En 2013, l’actualité sociale a notamment été marquée par les revendications des marchands ambulants, principalement ceux de Port-Louis. Leur revendication, à savoir de travailler « sur une base humanitaire » – et ce bien qu’opérant dans l’illégalité –, n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Les autorités sont en effet venues à leur rescousse, jetant ainsi à la corbeille le projet de relogement de la municipalité. Dans les autres villes, la lutte contre « l’invasion » de colporteurs se poursuit.
Si elle n’est pas nouvelle, la problématique des marchands ambulants a pris de l’ampleur cette année, les colporteurs montant au créneau pour réclamer le droit de travailler dans des « conditions humaines ». Ainsi, si la mairie de Beau-Bassin–Rose-Hill – avec le soutien de la police – tente tant bien que mal de faire respecter l’ordre de la Cour suprême afin qu’aucun marchand ambulant ne travaille dans le centre ville –, à Curepipe, Mario Bienvenu a, lui, pris le taureau par les cornes pour la mise en application d’un projet de délogement d’une centaine de marchands ambulants qui opéraient jusqu’en novembre dans le centre ville. À Quatre-Bornes, la mise en place d’un Food Court vient appaiser la colère des commerçants, qui fustigeaient les Food Hawkers qui travaillaient dans le centre ville. Mais c’est à Port-Louis que le problème devient le plus cornélien. Car, malgré la volonté politique de régulariser les colporteurs faisant objet d’une interdiction de travail autour du marché central, le gouvernement a donné son feu vert pour que plus d’un millier de marchands puissent travailler sans être inquiétés. De fait, en cette période de fin d’année, avec l’arrivée des marchands saisonniers, le « chaos » règne dans la capitale.
Dans chaque ville existe toutefois une problématique différente. Ainsi, si des membres du gouvernement acceptent de participer à une manifestation de colporteurs devant la municipalité de Port-Louis pour contrer le projet de relogement, dans les autres villes, ils préfèrent s’abstenir. D’ailleurs, Hervé Aimée, ministre des Administrations régionales, « reprenant les sites de relogement à Port-Louis et promettant de régulariser les colporteurs l’année prochaine (NdlR : 2014) », n’a pas souhaité intervenir dans le cas de délogement d’une centaine de marchands à Curepipe. Dans le cas de l’opposition, c’est le même scénario. Paul Bérenger, leader du MMM – qui a, lors d’un point de presse, soutenu l’ancien Lord Maire Aslam Hossenally sur le projet de relogement –, n’a pas pipé mot sur le travail effectué à Curepipe alors que les conseillers mauves, menés par Ananda Rajoo, ex-maire de Curepipe, prenaient le parti des marchands ambulants afin que ces derniers travaillent « sur une base humanitaire dans le centre ville ».
Ainsi, si 2013 a été marquée par des interventions politiques, dans un sens comme dans l’autre, on ne sait néanmoins quelle orientation prendra ce dossier l’année prochaine. A Port-Louis, le ministre de tutelle a bien promis le relogement d’un millier de marchands ambulants en 2014, mais les questions entourant la logistique et les modalités du futur exercice restent toujours sans réponses. Sans compter que cette prise de position en aura irrité plus d’uns. A commencer par les commerçants et les maraîchers, qui, rappellent-ils, paient leur Trade Fees. Des taxes qu’ils ont décidé de ne plus payer à partir de 2014 en guise de contestation, car s’estimant « victimes de concurrence déloyale ». Pour rappel, le gel du projet de relogement a permis à plus d’un millier de marchands de poursuivre leurs activités illégalement, principalement autour du marché central, et ce alors qu’un ordre d’interdiction de la Cour suprême a été émis en ce sens.
Pour revenir au projet de relogement, deux sites avaient été identifiés. Le premier à la Gare Victoria, nommé site Decaën, et le second à la place de l’Immigration (Gare du Nord). Quelque 1 737 personnes avaient été identifiées par la municipalité selon des critères spécifiques pour qu’elles puissent y travailler. Ces dernières, à la suite d’un tirage au sort, ont pris connaissance des modalités d’un shift system imposé car seuls 900 étals étaient disponibles. Un processus vivement contesté par les colporteurs, qui soutiennent que, dans la liste de la mairie, figuraient des noms « d’agents politiques ». C’est ainsi que trois listes de noms de marchands « genuine » ont été mises en circulation : la première du Front commun des marchands ambulants (FCMA), la seconde de la municipalité – avec 1 732 noms inscrits après une étude des inspecteurs municipaux et des critères bien établis –, et la dernière du ministère des Administrations régionales, dont la grille d’étude n’a jamais été dévoilée mais dont le nombre de marchands et les noms correspondent à celui du FCMA. C’est d’ailleurs après une manifestation en octobre devant la municipalité de Port-Louis – où Rashid Beebeejaun, Shakeel Mohamed et des conseillers du Ptr-PMSD de Port-Louis ont participé – que le ministre des Collectivités locales a indiqué être en possession de cette liste avant de geler ledit projet de relogement. Un projet qui aurait permis à ceux dont les noms ont été retenus de travailler sous la base d’un shift system. Le FCMA a également accusé la mairie de la capitale de mettre en place des « critères d’éligibilité » qui auraient privé les Genuine Hawkers d’un étal. Le projet désormais en suspens, le ministère se penche désormais sur d’autres sites alternatifs, dans le centre de la capitale, afin de permettre aux marchands ambulants de continuer à gagner leur vie « dignement ».
Dans les autres villes, la bataille contre les colporteurs se poursuit. Bien que les commerçants de Rose-Hill dénoncent l’attitude des colporteurs, qui joueraient au « chat et à la souris » avec les forces de l’ordre, à Curepipe, le projet de délogement au Forum de Curepipe s’avère être un échec car, à ce jour, le site n’est pas régulièrement desservi par des autobus, n’attirant donc pas de clientèle. Autant dire que le problème est encore loin d’être résolu. Gageons néanmoins que des solutions seront trouvées en 2014 afin que toutes les parties puissent y trouver leur compte.