Il a terminé le trail solitaire sur la deuxième marche du podium, mais Manfred Joseph Lafontan est un grand champion tant il a fait preuve de détermination dans cette compétition. C’est les pieds nus qu’il a bouclé les 15 km, faisant fi des difficultés, des blessures et de la douleur. Sa volonté de réussir l’a aidé à surmonter les imprévus du parcours, tout comme il le fait dans la vie depuis le décès de ses parents. Orphelin depuis l’âge de 13 ans, il a décidé de construire sa vie en s’inspirant des médailles remportées par son frère aîné.
Ses baskets se sont décollés juste avant la course. Mais il n’était pas question pour Manfred Joseph Lafontan de se retirer de la compétition. C’est avec les pieds nus qu’il s’est présenté à la ligne de départ à Citron Donis. « Je voulais à tout prix courir ces 15 km et bien les terminer. Il n’était surtout pas question d’abandonner », nous faisait-il comprendre lorsque nous l’avons croisé dans les hauteurs de Papayes. C’était sa première compétition de cette envergure, mais la course n’a aucun secret pour lui. « Monn galoupe kan mo ti lekol. Monn touzour kontan galoupe. Mo plezir sa. »
Le sourire aux lèvres, le jeune homme de 19 ans continue sa route sous un soleil de plomb. « Mo pou manz ar li », martèle-t-il devant les difficultés du parcours. Devant tant de détermination, nous n’avions qu’une idée en tête : le retrouver à l’arrivée à la réserve François Leguat. Et il était bien là ! Terminant la course en deuxième position, Manfred Joseph Lafontan a passé la ligne d’arrivée péniblement. Non pas qu’il était fatigué, mais parce qu’il s’était blessé en courant sur les coraux dans le dernier kilomètre du parcours. Et les ampoules causées par ces conditions avaient compliqué davantage les choses. Mais il avait relevé le défi : aller jusqu’au bout et terminer dans les dix premiers. Nous dirons même qu’il a réalisé un coup de maître puisqu’il l’a fait sans préparation.
Heureux et souriant, malgré la douleur, le jeune homme se laisse aller aux confidences. « J’aime courir pour le plaisir, comme ça, sans vraiment avoir d’objectif. C’est mon cousin Christio Edouard qui m’a inscrit. Je ne m’attendais pas à être sur le podium. Quand j’ai appris que j’étais deuxième, j’étais vraiment très content», dit-il.
Derrière cette réussite, se cache une histoire émouvante. Son aplomb, sa ténacité et son endurance, Manfred Joseph Lafontan les a puisés dans les épreuves de la vie. C’est à Riche-Terre, à Maurice, qu’il voit le jour dans des conditions difficiles. Il n’a que deux ans lorsqu’il perd son père. « La vie a été très difficile sans la présence d’un père, mais avec ma maman, nous avons fait beaucoup de sacrifices pour survivre », raconte-t-il.
Entre l’école, les petits boulots et le regard des autres, il n’est pas toujours évident pour le jeune Manfred de tracer sa voie. Il persévèrera et terminera même son parcours primaire avec succès. Mais à 13 ans, alors qu’il vient à peine de commencer ses années d’études secondaires, il perd sa mère… « Cela a été un moment vraiment très dur, très difficile à accepter », nous confie-t-il la gorge nouée.
Perdu dans une île où il n’a personne pour s’occuper de lui, le jeune Manfred n’a qu’une solution : retourner à Rodrigues. C’est son demi-frère, Jiana Jackson, qui le recueille. Il vit toujours aux côtés de ce dernier, avec sa belle-soeur et son neveu. « Mon frère est mon idole. Il était sprinteur et a remporté tout plein de médailles. En regardant tous ses trophées chaque matin, cela me donne beaucoup de courage pour surpasser toutes mes souffrances », explique-t-il. Après trois ans passés au collège Le Chou, Manfred Lafontan décide d’abandonner ses études. Il est resté évasif sur les raisons ayant mené à une telle décision. Mais avancera tout de même : « kan mo ti kit lekol mo ti plore bokou parski mo ti byen kontan mo bann profeser et zot osi ti byen kontan mwa avek mo ban nkamarad.»
Manfred Lafontan dit n’avoir jamais baissé les bras, car quelque temps après, il rejoint un centre d’IVTB pour un MTC Foundation avant de se tourner vers l’école de formation Maison Familiale Rurale à Malartic où il passe trois années à suivre des cours en mécanique. Il vient d’ailleurs de terminer sa formation est a intégré le garage Hoareau. « La vie ne m’a jamais fait de cadeau. Mais je n’ai jamais abandonné. Je me suis toujours dit que je devais réussir là où je mettais les pieds », fait-il ressortir.
C’est pour cela qu’il invite les jeunes à ne jamais baisser les bras. « Rien n’est facile dans la vie. Il faut rester déterminer. Quand on commence quelque chose, il faut impérativement aller jusqu’au bout », souligne-t-il. Cette leçon de vie a donné à Manfred Lafontan le courage nécessaire pour boucler les 15 km du trail les pieds nus. Et de quelle manière… Il a surclassé les participants mauriciens, réunionnais et français super bien équipés et entraînés. Avec peu de moyens, il s’est retrouvé sur la deuxième marche du podium. Ce qui l’incite à faire d’autant mieux la prochaine fois. Avec Manfred Lafontan, le dicton anglais qui dit « where there is a will, there is a way », prend tout son sens…