Paul Bérenger trouve qu’une semaine de Private Notice Questions (PNQ) qu’il a adressées au Premier ministre et à des ministres aura permis de voir ce qu’il appelle “le vrai visage de Navin Ramgoolam et de ce qu’est devenu le PTr”. Évoquant en premier lieu celle concernant le cas des marchands de rue de Port-Louis, le leader de l’opposition s’insurge contre le “coup de tête antidémocratique” du ministre des Administrations régionales, Hervé Aimée, alors même que, dit-il, la mairie de la capitale était sur le point de trouver une solution au problème.
Alors que, selon le chef de l’opposition, et le Premier ministre et le ministre des Infrastructures publiques, Anil Bachoo, sont demeurés“impuissants” et incapables de réagir à ce “coup de tête” du ministre Aimée, deux autres ministres, à savoir Rashid Beebeejaun et Shakeel Mohamed, ainsi que le Private Parliamentary Secretary (PPS) Abdullah Hossen, se sont, eux, faits les “complices”du ministre des Administrations régionales dans cette affaire. Il juge “dramatique”qu’en fin de compte toutes les parties concernées, soit les marchands de rue eux-mêmes, les commerçants ainsi que les membres du public en général, vont faire les frais de la décision ministérielle.
Paul Bérenger trouve qu’Hervé Aimée n’a même pas pris la mesure des conséquences de sa décision pour le gouvernement qui, dit-il, “ne perd rien pour attendre”. Il souligne de même qu’en pas moins de quatre occasions à l’Assemblée nationale, il a défié le ministre des Administrations régionales de citer ne serait-ce qu’un seul nom d’un “supposé petit copain”à qui le maire de Port-Louis aurait fait une faveur lors de l’exercice d’allocation des places sur les deux sites initialement identifiés pour caser ces marchands.
Dans le cas de la PNQ relative à la relance du football en réactivant les clubs dits traditionnels, le leader de l’opposition réaffirme de nouveau que cette mesure relève d’un “retour en arrière rétrograde, archaïque et dangereux”. Il juge “révoltant” le“comportement”ainsi que le “langage”du ministre des Sports, Devanand Rittoo, en réponse à son interpellation parlementaire. Paul Bérenger réitère que, selon lui, le body languagedu chef du gouvernement a de nouveau confirmé que cette relance du “foot communal”est bel et bien, d’après lui, du “Ramgoolam’s making”.
S’adressant à la population en général et aux jeunes en particulier, le leader du MMM appelle ces derniers à s’y opposer. Il réaffirme encore que la “seule solution” en vue de la relance du football passe par la régionalisation. Paul Bérenger demande à cet effet des amendements, d’une part, au Local Governement Act et, d’autre part, à la Sports Act. Il ne manque pas non plus de rappeler le succès rencontré par le Club M en finale des Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI) de 2003 alors qu’il était Premier ministre ainsi que de tout le parcours “formidable”réalisé en matière de régionalisation des sports entre 2000 et 2005.
Pour ce qui concerne la télévision privée, le leader de l’opposition parle de “totale mauvaise foi”et de“complète confusion”du chef du gouvernement. Il juge “honteux”que, selon lui, Navin Ramgoolam ne soit pas au fait des dispositions de l’Independent Broadcasting Authority (IBA) Act qu’il a lui-même fait voter. Paul Bérenger trouve que sur cette question de télévision privée, Navin Ramgoolam est allé jusqu’à “ridiculiser”et “faire la leçon” à son ministre des Finances, Xavier Duval.
Pour lui, en effet, il est “évident”que c’est le Prime Minister’s Office (PMO) qui a suggéré au ministre des Finances ce qu’il faut proposer dans le budget sous ce rapport. “Tant que le PTr sera au pouvoir, il n’y aura pas de télévision privée, encore moins de télévision privée diffusant de l’information”, affirme le leader du MMM.
“CPE as a selection process”
Cela a été le cas, dit-il, pour les radios privées. Il souligne que c’est à la fin de son précédent mandat en 2000 que Navin Ramgoolam a choisi de faire voter la loi pour la libéralisation des ondes et que c’est quand le MMM était au pouvoir que les radios privées ont pu effectivement commencé à émettre en 2002. Il trouve de même que toute cette affaire autour de la télévision privée vient démontrer, après celle autour de la réforme électorale, que Navin Ramgoolam est “un faux démocrate”.
Au sujet du Certificate of Primary Education (CPE), le leader de l’opposition trouve que sa PNQ d’hier matin est venue révéler la “mauvaise foi”du ministre de l’Éducation, Vasant Bunwaree, “plus encore que celle du Premier ministre”. Il souligne que la réforme éducative mise en chantier entre 2000 et 2005 par le ministre MMM de l’Éducation d’alors, Steve Obeegadoo, tendait vers la réforme du CPE. Réforme qui, dit-il, devait toutefois être “sabotée”par le PTr et son ministre Dharam Gokhool dès leur prise du pouvoir en 2005.
Pour Paul Bérenger, la question qui importe aujourd’hui tourne autour du CPE “as a selection process”. Il souligne que, dans son discours budgétaire, Xavier Duval est venu préconiser, “avec raison”, l’élimination de cette“selection process”qui constitue “un crime contre les enfants”. Il constate l’existence d’un“contraste” entre ce qu’a avancé le ministre des Finances et le point de vue des travaillistes sur toute la question à la lumière des réponses fournies hier par le ministre Bunwaree.
Commentant par ailleurs la réponse fournie par le chef du gouvernement à l’effet qu’il ne se rendra pas finalement à Colombo au Sri Lanka pour le présent Sommet du Commonwealth, le leader de l’opposition estime “évident”que c’est suite aux pressions exercées en ce sens, d’une part, par le MMM, de l’autre, par les organisations tamoules, que Navin Ramgoolam a pris une telle décision. “Il est clair aussi que, si jamais le Premier ministre indien, Manmohan Singh, n’avait pas décidé de boycotter ce Sommet, Ramgoolam s’y serait rendu”, affirme Paul Bérenger.
“Demeurer ou non au sein du Commonwealth”
Le leader de l’opposition en veut pour preuve que jusqu’à samedi de la semaine dernière, quand s’est tenue à Maurice une conférence internationale de solidarité avec la minorité tamoule du Sri Lanka victimes d’exactions de la part des autorités de Colombo, le Premier ministre mauricien était encore sur le chemin du départ pour assister au Sommet du Commonwealth. “Il n’était pas présent à cette conférence organisée par la diaspora tamoule ni le ministre Tassarajen Pillay, qui devait pourtant délivrer un message en son nom”, explique Paul Bérenger.
Pour ce dernier, ce ne serait que quand le Premier ministre indien a décidé, ce même samedi, de boycotter le Sommet du Sri Lanka que Navin Ramgoolam a, lui aussi, choisi de ne pas y assister. “Tout ce qu’il a affirmé à l’Assemblée nationale au sujet de ses grands principes n’est que du bluff”, commente le leader de l’opposition. Ce dernier assure en revanche que le MMM a, lui, était constant dans l’expression de sa solidarité envers la minorité tamoule du Sri Lanka. Pour lui, le fait demeure que, dorénavant, avec le retrait de la candidature de Maurice comme pays hote pour le Sommet de 2015, le Sri Lanka va présider pour deux longues années le Commonwealth “par la faute de Navin Ramgoolam”.
Mais le leader de l’opposition est d’avis que la question qui mérite maintenant d’être posée est de savoir si Maurice doit demeurer au sein du Commonwealth. Il fait état, à ce propos, d’un article de The Economisten date d’hier, samedi, laissant entendre que “unreformed, the Commonwealth deserves to die ; improved, it could be rather useful”. Ce qui, pour Paul Bérenger, se révèle “éloquent”. Le leader de l’opposition s’interroge à propos des core valuesque cette organisation dit promouvoir et qui s’articulent autour de la promotion supposée de la démocratie, des droits humains, de l’État de droit ainsi que du respect des droits des petits États.
Outre le Sri Lanka, le Commonwealth, argue-t-il, comprend des pays de la trempe du Swaziland et de Bruneï, “des monarchies absolues”. “Du respect de quelles core values du Commonwealth, la Grande-Bretagne peut-elle se targuer quand on considère le scandale des Chagos et du drame des Chagossiens”, se demande encore Paul Bérenger. Ce dernier dit sa “fierté”que, du temps où il était Premier ministre, il a un moment considéré la possibilité que Maurice quitte le Commonwealth en vue d’envisager des poursuites contre la Grande-Bretagne devant la Cour internationale de justice sur la question des Chagos. Possibilité qui, rappelle-t-il, avait été déjouée par une ruse des Britanniques.
Le leader de l’opposition reconnaît quand même des qualités au Commonwealth, notamment son expertise éprouvée en matière d’observation d’élections à travers le monde. Paul Bérenger assure ne lancer que la réflexion sur la nécessité de demeurer au sein de cette organisation. Il laisse en substance comprendre que rien ne presse. “Voyons voir ce qu’adviendra d’abord du dossier du Sri Lanka, des Chagos et du respect des droits des petits États”, conclut-t-il.
À l’heure des questions, le chef de l’opposition devait indiquer que, comme l’an dernier, il n’interviendra pas personnellement lors des débats budgétaires, ne se contentant que de ses PNQ. Quant aux relations au sein du gouvernement entre le PTr et le PMSD, il juge que, plus que “de l’eau dans le gaz”, la situation s’apparente davantage à “de l’essence dans le gaz”.