Le Gouverneur de la Banque de Maurice, Manou Bheenick, a déclaré que la reprise annoncée semblait être là pour de bon mais que les prévisions pour 2012 sont un peu plus sombres qu’elles ne l’étaient en mars dernier. Ce climat de morosité n’affecte pas seulement les pays occidentaux mais aussi les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Donc, il n’est pas possible, dit-il, pour une l’économie mauricienne qui dépend énormément du monde extérieur de s’attendre à une croissance comparable à celle des années d’avant la crise.
Lors de sa conférence de presse hier, Manou Bheenick a brossé un tableau de la situation économique tant sur le plan global que local avant de commenter les deux mesures prises par la Banque de Maurice (BoM), soit le maintien du Key Repo Rate à 4,9 % et l’introduction d’une ligne de crédits en devises étrangères pour les opérateurs ayant des difficultés à rembourser leurs dettes.
Le premier constat du Gouverneur de la BoM est que les prévisions en mars du taux de croissance ont baissé alors que lors de la réunion du Monitoring Policy Committee, les membres étaient optimistes avec l’annonce de la reprise qui semblait être là pour de bon. « On pensait que si le monde occidental perdait de la vitesse, il appartiendrait aux BRICS de prendre la relève et de donner un tonus à la croissance globale et de s’assurer que tout le monde s’en sort. Or, les BRICS aussi ont connu une nette détérioration de leurs prévisions de croissance – celle du Brésil est passée de 3,1 à 2,1 %, celle de l’Inde de 7,5 à 6 % et la Chine de 9 à 7,5 % », fait-il ressortir.
Face à une telle situation, il n’est pas possible, déclare Manou Bheenick, pour une économie comme la nôtre et qui est dépendante de l’étranger, de s’attendre à un taux de croissance comparable à celui connu avant la crise. Mais, indique-t-il, malgré ce climat morose, l’économie mauricienne peut espérer croître autour de 3,8 % cette année. Cependant, si l’économie mondiale se dégrade davantage, l’île Maurice ne sera pas épargnée et elle perdrait entre 0,5 et 0,6 % sur le taux de croissance.
Pour le Gouverneur de la Banque de Maurice, un autre facteur encourageant sur le plan externe en raison de la morosité ambiante est la pression sur l’inflation à travers les prix du pétrole et ceux des denrées alimentaires. Ceux-ci ont nettement baissé par rapport à mars. Ce qui offre, selon lui, une certaine marge de manoeuvre à Maurice du côté de la facture des importations. « On espère que cette tendance se poursuit », dit-il. Il en va de même pour les prix du pétrole qui sont très importants pour la facture énergétique du pays.
Sur le plan local, le Gouverneur s’est dit heureux que les banques soient profitables et qu’il n’y ait aucun souci à se faire. Mais il a des craintes pour le chômage, dont le taux s’élève à 8 %. S’il n’est pas inquiétant comparé au taux aux États-Unis et en Europe, il commence à devenir inquiétant pour la tranche d’âge des 16 à 29 ans. « Des mesures s’imposent pour endiguer ce phénomène et l’empêcher de se détériorer », déclare Manou Bheenick.
Poursuivant son analyse, le Gouverneur de la BoM estime que si la crise perdure en Europe, il y aura des difficultés pour les opérateurs locaux à créer des emplois et à les maintenir. La BoM s’est rendue compte que le taux de change de la roupie par rapport à l’euro constitue une source de vulnérabilité pour les entreprises, ce qui rendrait assez difficile pour elles d’assurer le service de leurs dettes libellées en devises. D’où la ligne de crédits en devises aux entreprises afin de leur permettre de refinancer leurs dettes.
Commentant la situation au niveau sectoriel, Manou Bheenick estime que la croissance dans la construction passera à 5,1 %, qu’il n’y aura pas de changement pour le secteur manufacturier. Par contre, le tourisme se dégrade. « Nous ne pouvons rester les bras croisés et attendre que les choses se dégradent davantage », souligne-t-il.
Pour Manou Bheenick, la politique monétaire n’est pas une panacée qui peut résoudre tous les problèmes.