« La lenteur dans les prises de décisions concernant notre relogement n’est qu’une manipulation politique en vue des élections municipales qui sont proches », pensent les marchands ambulants regroupés au sein de la Street Vendors Association et de l’Association des Marchands Ambulants du Nord (AMAN). Déplorant le respect de l’ordre de la Cour suprême par la municipalité de Port-Louis et la police concernant l’interdiction pour les colporteurs d’opérer dans un rayon de 500 mètres autour du Marché central, ces derniers ont consenti hier à Plaine-Verte qu’une nouvelle manifestation est nécessaire pour faire entendre leur voix.
« Ce qui arrive aux marchands ambulants n’est pas un hasard. L’ordre de la Cour suprême ne date pas d’hier. Alors pourquoi mettre en place tant de structures pour nous empêcher d’écouler nos produits ? », observent les marchands ambulants regroupés au sein du Front commun des marchands ambulants (FCMA) et réunis hier soir au Centre Idrice Goomany à Plaine-Verte. « Ce n’est qu’une farce en vue des élections municipales ou peut-être des élections générales anticipées. Le dossier traînera jusqu’à la date butoir et à l’heure venue, la solution miracle sera trouvée », avance Hyder Raman, président de la Street Vendors Association. Or, pour lui, il est hors de question de tomber dans cette « bassesse ». Et de renchérir : « Nous n’attendrons pas que nos représentants se décident pour travailler. Nous avons des familles à nourrir. »
Par ailleurs, la réunion qui s’est tenue hier soir durant plus d’une heure a débouché sur l’envoi d’un ultimatum aux autorités. « Une semaine au gouvernement pour trouver une solution. Nous voulons un plan de relogement juste et équitable », ont concédé les colporteurs. Au cas contraire, les quelque 2 500 marchands ambulants regroupés au sein de la SVA et les milliers autres représentés par l’AMAN protesteront dans les rues de la capitale. « Nous avons été suffisamment patients. Nous n’avons guère le choix. Nous avons fait appel à tous ceux qui sont en mesure de nous aider, même le Premier ministre, mais à ce jour, c’est le flou total autour de ce projet », adhèrent-ils. Interrogé par Le Mauricien à ce sujet, M. Raman a déclaré « nou bann marsan anbilan nou bann fanatik gouvernman. Parski nou kone ki solision li trouv dan zot lamin. Me nou pa pou may ek okenn parti politik. » Selon lui, des amendements devraient être apportés à la Local Government Act. « C’est le seul moyen pour que nous ne soyons plus dans l’illégalité », soutient-il pointant du doigt la législation « archaïque », selon lui.
L’initiative de la soirée d’hier a réuni plus d’un millier de marchands ambulants de la capitale oeuvrant principalement autour du Marché central. Rappelons que c’est suite à une décision de la Mediation Division en août dernier (NdlR : de mettre en application l’ordre émis par la Cour Suprême en 2006) que les marchands ambulants sont interdits d’opération dans cette zone. Or, selon les réfractaires, cet ordre valable dans un rayon de 500 mètres autour du marché central n’a aucune raison d’être. « Zot ape fer dominer. Si nu pa gagn drwa travay isi kot nou pou travay. Samem plas ki nou ena », laisse entendre Nizam, marchand ambulant depuis plus d’une vingtaine d’années. Un argument qui ne réjouit guère les commerçants de cette zone. Selon ces derniers regroupés au sein du Front Commun des Commerçants de l’île Maurice, la présence de colporteurs est l’unique responsable de la baisse de leurs recettes.
« Il faut certes trouver une solution pour les aider mais les décideurs politiques doivent être justes. Il faut que tous y trouvent leurs comptes, qu’il s’agisse de chauffeurs de taxi, de maraîchers, de commerçants et du public. Les marchands ambulants disent qu’ils font partie de notre culture et qu’ils contribuent au développement socio-économique du pays mais leur présence va à l’encontre du Law and Order dans la capitale », soutient un commerçant dont les locaux se situent à la rue Farquhar. Du côté de la municipalité de Port-Louis, on fait comprendre que toutes les décisions résident désormais « dans les mains » du comité technique présidé par Anil Bachoo. Mais, à ce jour, hormis les potentiels sites de relogement envisagé, aucune information concrète n’est disponible.