Le centre-ville de Port-Louis semble respirer. Il présente un autre visage depuis qu’est appliqué dans toute sa rigueur l’ordre d’interdiction pour les marchands ambulants d’opérer à moins de 500 mètres du marché central. Chez les marchands de rue qui opéraient illégalement, c’est la grogne, voire le désespoir. Mais certains automobilistes et piétons sont loin de se plaindre…
Depuis le début de l’année, la “base d’opération” des marchands ambulants a laissé la place à plus d’espaces vides dans la capitale, facilitant le parking des véhicules et le passage des piétons. Les rues Farquhar, John Kennedy, Célicourt Antelme et une partie de la route Royale et des alentours sont désormais clairsemées. Les espaces libérés procurent une plus grande sécurité aux piétons, qui peuvent plus facilement circuler sur les trottoirs autrefois encombrés. Il y a moins d’attroupements également et moins de problèmes d’embouteillage, moins de risques d’être victimes d’un voleur à la tire…
Ailleurs, les étals métalliques ont été laissés tels quels, dans l’attente qu’une solution “humanitaire” et temporaire soit approuvée et que les lieux choisis et aménagés par le gouvernement central soient enfin livrés. Pour l’instant, les travaux ont été suspendus par manque de fonds.
Otages.
L’application de cette mesure judiciaire bouleverse les principaux acteurs concernés. En dépit de la menace exprimée et de l’illégalité de leurs activités, les marchands ambulants pensaient pouvoir occuper la rue encore longtemps. Plusieurs d’entre eux disent se retrouver sans aucune rentrée d’argent alors qu’ils doivent envoyer leurs enfants à l’école, avec toutes les dépenses qui y sont liées. D’où les pourparlers engagés depuis le début de l’année entre la mairie de Port-Louis et les marchands ambulants. Dans le passé, ces derniers avaient toujours su comment faire pression pour faire céder les autorités.
Pendant longtemps, le dossier des marchands ambulants a été hautement politisé. C’est l’une des raisons qui explique pourquoi une solution n’a pu être trouvée jusqu’ici. Les larmes aux yeux, certaines mères de familles implorent le Premier ministre de leur venir en aide et pour qu’une solution temporaire soit trouvée à leur problème. Comme leurs confrères masculins, elles refusent d’être les otages de querelles politiques.
Humiliation.
Entre-temps, la police veille. Mais cette chasse aux sorcières est considérée comme une humiliation par les marchands ambulants. “Pe pran nou plis ki voler. Si nou met nou marsandiz, zot sezi ou bien galoup deryer nou.” C’est pour ne pas avoir des démêlés avec la justice qu’ils ont choisi la médiation au lieu de défier les autorités. Ils espèrent une dérogation de la cour pour qu’ils puissent travailler temporairement à leurs emplacements habituels, en attendant d’être transférés, les uns à l’ancien emplacement de la Central Water Authority à l’arrière de la gare Victoria, et les autres près de la gare du Nord. Depuis qu’ils ont dû plier bagage, ils ne cessent de se plaindre de leurs difficultés financières. Plusieurs ne savent plus à quel saint se vouer car ils se disent ballottés par des politiciens.
Pour leur part, les propriétaires de magasins poussent un ouf de soulagement. Il n’y a plus d’attroupements devant leurs commerces et ils n’ont plus à faire face à la concurrence déloyale. Ils estiment que c’est une bonne chose que l’ordre de la cour est appliqué et que les marchands ambulants changent de quartier.
Changements.
Cependant, en ce début d’année, ils ne s’attendent pas à de gros chiffres d’affaires, le mois de janvier étant un mois difficile après la frénésie des achats de fin d’année.
Les chauffeurs de taxi, qui sont basés non loin du marché, sont mitigés. “Nou gagn fasilite parking ek pli kapav roule aster-la”, souligne un des chauffeurs. Mais certains d’entre eux regrettent l’absence des marchands ambulants qui leur attiraient des clients potentiels.
À l’heure du déjeuner, les lieux habituellement animés étaient calmes. Ces changements, qui se sont opérés du jour au lendemain, ont pris de court des employés de la capitale et certains visiteurs. Une dame qui a l’habitude d’acheter des fruits confits a été surprise de ne pas trouver le marchand à sa place habituelle. Une autre, qui vient régulièrement à Port-Louis, est un peu déçue de cette mesure, même si elle reconnaît que les marchands étaient envahissants et gênaient considérablement les piétons.
Kas pri.
Pour beaucoup, l’absence des marchands ambulants est la cause de certains inconvénients. “Nou bann kliyan pe rod nou depi ki nou pa pe travay”, prétendent plusieurs marchands. Qui affirment que les clients avaient pris l’habitude d’acheter auprès d’eux des vêtements et autres accessoires à bas prix.
“Nou kapav marsande ek kas pri”, confie une dame. Une employée de bureau précise qu’elle devra désormais prendre de nouveaux repères. “Je savais exactement où me procurer ce dont j’avais besoin. Quand les marchands ambulants vont être relogés, je devrais effectuer un long trajet pour les trouver”, regrette-t-elle.
L’absence des marchands ambulants vient bouleverser certaines habitudes et briser un certain “folklore” bien établi à Maurice, de nombreuses personnes aimant faire leurs emplettes “lor sime”. Mais, aujourd’hui, il est indéniable que les automobilistes et les piétons circulent plus facilement.