Le débat sur le commerce des primates débarque à Maurice. Il ne s’agit pas de manifestations physiques comme tel est fréquemment le cas en Grande Bretagne, mais de campagnes de sensibilisation. D’un côté les défendeurs des animaux, de l’autre, les défendeurs de la recherche. Si la British Union for Abolition of Vivisection (BUAV) – ONG qui milite pour les droits des animaux – envisage d’installer une unité à Maurice, elle a déjà enclenché sa campagne auprès des Mauriciens pour les sensibiliser à la cause des primates, maltraités selon elle, lors de l’exportation et durant les recherches scientifiques. Pour sa part, l’association d’éleveurs de macaques qui sort de son silence pour expliquer la nécessité de la recherche biomédicale ne pourrait avancer sans les animaux. Les deux parties ont tenu la semaine dernière ateliers de travail et conférences de presse.
Suivant les récentes révélations d’une enquête menée par BUAV, Michelle Thew et Sarah Kite, respectivement Chief Executive Officer et Directrice de Communication de l’organisme britannique, étaient à Maurice la semaine dernière. L’objectif de leur visite : sensibiliser la population locale au commerce des primates car Maurice se classe en deuxième position après la Chine dans l’exportation des singes destinés à des recherches médicales. Lors d’une conférence de presse, suivi d’un atelier de travail, à l’intention de différentes Ong et autres membres du public, les représentantes de BUAV ont parlé des tortures et autres cruautés qui seraient infligées à ces animaux lors de leur déplacement mais également au cours des recherches.
Selon Raj Moothoosamy, porte-parole de BUAV à Maurice, « 90 % de ces singes, voire plus, vont mourir après les tests qui sont effectués sur eux. Mais à Maurice, la population n’est pas consciente de cela ». Tel est d’ailleurs le constat qu’ont effectué des représentantes de BUAV lors de leur séjour à Maurice. D’où la campagne de sensibilisation dans les jours à venir sur ce phénomène qui ternit la réputation de Maurice principalement auprès des défendeurs des animaux en Grande Bretagne. BUAV compte également installer une unité à Maurice d’ici la fin de l’année. Les représentantes de l’organisation ont également eu des discussions avec des officiers de différents ministères aussi bien que des parlementaires. Il a été question de déterminer comment la législation, qui n’interdit toutefois pas l’exportation des singes, pourrait être revue en fonction de ce commerce. « BUAV a mené campagne en Inde, où comme à Maurice, la population n’était pas consciente du mal qu’on fait à ces animaux lors de leur déplacement et encore plus dans le cadre des recherches. Aujourd’hui, l’exportation des primates a été abolie en Inde. Forts de cette réussite dans notre lutte, nous allons mener une campagne de sensibilisation auprès des Mauriciens », explique Raj Moothoosamy.
Mais ce n’est pas sans compter la détermination de la Cyno Breeders Association (CBA), association d’éleveurs de macaques cynomolgus regroupant les firmes Bioculture (Mauritius) Ltd, Biofarms Ltd, Noveprim Ltd, Les Campeches ltee, Biodia Co. Ltd et Le Tamarinier Ltée à faire comprendre la portée de leur commerce. L’association a tenu un atelier de travail sous le thème « Understanding the need for animal in biochemical research », la semaine dernière, en présence du Dr Bella Williams, représentante de l’association britannique « Understanding Animal Research », et d’autres médecins et vétérinaires mauriciens. Outre une présentation par le président de la CBA, Owen Griffiths, sur les activités des membres de l’association, dont leur engagement vis-à-vis du bien-être des animaux, l’accent lors de cet atelier a été mis sur la stricte conformité des membres de la CBA aux recommandations et accréditations internationales et nationales. « C’est cet engagement pour le bien-être des animaux qui donne aux singes de Maurice l’accès aux établissements de recherche les plus exigeants d’Europe et d’Amérique du Nord », soutient Owen Griffiths. Et de faire ressortir qu’un tiers des vétérinaires mauriciens travaillent dans ce secteur afin d’assurer la qualité des soins prodigués aux animaux.
Concernant les allégations liées à des conditions de maltraitance dans les élevages des membres de la CBA, le Dr Sam Naraina-Poullé affirme pour sa part qu’il s’agit là « d’attaques incessantes et totalement infondées sur les élevages de la CBA ». Et d’indiquer qu’il y a 15 vétérinaires qui travaillent 24/7 pour ces élevages afin d’assurer le bien-être des macaques. « Nous sommes assistés de techniciens vétérinaires qualifiés, d’Animal Welfare Managers et d’officiers, et de plus de 100 animaliers formés. Il ne faut pas se laisser tromper par des photos et autres montages véhiculés par des activistes qui n’ont rien à voir avec la réalité dans nos élevages », soutient le vétérinaire.
Le Dr Bella Williams estime dans ce contexte que « quoi qu’en disent ses détracteurs, la recherche biomédicale ne pourrait avancer sans les animaux ». Et de citer en exemple des pathologies ayant grandement bénéficié des résultats de la recherche animale, notamment l’asthme, le diabète et la maladie de Parkinson. Bien que la technologie ait beaucoup avancé il n’est toujours pas possible de reproduire avec exactitude – par ordinateur, imagerie, ou par le biais d’études cellulaires – nos mécanismes biologiques, font ressortir les chercheurs. Ils affirment donc que l’utilisation des animaux demeure une nécessité. La représentante de l’association britannique « Understanding Animal Research » souligne que bien que la communauté scientifique s’est engagée à appliquer le principe des 3 R, dont fait partie la Réduction du nombre d’animaux utilisé en recherche, ce besoin reste incontournable.