« Nous ne croyons pas dans la croissance à n’importe quel prix. Notre objectif c’est de réaliser une croissance équitable, inclusive et durable », a déclaré Manou Bheenick, gouverneur de la Banque de Maurice, lors du dîner annuel offert en l’honneur des opérateurs économiques, hier soir, au centre de conférence Swami Vivekananda, au Domaine Les Pailles. Le système bancaire et financier mauricien, dit-il, a fait montre de résilience face à la crise globale, les banques locales ont réalisé des profits extraordinaires et il espère que les grandes banques vont partager judicieusement leurs profits avec tous les acteurs concernés et ce au bénéfice de toute la population.
Parlant de la performance économique du pays, M. Bheenick a indiqué que certaines personnes se désolent de voir que le pays ne parvient plus à réaliser un taux de croissance annuelle de 5 %. « This is just unrealistic », dit-il, car cela démontre une incompréhension de la dynamique de la croissance économique. La dynamique change dès qu’on émerge du statut de pays en développement à celui de pays développé. Passer à une économie avec des revenus élevés et éviter le piège de pays à revenus intermédiaires, c’est un long parcours en lui-même et qui requiert des capacités de coureur de fond. Manou Bheenick a fait ressortir qu’une croissance de 1 % des revenus nationaux est aujourd’hui plus élevée qu’une croissance de 5 % d’il y a vingt ans, « simply because the national cake is much bigger ». La progression de la production nationale en 2012, estimée à environ Rs 21 milliards, est plus importante que le produit intérieur brut total du pays réalisé en 1987, explique-t-il.
« Our track record may not be perfect ; our present may be tense ; and our future may look conditional – that may in fact well serve as an apt diagnosis of our predicament at any point in our recent history. What we should avoid is the risk of blowing it all by pursuing an unrealistic agenda of higher growth by monetary fixes », a soutenu le gouverneur de la BoM en guise de réponse à ceux qui pensent qu’on peut réaliser des taux de croissance économique plus importants en ayant recours à des mesures monétaires spécifiques. Pour lui, la poursuite d’une croissance trop élevée risque de donner lieu à une inflation galopante.
« We must adapt to the “new normal” of reduced growth in the western economies on whose coattails our export-driven economy has been riding ». Pour donner une impulsion à la croissance économique future, Maurice ne doit pas se fier à une main-d’oeuvre bon marché mais compter sur une productivité accrue, une plus forte compétitivité, plus d’innovation et d’agilité et doit pouvoir compter sur un « cerebral management » des secteurs public et privé.
Progression du secteur bancaire
Le gouverneur de la BoM a brossé un tableau de la situation dans le secteur bancaire et financier du pays dans un contexte de crise qui perdure. Il est d’avis que le secteur bancaire s’est bien tiré d’affaire. Au cours des six dernières années, les actifs totaux des banques ont augmenté de 70 %. Les 21 banques du pays comptent environ 35 000 actionnaires et emploient un peu plus de 7 000 personnes. Cinq nouveaux permis ont été accordés pendant cette période, permettant au public d’avoir accès à un réseau de 216 succursales avec un total de 2,5 millions de comptes. Les banques ont aussi étendu leurs opérations dans les îles de l’océan Indien et ailleurs, notamment au Malawi, au Mozambique, au Zimbabwe, aux Maldives et en Inde. « We have consistently logged positive economic growth, and enjoyed social peace with low inflation and moderate unemployment ». Manou Bheenick considère que malgré la crise, le système bancaire et financier local reste robuste, résilient et est bien géré, cela grâce à une bonne surveillance et une gestion prudente du système assuré par les autorités bancaires. « Banks in Mauritius have continued to make extraordinary profits, beyond those of even our top six companies in the real economy. Let’s hope our top bankers will share this wealth judiciously with all stakeholders to the benefit or all people on this land. A fair deal for bank customers is very much at the top of our agenda ».
La bonne gouvernance des banques a été également évoquée par M. Bheenick qui a rappelé que la publication des nouvelles directives de la banque centrale va dans cette direction. Il s’est réjoui de la décision de la Mauritius Bankers Association (MBA) de venir de l’avant avec un nouveau code d’éthique et de pratiques bancaires.
Manou Bheenick a fait appel à la vigilance devant l’évolution de la situation dans le monde financier et au niveau de l’économie globale. Tout en prônant la mise en place d’un agenda d’intégration régionale, il a soutenu que Maurice doit aider les pays et les populations de la région à sortir de leur situation de pauvreté. « What we lack now is a clear vision for our future, a long-term picture of where we want to be in 2030 based on greater intra-regional cooperation and reinvigorated trade, amongst others ». La BoM soutient les banques commerciales pour qu’elles soient prêtes à faire l’expérience d’une expansion régionale.