pense pas qu’une police des animaux soit nécessaire”. Pour lui, « la loi est appliquée par rapport à certaines preuves. S’il y a suffisamment de preuves, la justice prendra les choses en main ».
S’agissant du problème d’abandon : « Ce n’est pas le problème de MSAW mais du grand public. On est tous coupables de ça », dit-il. « Des solutions ont été proposées pour résoudre le problème des chiens errants: il s’agit d’un problème qu’on ne peut pas résoudre du jour au lendemain. Déjà, nous avons mis sur pied plusieurs mesures: campagnes de stérilisation depuis 2015 sur une base permanente à MSAW, il y a aussi le projet avec le HSI. J’ai aussi annoncé la création d’un sanctuaire et la révision du rôle de MSAW et du AWU. On ne peut pas diminuer la population de chiens errants tout de suite, cela va se faire graduellement. Les résultats, on va les à long terme », dit-il. S’agissant du fonctionnement de MSAW, il dira que « les responsabilités ne sont pas claires. Pour moi, ce n’est pas le rôle de MSAW de faire ce qu’il en train de faire aujourd’hui. L’image de MSAW a été ternie, mais il faut revoir son rôle et laisser AWU remplir le sien qui est de contrôler la population canine et en finir avec le problème des chiens errants. Le rôle primaire de la MSAW est de s’occuper du bien-être des animaux. Quant à l’AWU, son rôle est de “legislate” pour contrôler tout ce qui est maltraitance, d’assurer que la population canine soit contrôlée et bien gérée », dit-il.