Très présente dans l’île durant les années 50 et 60, la population de mangliers a considérablement diminué avec les cyclones et le développement de la côte, entre autres. Or, il est de plus en plus important de sauvegarder ces écosystèmes qui jouent un rôle prépondérant dans l’équilibre de la biodiversité marine.
Le manglier, ou palétuvier, est une plante aquatique qui pousse sur le littoral dans des zones marécageuses. Deux espèces cohabitent sur notre territoire, le rhizopora mucronata (la plus commune) et le bruguiera gymnorhiza. Les mangliers sont présents dans diverses parties de l’île. Pointe d’Esny, Case Noyale, Île d’Ambre, Pointe Lafayette, Trou d’Eau Douce, île aux Cerfs ou encore Bras d’Eau comportent de véritables forêts formées de ces plantes aquatiques qui, dans bien des cas, vivent aux côtés d’arbres côtiers tels les filaos.
 Écosystème.
Une concentration de ces plantes est communément appelée mangrove. C’est tout un écosystème que l’on peut y découvrir. Au même titre que les coraux, les mangliers offrent un abri pour bien des espèces à l’instar des crabes, crevettes et petits poissons. La mangrove offre un endroit à ces espèces pour la ponte des oeufs à l’abri des prédateurs. Il faut savoir qu’elle abrite des espèces qui, plus tard, seront capturées en pleine mer pour les besoins de la pêche à l’instar de la gueule pavée. “L’écosystème de la mangrove est très important pour les larves et jeunes animaux et, de ce fait, important pour l’industrie de la pêche”, indique le Dr Vikash Tatayah de la Mauritian Wildlife Foundation. En sus de cela, quand les feuilles de mangliers tombent dans la boue ou l’eau, elles sont mangées par de nombreux animaux. “Les morceaux de feuilles qui se décomposent seront eux emportés aux alentours et nourriront d’autres organismes marins”, souligne le Dr Vikash Tatayah.
Sédiments.
Les racines de mangliers, elles, servent à attraper des sédiments et nutriments qui permettront à la plante d’effectuer la photosynthèse. “La réduction des mangliers à Maurice a altéré la capacité de ces écosystèmes à retenir les sédiments et nutriments nécessaires à nombre d’organismes pour leur survie. Ceci peut expliquer, en partie, l’envasement de certains lagons, l’eutrophisation (forme de pollution) de la ligne côtière et la diminution dans les prises de poissons”, soutient le Dr Vikas Tatayah. Qui plus est, les sédiments provenant des terres se déposent sur les coraux si les mangliers ne les retiennent pas. Couverts de sédiments, les coraux vivants ne peuvent survivre et finissent par mourir, et une telle situation entraînerait une vraie catastrophe pour la biodiversité marine et, par extension, pour l’industrie touristique. En outre, La mangrove est une barrière solide contre les inondations et l’érosion. Les inondations survenues en 2002 à Flic en Flac sont la preuve que la destruction des zones humides est dangereuse.
Autres organismes.
Outre les organismes marins, les mangroves sont souvent visitées par des oiseaux. On peut y voir des oiseaux migrateurs comme le héron vert ou encore des échassiers comme le tourne-pierre ou le pluvier. De même, plusieurs espèces indigènes d’insectes peuvent y être observées comme le Phalanta phalanta ou l’Euroma floricola ceres, deux espèces de papillons.
Mangrove Restauration Project.
Conscient de la nécessité de conserver cet écosystème, le gouvernement a initié dans les années 90 l’implémentation d’un Mangrove Restauration Project, soutenu par la communauté côtière. Depuis le début du projet, 190 000 m2 de bande côtière ont été recouverts de mangliers avec un taux de survie de 80 % dans certains endroits, selon le ministère de la Pêche et de Rodrigues.
Espèce protégée.
Pour empêcher la destruction progressive des mangliers, le ministère a même donné à ces plantes le statut d’espèce protégée. Ainsi, d’après le Fisheries and Marine Ressources Act, il est interdit de couper, enlever, endommager ou exploiter un plant de manglier ou une partie de celui-ci sauf permission du Secrétaire Permanent du ministère de tutelle. Le ministère a également lancé des campagnes de sensibilisation avec, entre autres, la distribution de brochures aux écoliers et à la communauté des pêcheurs sur l’importance des mangliers.