Le problème des marchands ambulants à Port-Louis a pris une nouvelle dimension hier avec l’annonce du ministre des Administrations régionales que le gouvernement a repris le contrôle de deux sites aménagés aux gares du Nord et du Sud. Hervé Aimée, qui avait à ses côtés le ministre du Travail Shakeel Mohamed et le député Abdullah Hossen, a affirmé lors d’une conférence de presse convoquée d’urgence que son ministère prendra en main, à partir de janvier, l’installation en priorité des 1 050 marchands qui tombent sous le coup d’un jugement de la Cour suprême depuis 2012. Il a critiqué les conseillers de la majorité du conseil municipal de Port-Louis qui, soutient-il, n’ont pas été en mesure de régler ce problème en neuf mois depuis leur arrivée au pouvoir.
Faisant l’historique des problèmes des marchands ambulants, Hervé Aimée a rappelé qu’il remonte à 2009. En 2012, des commerçants de Port-Louis ont contesté en cour l’activité des marchands ambulants près de leurs magasins, qui affectent leur commerce. Dans son jugement, le juge Matadeen, qui avait arbitré cette affaire, spécifie qu’aucun marchand ambulant ne pourra opérer dans un rayon de 500 mètres autour du marché central. Ce jugement, qui concerne également quatorze rues de la capitale, avait été prononcé contre la municipalité et intimait le Commissaire de police d’assurer le maintien de l’ordre dans cette région.
« En tant que ministre des Administrations régionales et avec le coup de main de mes collègues ministres, nous avons recherché une solution durable à ce problème. Le cabinet nous a autorisés à instituer un high powered ministerial committee présidé par le VPM Anil Baichoo. Les officiers de la municipalité et l’ancien Lord maire ont eu l’occasion de participer à ses travaux », affirme Hervé Aimée. Il a souligné les démarches effectuées pour créer un espace à la Gare du Nord à côté de l’ancienne place des camions et un autre à côté de la Gare Victoria, à la place de seafarers et des locaux de la CWA. Ce projet avait coûté Rs 25 M. Parallèlement, à la demande du gouvernement, la municipalité a effectué une étude sur la présence des colporteurs et a établi une liste de 1 050 marchands. Les travaux ont pris fin vers la fin d’octobre et les élections municipales ont été organisées en décembre. « En tant que démocrates nous n’avons pas voulu distribuer les places aux marchands identifiés afin de ne pas paraître comme donnant un bribe électoral », dit-il. Entretemps, l’opposition a pris le contrôle de la municipalité. Aussitôt son installation terminée, le ministère lui a écrit pour lui dire de prendre des mesures pour installer les marchands ambulants dans les places prévues. Le ministre a dit son étonnement qu’à la première réunion du conseil municipal, une décision prise lors de la réunion précédente concernant les marchands ambulants a été annulée. « Le conseil a violé un accord que le gouvernement avait avec la municipalité concernant l’exécution de nos instructions », allègue le ministre, qui déplore que neuf mois plus tard le problème n’ait pas été réglé. « Les critères utilisés par la nouvelle administration pour établir une nouvelle liste de 1 738 marchands avaient pour but de caser des petits copains », soutient-il.
Autonomie dans la prise de décision
M. Aimée affirme qu’en tant que « ministre responsable », il n’avait d’autre choix que d’appeler les municipalités. C’est ainsi qu’il a convoqué le Lord maire et le Chief Executive le 31 octobre pour leur demander de revoir avec le ministère des Administrations régionales la liste des marchands. Le ministre affirme qu’il a toujours collaboré avec les autorités locales depuis les dernières élections. Or, soutient-il, le Lord maire n’a pas accepté les propositions ministérielles et a insisté pour continuer à travailler sur la liste établie par la nouvelle administration. Ce qui, selon lui, ne résolvait pas le problème des 1 050 marchands conformément à un jugement de la Cour. Le ministre ajoute que dans une lettre adressée à la municipalité de Port-Louis le 4 novembre, il affirmait que même si le conseil municipal dispose d’une autonomie dans la prise de décision, son ministère était disposé à collaborer avec lui en vue de trouver une solution au problème des marchands ambulants. « J’ai noté que le leader de l’opposition a participé à une réunion avec les conseillers de la majorité et est arrivé à la conclusion qu’il faut un montant de Rs 75 M pour résoudre ce problème. Or dans quel pays avez-vous vu le gouvernement allouer autant d’argent sans qu’il puisse avoir son mot à dire », dit le ministre. Il estime que ce problème risque de prendre une tournure qui ne connaîtrait jamais de solution. Hervé Aimée se dit satisfait d’avoir fait son maximum pour satisfaire les autorités locales et déplore qu’alors que la municipalité affirme ne pas disposer de financement adéquat, elle a trouvé moyen de dépenser de l’argent pour financer diverses sociétés, pour organiser des fêtes, pour acheter les poubelles au coût de Rs 16 M et des voyages à l’étranger. « Est-ce que le fait de participer à une conférence de presse en compagnie du Lord maire pour contredire un ministre mandaté aux termes de la Constitution pour s’occuper des administrations régionales est conforme à l’esprit d’autonomie de la municipalité ? » s’est demandé le ministre en réponse à Paul Bérenger qui lui avait demandé de ne pas se mêler de la gestion de la municipalité.
« Je n’ai pas eu d’autre choix que de reprendre le contrôle des deux sites mis à la disposition de la municipalité. Nous les aménagerons comme il faut et installerons les marchands qui figuraient sur la première liste de 1 050 marchands concernés par la sentence du juge Matadeen. Nous aménagerons d’autres endroits pour caser les autres marchands contre lesquels nous n’avons aucune animosité. Nous verrons s’il faudra redonner à la municipalité la possibilité de gérer ces sites. Nous avons estimé que les conseillers de Port-Louis sont des incapables pour n’avoir pas réussi à effectuer un tirage au sort afin de classer les marchands », affirme le ministre. Il a annoncé que les dispositions à cet effet seront prises à partir du début de l’année prochaine.
Le ministre du Travail, Shakeel Mohamed et Abdullah Hossen étaient également présents à la conférence de presse et ont soutenu la décision du ministre des Administrations régionales. Shakeel Mohamed a estimé qu’en annulant une décision prise par l’ancienne administration concernant les marchands ambulants, la continuité du pouvoir n’a pas été respectée.