Une délégation de dirigeants et de membres — s’affirmant sujets britanniques — des organisations chagossiennes installées en Angleterre, est actuellement en pèlerinage dans l’archipel occupé des Chagos. Le Groupe Réfugiés Chagos, qui a lui aussi son antenne à Londres, fait partie de la délégation, mais on n’a pas confirmation si son leader, Olivier Bancoult, se trouve parmi les visiteurs. Par contre, Fernand Mandarin et son mouvement, le Comité Social Chagossien (CSC), aligné sur les positions mauriciennes, a décliné l’invitation.
Le déplacement a été organisé et financé par le gouvernement britannique à la demande des organisations chagossiennes basées à Londres. Celles-ci ont souhaité se rendre dans l’archipel pour, officiellement, rendre hommage aux morts le 1er novembre prochain, et elles auraient également obtenu l’engagement des autorités britanniques que l’événement sera renouvelé chaque année.
Pour certains observateurs, ce pèlerinage cadre dans la stratégie systématique du gouvernement anglais consistant à gagner le coeur et l’esprit de l’ensemble de la communauté chagossienne, afin de mieux isoler ensuite la République de Maurice dans son combat pour la souveraineté sur l’archipel. C’est, entre autres, le point de vue de Fernand Mandarin. Dans une déclaration à Week-End, le président du CSC a soutenu qu’« au fur et à mesure que le litige va s’envenimer entre Maurice et l’Angleterre, en vue surtout du procès initié par Port-Louis contre le décret unilatéral d’un parc marin protégé (MPA) par Londres, les Britanniques vont multiplier les gestes dits de bonne volonté envers les Chagossiens. Plus particulièrement, envers ceux-là qui ont choisi d’opter pour la nationalité britannique. Et ce, afin de s’en servir ensuite pour contrecarrer les revendications de souveraineté mauricienne. »
Fernand Mandarin a rappelé que le CSC a maintes fois réaffirmé son soutien à la République de Maurice et, parallèlement, son refus de reconnaître l’annexion de l’archipel des Chagos par l’Angleterre dans le cadre du British Indian Ocean Territory (une entité non reconnue par la communauté internationale).
M. Mandarin a également affirmé « avoir autant de respect et de reconnaissance que tous les autres envers les ancêtres chagossiens enterrés dans l’archipel » et aurait bien aimé, lui aussi, leur rendre hommage pour la Fête des morts. Mais, a-t-il expliqué, « si j’avais accepté l’invitation du gouvernement britannique d’intégrer la délégation, cela aurait signifié que j’allais devoir me conformer aux procédures d’accès dans les îles. Ces procédures exigent que je doive me munir d’un laissez-passer frappé des armoiries du BIOT, et être sujet de surveillances au cours de mes déplacements. Cela équivalait à reconnaître que les Chagos appartiennent aux Britanniques. Zame mo pa pou aksepte sa. »
Le président du CSC a rappelé que, lors de la visite-pèlerinage des Chagossiens en 2006, organisée conjointement par Londres et Port-Louis, et qui avait nécessité l’utilisation du navire Mauritius Trochetia, une dizaine de membres de son mouvement, le CSC, et lui-même avaient refusé de présenter un quelconque laissez-passer afin de pouvoir visiter les îles de l’archipel. « Je ne vois pas pourquoi je devrais maintenant me plier à des procédures d’entrée que j’avais déjà rejetées à l’époque. Les Chagos ont toujours appartenu à la République de Maurice. Cela je l’ai toujours su depuis mon enfance et, en devenant adulte, nous faisons presque tous – mes parents, mes camarades et moi – le va-et-vient entre l’archipel et Port-Louis. Pa aster-la ki zot pou dir mwa vinn angle pou mo kapav retourn dan mo zil », a-t-il déclaré.