Plus d’une centaines d’activistes et de sympathisants de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) ont défilé pendant plus d’une heure dans les rues de Rose-Hill, hier. La raison de cette marche pacifique: protester contre l’emploi précaire et réclamer des conditions décentes de travail. Les syndicalistes Reeaz Chuttoo et Jane Raggoo ainsi que quelques autres membres de la CTSP scandaient leurs revendications dans leur mégaphone.
Munis de banderoles et de pancartes, les manifestants ont été relativement nombreux à se mobiliser devant le Stade de Rose-Hill à 13h30, hier, pour marcher jusqu’au Plaza. Un des messages forts passés a été que “le travail décent est un droit” pour tous les travailleurs. Ainsi, plusieurs revendications ont été entendues. “Bizin introduire Portable Severance Allowance Fund; bizin determine enn salaire minimal social; bizin ena mekanism pou distribution la richesse” étaient les messages inscrits sur la banderole ouvrant le passage aux manifestants protestant également contre les lois “anti travayer.” Des “aret bwar disan travayer” et des “allians anti travayer nou pa le” se sont fait entendre parmi les dizaines de protestations qu’ils scandaient.
«Vot dimounn loyal ek sincere pou la klas travayer»
“Nou pe al ver enn pouvwar politik kot tou kapitalis pe reini”, clamait Reeaz Chuttoo à côté du stade de Rose-Hill où a démarré la marche. “Apre eleksion général, lalit pou vinn ankor pli dur!” Profitant de la manifestation pour mener sa campagne de “name and shame”, la CTSP, par la voix de son président Reeaz Chuttoo, a donné des consignes de vote aux manifestants et aux curieux intéressés par les dizaines de banderoles et la foule inhabituelle de manifestants. En effet, en vue des prochaines élections générales, le syndicaliste exhorte tous les syndicats et les salariés à “vot dimounn loyal ek sincere pou la klas travayer. Pa vot blok! Vot bon dimounn! Vot intelligemment!” Et dans le cas où il n’y aurait aucun candidat “honnête et loyal” envers les travailleurs, Reeaz Chuttoo conseille tout simplement de “vot blan! Travayer bizin aret vot blok ek donn razwar dan lamin zako.”
Cette marche pacifique vise à dénoncer les discriminations subies par les travailleurs. À savoir, dit Reeaz Chutto, des dizaines de femmes qui nettoient les écoles préprimaires et primaires du gouvernement, employées par les PTA, gagnent seulement Rs 1500 par mois; plus de 700 employés de Airmate, filiale de Air Mauritius, reçoivent un salaire trois fois moins que leurs collègues de MK; quelque 100,000 travailleurs du secteur privé touchent moins de Rs 6,000 par mois dans le seafood hub, le textile et le secteur des services où 85% des employés sont des femmes.
Selon Reeaz Chuttoo, le pays se dirige vers une “situation ambiguë” qui ne sera pas bénéfique aux travailleurs: “Pendant plus de dix ans, nous avons subi des réformes ultra libérales qui ont fait de Maurice le premier sur le continent africain à pratiquer le easy doing business et le premier, voire le seul pays au monde à licencier des personnes sans aucune justification.” Il souligne en outre les “contradictions” que vit le pays, avec notamment le programme électoral du gouvernement qui veut faire de Maurice un “high income country” alors que “quelque 100,000 travailleurs touchent un salaire de moins de Rs 5,000 selon les termes légaux de leur emploi.” Il critique également ce qu’il qualifie de “discrimination structurelle” : “Pour le secteur public, on a ramené le PRB à trois ans, alors que le débat concernant le salaire minimal social pour le secteur privé est constamment renvoyé.”
Des noms d’entreprises pratiquant des discriminations ont également été cités, hier. Sur des banderoles, l’on pouvait “Travayer pe demann augmentation salaire”. Le Chemical Manufacturing & Connected Trades Employees Union s’est également associée à la manifestation. En outre, des ex-employées d’une compagnie curepipienne connue pour fabriquer des uniformes sont venues crier à l’injustice: deux femmes expliquent à Week-End que le 16 septembre, elles ont été licenciées injustement et sans la moindre explication, après 40 ans de service, avec 27 autres de leurs collègues.
Le 7 octobre étant la Journée mondiale d’action pour le travail décent, la manifestation tenue par la CTSP a fait la part belle aux travailleurs. Parmi les revendications:
n Introduire un salaire minimum social (Rs 14,180);
n Introduire un Portable Severance Allowance Fund (la contribution de l’employeur à la retraite de l’employé à hauteur d’un jour de salaire par mois);
n  Rs 8,000 comme salaire de base pour le salaire le plus bas;
n  120 jours de préavis pour un licenciement avec justification;
n  Enlever la taxe sur les produits alimentaires de base et introduire un maximum mark-up;
n  les employés doivent être couverts par une assurance d’accident au travail;
n  la révision du salaire des employés du secteur privé par le NRB doit se faire tous les 3 ans comme pour le PRB; ou encore
n Amender les lois du travail (ERiA et EReA) pour protéger les travailleurs.