Le marché du tourisme chinois est en pleine expansion à Maurice et atteindre l’objectif fixé de 100,000 visiteurs chinois dans deux ans est réalisable. Cependant, Maurice n’est pas totalement prête pour cette situation et si on ne prend pas les devants, on risque de se retrouver avec un véritable casse-tête chinois. C’est l’avis du directeur d’Atom Travel, Charles Ng, un des principaux pourvoyeurs de touristes chinois sur note île. D’où son appel au ministère du Tourisme, pour la mise en place d’un plan d’action en vue de la formation, à l’étranger, des Mauriciens intéressés à devenir des guides qui parlent le mandarin.
Depuis quelques années, avec les efforts des autorités et des partenaires du Tourisme, le nombre de touristes chinois visitant Maurice ne cesse de croître. De 29, 946 en 2013 et  51,129 en 2014 à 62,185 jusqu’au mois d’août 2015, le nombre de visiteurs chinois connaît une hausse conséquente pour l’industrie du tourisme mauricien. Et l’ouverture de l’accès aérien vers ces destinations n’augure que de bons présages pour l’industrie, estiment les professionnels du secteur.
Si cette catégorie de touristes représente des opportunités profitables pour les acteurs de l’hôtellerie, certains aspects, dont le manque de guide touristique parlant mandarin, nécessitent d’être revus afin de satisfaire la demande de cette clientèle assez atypique.
Le manque de guides parlant  mandarin à Maurice est en effet un gros problème dans le secteur. Travaillant sur ce marché depuis plusieurs années, le directeur d’Atom Travel déplore les difficultés qu’il encourt à recruter des guides qui parlent mandarin. “C’est une misère noire de trouver des guides pour nos clients”, dit-il, conscient que cette lacune est un handicap à l’avancement du secteur. Certes, actuellement il existe une vingtaine de guides parlant mandarin en free-lance, dont certains formés par Charles Ng lui-même. Et il existe de nombreuses personnes qui parlent  mandarin à Maurice, mais, selon lui, il manque de vrais guides, des professionnels. “C’est ce que nous devons combler au plus vite pour pouvoir attirer les touristes chinois qui représente le 4e marché le plus important”, dit-il. 
“On ne peut pas compter sur les guides étrangers”
D’autant que si le recrutement de guide chinois est possible, les procédures sont trop longues. “Il faut compter au moins 4 à 5 mois, le temps de faire un appel à candidatures, faire le test de recrutement et ensuite les démarches pour le permis de travail et le permis de résidence. Rien que ces deux dernières étapes, cela prend plus de deux mois. Et entre-temps, le candidat que l’on avait fini par choisir, dont le métier est de plus en plus demandé en Chine également, préfère saisir des opportunités dans son pays, plutôt que d’attendre un emploi à Maurice”, explique Charles Ng. Pour ce pionnier de l’industrie touristique, si Maurice veut attirer des touristes chinois, on ne peut pas compter sur les guides étrangers. Il suggère que ce soit des Mauriciens qui effectuent ce travail. “Mais le travail doit être professionnel. Nous avons là un marché sûr et profitable. On ne peut pas être basique dans notre offre”, dit-il, insistant sur le fait que l’accent doit être mis sur la formation des Mauriciens. Une trentaine, selon lui, pour pouvoir satisfaire l’objectif de 100, 000 visiteurs chinois d’ici deux ans.
A Maurice, deux centres proposent des formations pour apprendre le mandarin. Cependant, le premier, le Centre Culturel Chinois, comme le deuxième — proposé par le Tourism Welfare Fund, appelé “Ni Hao”—, sont trop basiques pour le tourisme chinois. “Être guide ne veut pas dire parler un peu le mandarin. Il faut connaître la culture, les coutumes et les demandes des Chinois”, estime Charles Ng. Il est d’avis que le recrutement d’un enseignant chinois pour la formation des guides mauriciens ne suffirait pas, car il est important que les guides comprennent  mieux cette catégorie de visiteurs pour pouvoir communiquer avec eux et vendre la destination à sa juste valeur.
D’où sa proposition au ministère du Tourisme d’établir avec les professionnels du secteur un plan d’action pour envoyer une trentaine de Mauriciens intéressés par ce métier, suivre une “crash course” de deux ans. L’objectif étant non seulement d’apprendre le mandarin, mais de s’imprégner également de la culture chinoise. “Ces Mauriciens reviendront diplômés et seront des guides professionnels. Il s’agit d’une façon de créer de l’emploi et en même temps de préserver notre tourisme et notre économie”, pense le directeur d’Atom Travel.