Les légumes sont riches en antioxydants, en vitamines et en fibres et nous protègent donc contre des maladies. Mais, à cause des pesticides qui seraient utilisés en excès, la crainte de les consommer est aujourd’hui réelle. C’est ainsi qu’Eric Mangar, directeur de l’ONG Mouvement d’Autosuffisance alimentaire (MAA), encourage la population à cultiver son propre potager bio à la maison. « Il est temps de produire des légumes chez soi. Chaque Mauricien doit pouvoir produire une partie de sa nourriture », dit-il. L’agronome rappelle que « sur l’Atlas mondial des pesticides en 2005, Maurice se trouvait dans la zone rouge ». Et de souligner : « Les pesticides pénètrent dans le système de la plante et ne partent donc pas au lavage. »
Contrairement à ce que pensent certains, même si l’espace fait défaut, « tout le monde peut cultiver des légumes et des plantes aromatiques. C’est même important de le faire à cause du problème de pesticides » est d’avis Eric Mangar. « Une récente étude vient d’ailleurs de révéler que le petit piment comporte soixante-dix fois plus de pesticides que le taux autorisé, et des résidus de pesticides ont été retrouvés dans certains autres légumes. En 2005, sur l’Atlas mondial des pesticides, Maurice se trouvait dans la zone rouge avec dix kilos de pesticides par hectare par an. La Chine aussi était dans la zone rouge, l’Europe moins. » Toutefois, selon le directeur du MAA, « les planteurs ne sont pas entièrement à blâmer car ils se retrouvent dans un cercle vicieux. En fait, avec l’urbanisation, on a tué la majorité des prédateurs qui aidaient à l’élimination des parasites. D’autre part, il y a de plus en plus d’exigence venant des grandes compagnies internationales qui mettent des pressions sur des compagnies nationales pour utiliser les pesticides. Et, à mesure qu’on utilise les pesticides, on voit une mutation au niveau des insectes et même des virus. Ils deviennent plus résistants. Résultat : les planteurs augmentent les doses… ».
Autre problème que relève notre interlocuteur : la période de rémanence des pesticides n’est pas toujours respectée. « Par exemple, vous achetez une botte de cresson samedi. Les pesticides peuvent avoir été mis la veille. Le gros souci, c’est que quand vous appliquez les pesticides, il y a une période de rémanence qui peut être de cinq jours ou de sept jours, dépendant. Mais, cette période n’est pas forcément respectée. Donc, les résidus demeurent sur les plantes. Les gens pensent que quand on lave les légumes, les pesticides partent. Mais, c’est systémique. Ils pénètrent dans le système de la plante. Et, quand on consomme ces légumes, les pesticides restent en petite quantité dans nos graisses. Sur le long terme, cela peut créer des mutations dans nos cellules et causer le cancer. On a donc là une raison valable pour cultiver des légumes chez soi ».
Selon Eric Mangar, les produits chimiques utilisés dans les années 60, pendant la période de famine, pour booster la production alimentaire, « ont tué beaucoup de prédateurs. À l’époque, on pensait que la terre était quelque chose de mort, on défiait les biologistes qui disaient que la terre était quelque chose de vivant avec les vers de terre, les bactéries etc. Aujourd’hui, à cause des fertilisants utilisés, on ne trouve plus ces prédateurs ». Le directeur du MAA ajoute que deux tiers de nos produits alimentaires sont des aliments transformés sans compter les préservateurs présents dans bien des aliments. « Aujourd’hui, l’homme est bien plus conscient. Il commence à se dire qu’il y a une relation entre sa santé et ce qu’il consomme ».
Mais, les légumes bio sont-ils pour autant accessibles aux familles moins aisées ? questionne M. Mangar. « Cette idée de devoir consommer sain est aussi utilisée par les firmes internationales dans le souci de faire de l’argent car les légumes bio sont plus chers. Mais, l’on se demande dès lors : les familles pauvres, n’ont-elles pas droit aussi à une nourriture saine ? C’est pourquoi je crois que chaque Mauricien devrait pouvoir produire une partie de sa nourriture ».
Le MAA a commencé il y a quelque trois ans, à encourager des familles mauriciennes à cultiver des légumes dans des bacs.
Quels sont les légumes que l’on peut planter chez soi ? «  On peut planter de tout : des plantes aromatiques comme le ‘carri poulet’, le thym, le persil, la coriandre etc. et comme légumes, on peut cultiver ‘lalos’, ‘voëm’, haricots, ‘petsay’, brèdes songes’, carottes, tomates, cèleris, poireaux… Les légumes à feuilles vertes sont sources de vitamine A et dans le monde, on a une déficience en vitamine A ». Le MAA (maa-mauritius.wix.com/maa-mauritius) propose sachets de semence, bacs, formations et outils nécessaires pour démarrer son potager.
« Dans l’agriculture biologique, on alimente ses plantes avec du compost et on encourage la prolifération des vers de terre. Le ver de terre agit comme du compost. L’excrément est utilisé par la plante. On n’utilise pas de produit chimique » explique notre interlocuteur. Par ailleurs, en cultivant son potager, « on ne fait pas que produire des légumes mais on protège la biodiversité du sous-sol (les bactéries, les champignons dans la terre qui ont un rôle dans le cycle des nutriments des sols et ce processus est donc capital pour la fertilité des sols) ». Quel type de terre adopter pour la culture de son potager ? « On peut utiliser n’importe quel type de terre. On met ensuite du compost. Mais, il faut aussi être patient et attendre qu’avec le temps, la terre  se structure. La couleur devient un peu plus noire avec le temps ».
Avantages du bac
Cultiver ses légumes dans des bacs comporte plusieurs avantages selon Eric Mangar. D’abord, les bacs viennent pallier le problème d’espace. On peut planter dans des bacs et les installer dans des espaces limités, pourvu qu’il y ait du soleil. « Si on n’a pas de place chez soi, on peut monter sur le toit. C’est là que les architectes devraient concevoir des prototypes de maison pour qu’on puisse utiliser cet espace perdu ». Deuxième avantage : si la personne déménage, elle peut facilement transporter les bacs. Et troisièmement, « on peut planter tout ce que l’on veut dans les bacs. Par exemple, si je plante des ‘brèdes songes’, je peux en récolter tous les deux jours. Si je cultive des ‘voëms’, je peux les couper en petits morceaux pour les ajouter à ma soupe de dholl. On peut innover dans nos méthodes de cuisson. Par exemple, si je n’ai pas la quantité voulue pour un légume, je peux mélanger des légumes comme les ‘brèdes malbar’ et les ‘brèdes songes’ ».
Dans les bacs, il est conseillé de mélanger certains légumes: laitues et haricots par exemple. « Ainsi faisant, je contrôle les insectes. Si je ne mets que des laitues, j’encourage le cycle des chenilles qui mangent des feuilles. En revanche, en les associant avec les haricots, je casse le cycle des insectes ». Toutefois, il importe de prendre soin de ses bacs au quotidien, « enlever les escargots, arroser… ».
Eric Mangar cite l’exemple de Cuba où « 70% des produits alimentaires sont des produits organiques. Les familles cultivent leurs plantes sur les balcons. C’est aussi un plaisir, une joie de voir ses plantes pousser… ». Outre de nous apporter des bienfaits santé, les légumes sains peuvent constituer une thérapie au stress du quotidien…