Tels des parias, de pauvres marchands ambulants ont été chassés manu militari de certaines artères de Port-Louis. Certains, les yeux pleins de larmes, ont vu leurs marchandises saisies et maltraitées. Adieu beaux rêves, l’espoir tom dan dilo. Noël, dans moins de trois mois, sera, pour ces familles, celui des enfants oubliés. Pas de vêtements neufs, pas de jouets, pas de repas de fête !  Il ne faut surtout pas trouver là un quelconque reproche fait à nos chers policiers, sinon un manque d’élégance dans la manière. Ils ont reçu des ordres et s’y sont pliés. Quant à leur absence de tact, c’est peut-être au niveau de la formation que le bât blesse. Allez savoir !
Ce billet, soyons-en assurés, ne constitue pas un plaidoyer en faveur de l’anarchie. Les rues et les trottoirs ne sont pas faits pour être obstrués et ne doivent pas l’être : il est aussi anormal que d’honnêtes commerçants qui règlent, rubis sur l’ongle, leurs permis, subissent  la  concurrence déloyale : les ordres de la Cour Suprême ne sont pas injustes et doivent être respectés. Ce qui est injuste, c’est que les autorités ont laissé venir un ordre d’éviction sans avoir, au préalable, trouvé une alternative juste et acceptable qui permettrait à ces braves gens qui vivent, depuis des années, de ce métier, d’assurer leur pitance. Le problème des ambulants est avant tout humain et requiert une solution humaine et immédiate. Il y va de l’avenir de ces enfants dont l’éducation et la survie ne  dépendent que des revenus de ce commerce, fût-il au noir ou marron. Combien de Mozart assassine-t-on par notre indifférence et notre intransigeance ? Par quel sombre dessein s’arroge-t-on la liberté de priver son frère de son droit de subvenir aux besoins des siens ?
La grande tragédie est que ces marchands ont été menés en bateau pendant trop longtemps par des politiciens ambulants de tous bords et leurs courtiers sans « patentes » : des sans foi ni loi qui n’ont pour boussole que le seul triomphe de leurs petites personnes. Il n’y a jamais eu de réelle volonté d’en finir avec ce problème qui, au fait, ne devrait pas en être un. Si ces commerçants y trouvent leur compte, c’est qu’il y a un marché. Il n’y a jamais eu de discernement entre le sans-le-sou qui ne trouve pas d’autre solution pour faire vivre sa famille et le fonctionnaire-agent-politique qui s’improvise  marchand en périodes de fêtes, juste pour gonfler son budget de bombance. Il ne suffit pas de décréter, à la va-vite, un endroit pour qu’il soit propice au commerce. Il faut s’assurer de l’affluence de chalands et s’il n’y en a pas, d’en créer. Des experts en marketing savent bien le faire, il n’y a qu’à voir Bagatelle et Cascavelle. Que ce soit à la Gare du Nord ou dans l’ex-bâtiment de la NTA, on pourrait susciter l’intérêt des mauriciens aussi bien que celui des touristes en créant des aménagements  agréables, avec manèges et food courts, où se mélangeraient marchands, artistes peintres, réparateurs de machine à coudre, cordonniers, artisans, musiciens, slammeurs. La MTPA qui mène, très justement,  un combat pour faire sortir les touristes des hôtels, ne refuserait sûrement pas d’apporter sa contribution et ses compétences à un projet qui pourrait devenir un attrait touristique.
Nos édiles, députés, ministres doivent se mettre une fois pour toutes en tête qu’élection et nomination ne sont pas synonyme de science infuse. Quand il s’agit de régler des problèmes complexes, surtout humains, il faut savoir modérer son narcissisme et s’en remettre à des professionnels hautement capables dont Maurice regorge.