Face à ce qu’ils appellent « l’incapacité » des collectivités locales et de la police à faire respecter des jugements de la Cour suprême en leur faveur ainsi que les règlements pour l’activité économique, le Front Commun des Commerçants de l’île Maurice se tourne vers le Premier ministre pour trouver des solutions durables qui freineraient les activités illégales. De son côté, Ken Fong Suk Koon, le maire de Beau-Bassin/Rose-Hill, n’a pas apprécié les critiques acerbes des dirigeants des associations de commerçants de la ville à son égard hier au sujet de l’augmentation conséquente du nombre de marchands de rue dans le centre-ville durant le dernier week-end.
Dans cette lettre envoyée au bureau du Premier ministre, avec copie à Xavier-Luc Duval et Ivan Collendavelloo, le Front Commun des Commerçants de l’Île Maurice (FCCM) rappelle d’abord les consultations entre ses dirigeants et les leaders de L’Alliance Lepep pendant la campagne électorale sur la question des marchands ambulants. Ils évoquent aussi les rencontres qu’ils ont eues avec les nouveaux maires qui sont entrés en fonction en juin dernier pour leur exposer leurs doléances. Il s’agit, selon leur constat, d’un « épineux problème » auquel sont confrontées pratiquement les cinq villes du pays. « Tous nous ont fait part de leur intention de trouver des solutions le plus rapidement possible », écrit le président du FCCM. Selon ce dernier, il a été question, lors de ces rencontres officielles, de plan d’action élaboré par les mairies avec la collaboration de la police pour faire partir les marchands ambulants.
Or, dit le front commun au PM, hormis des opérations sporadiques, la situation est restée pratiquement la même, ajoutant que ni les inspecteurs municipaux, ni les policiers n’ont pu rétablir l’ordre et faire respecter les lois et les règlements. « Il n’y a pas eu d’actions fermes, soutenues et décisives de la part des autorités concernées en vue de mettre un terme, comme recommandé par les tribunaux, à ces pratiques commerciales illégales », écrit le FCCM. Et les dirigeants de ces associations des commerçants de se demander s’il n’y aurait pas de « connivences entre des marchands de rue et certains officiers municipaux et des officiers » de police. « Bien souvent, il y a un manque de coordination délibérée entre les deux entités, ce qui fait que des actions communes ne sont pas prises à temps pour faire partir les marchands ambulants de leurs bases respectives », affirme le front commun. Cette instance craint que cette « situation conflictuelle » ne « perdure pendant longtemps », étant donné que les officiers municipaux et ceux de la police « ne sont pas redevables envers une seule et unique autorité ».
Le FCCM dit craindre une détérioration de la situation durant la prochaine période des fêtes de fin d’année et demande au gouvernement, à travers leur lettre, de prendre « dès maintenant les mesures qui s’imposent ». À titre d’exemple, le front commun suggère de protéger les alentours des centres commerciaux et des marchés municipaux contre l’agglutinement de marchands de rue en confiant la surveillance, dans un périmètre de 500 m à 1 500 m aux agences de sécurité privées.  
Par ailleurs, le maire des Villes-Soeurs trouve « injustes » les commentaires du secrétaire de la Plaines-Wilhems Market Traders Association et ceux du président de l’Association des commerçants de BB-RH, selon lesquels son « intransigeance et sa fermeté dans les réunions officielles » vis-à-vis des  activités illégales des marchands de rue ne seraient qu’un « show » pour « épater la galerie». Leurs propos avaient été rapportés dans notre édition d’hier sous le titre « Le centre-ville transformé en véritable foire maraîchère ». Cet article concernait la situation quelque peu anarchique ayant régné dans le centre-ville le week-end dernier et résultant de la recrudescence de marchands. Leur donnant la réplique, le maire a dit au Mauricien ce matin : « Ce sont des propos très injustes car, à chaque fois que les commerçants ont demandé à la mairie de prendre telle ou telle mesure, nous l’avons fait. Le conseil municipal a donné des directives à l’administration municipale et à  la police pour faire respecter le jugement de la Cour suprême. Les officiers municipaux font leur part et ne ménagent pas leurs efforts pendant la journée, mais la municipalité est responsable de la sécurité de ses employés et nous ne pouvons pas les mettre en danger. » Ken Fong Suk Koon reconnaît cependant que les mesures prises par la mairie n’ont pas donné les résultats escomptés jusqu’ici, ajoutant qu’il revient à la police, selon lui,  d’assurer le contrôle dans la ville et de faire respecter le jugement de la Cour suprême. « À la police de jouer pleinement son rôle », affirme le maire des Villes-Soeurs.