Le public a longtemps connu Mamade Kadreebux comme un globe-trotter et photographe, pour avoir dévoilé des photos exceptionnelles de ces voyages lors de plusieurs expositions à Maurice. Cette fois, le photographe revient dans son village natal pour partager ses expériences avec ses compatriotes, notamment à travers des peintures et des photographies.
Des acryliques sur canevas. En petit format. Très colorés. Des tableaux d’un style souvent naïf, réalisés dans la maison familiale à Souillac pendant la semaine précédant le vernissage de l’exposition Une lettre à mon village, qui s’est tenue samedi dernier. « Ces tableaux ont été peints ici, pour les gens d’ici », affirme-t-il. « Je veux montrer des choses simples. C’est une impression de mes sentiments », poursuit-il.
Une toile bicolore, du vert et du bleu ; des pétales multicolores qui s’envolent sur un décor bleu-turquoise et vert. Gris-gris, la montagne Poule… Mamade Kadreebux propose dix peintures qui lui rappelle son enfance et le temps passé à Maurice. Le jour de Safar, un dimanche du calendrier islamique au cours duquel de nombreux Mauriciens allaient se promener à la plage et y faisaient leurs salâtes après des ablutions à l’eau de mer (une tradition en nette déperdition aujourd’hui), alors qu’il traversait tout le village avec sa grand-mère pour aller à Gris-Gris. Ou encore le jardin fleuri, la montagne Poule – qu’il voyait tous les jours sur le chemin de l’école ou au retour… Autant de souvenirs que l’artiste se remémore. « Pour moi, la montagne Poule était à l’autre bout du monde », raconte-t-il.
Mamade Kadreebux joue dans le figuratif avec des voiliers rappelant ceux de Malcolm de Chazal. Dans l’abstrait, pour évoquer des impressions de sa mère à l’approche d’un cyclone caractérisé par un changement de couleurs du ciel, Mamade Kadreebux l’exprime essentiellement par du rose et du jaune. Commentant la toile bicolore (verte et bleue), il lance : « Le vide est important. Il y a trop d’embouteillage. Là, c’est pour montrer le ‘désembouteillage’ et, en même temps, une concordance entre le ciel et la mer. »
Le photographe écrivain s’est mis à la peinture il y a une dizaine d’années. Après avoir parcouru le monde, Mamade Kadreebux, qui est passé à l’écriture pour raconter ces images, réinvestit cette fois ses souvenirs en peinture. Une évolution normale de l’artiste, semble-t-il. Une démarche tout à fait différente de la photographie, précise notre interlocuteur, qui peint aussi dans son appartement à Berkeley, aux États-Unis.
« Pour la photographie, une fois l’image prise, c’est terminé. Pour l’avoir, il faut que toutes les circonstances soient réunies : l’oeil du photographe, le sujet, la lumière. En revanche, pour la peinture, c’est comme une impression stationnaire. l sit down and recall the moments. I don’t have to go to the pictures. I paint what comes in my mind at the present moment », affirme-t-il. Pour lui, « on ne peut pas peindre ses émotions sur le moment » car « on n’a pas suffisamment de recul ». Mamade Kadreebux emplit l’espace de couleurs et de formes. Emporté par ses impressions, il les transpose rapidement sur la toile.
L’exposition qui a lieu au conseil de village de Souillac montre aussi quelques photographies réalisées au cours de ses 30 ans de voyages dans des lieux les plus éloignés du globe. L’exposition prend fin aujourd’hui.
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Moments magiques !
Les radeaux en osier du lac le plus haut du monde, le Titicaca ; la ville de Saleh, en Arabie Saoudite ; la fonte des glaciers d’Alaska ou son soleil de minuit ; la cité des Incas au Pérou, le Machu Picchu… Mamade Kadreebux continue de partager ses souvenirs et ses rêves avec les Mauriciens. Cette fois, il a investi le Conseil de Souillac pour faire découvrir ses photographies au public de son village natal. Malgré son apparence frêle, le peintre-photographe ne se lasse pas de raconter ses voyages et retrouve la fougue de sa jeunesse quand il en parle. Des moments d’introspections ponctuent ses récits. Aujourd’hui, il jette aussi un regard neuf sur ces instants qu’il ne retrouvera jamais, dit-il. « C’est ce qui les rend plus magique et précieux », selon lui.
Prenant plaisir à commenter la particularité de chaque image, il raconte, par exemple, être retourné en Alaska, « là où j’ai pris cette photo, il y a une trentaine d’années, le glacier n’existe plus. Il a déjà fondu (…) Je revois aujourd’hui cette photo prise en Alaska, ce ne sera plus jamais la même chose. C’est ce qui rend cet instant encore plus magique et précieux. » Mamade Kadreebux dit d’ailleurs être retourné en Alaska, sur les lieux où il avait photographié un iceberg il y a 30 ans. Et de déplorer qu’aujourd’hui, il n’y a plus de glaciers sur plusieurs kilomètres.
Les peintures et photographies de l’artiste sont exposées aujourd’hui.