De 20 885 en 2012 à 89 585 en 2015, le marché chinois connaît des fluctuations déroutantes avec 79 374 arrivées en 2016. Alors que les autorités misent sur ce marché pour l’optimisation du couloir aérien Chine/Afrique, la baisse de 11,4% des arrivées en 2016 par rapport à 2015 suscite l’inquiétude. Ceci dit, une légère hausse de 1,2% est notée lors des deux premiers mois de 2017, soit 16 677 contre 16 479 en janvier/février 2016. D’où les efforts déployés par la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) pour revigorer ce marché, frappé également depuis fin mars du retrait des vols low cost d’Air AsiaX qui, après six mois d’opération, a stoppé sa desserte sur Maurice.
Dans une stratégie de mieux cerner le tourisme-type chinois avec ses exigences et ses besoins, et l’adaptation du produit mauricien, la MTPA, en collaboration avec la compagnie aérienne nationale Air Mauritius, a organisé, la semaine dernière, une semaine de découverte pour 80 tours-opérateurs chinois amenés à la découverte de Maurice. L’opportunité pour ces derniers de faire l’expérience mauricienne et d’indiquer aux autorités les améliorations à faire pour attirer davantage de touristes chinois sur notre sol. Lors d’une soirée organisée à l’Aventure du Sucre, le 23 mars dernier, à l’initiative de la MTPA, les tours-opérateurs chinois ont discuté avec les acteurs du secteur local. L’occasion pour les locaux de comprendre en quoi le produit mauricien doit être amélioré ou boosté pour optimiser les arrivées en provenance de Chine.
Marché spécial
Si l’on tient compte des dernières statistiques, le marché chinois en février est en recul par rapport à l’année dernière. Le nombre de visiteurs chinois ayant foulé le sol mauricien en février 2017 est de 6 749 contre 9 959 en février 2016. Si, dans l’ensemble, depuis le début de l’année, les statistiques montrent une légère hausse de 1,2% pour les deux premiers mois de l’année, le nombre d’arrivées passant à 16 677 contre 16 479 pour la même période l’année dernière, la MTPA ne compte pas pour 2017 voir baisser le nombre total d’arrivées, comme ce fut le cas en 2016. D’où les campagnes promotionnelles effectuées et la récente visite du ministre du Tourisme à Beijing dans le but de revigorer ce marché qui semble battre de l’aile depuis quelques années, avec des fluctuations préoccupantes.
Pour Kevin Ramkaloan, directeur de la MTPA, “le marché chinois est un marché spécial. Nous respectons cela et nous nous adaptons à leur demande.” Le but du ministère et de la MTPA est, avant tout, de faire croître le marché chinois qui est un des plus importants au monde, dit-il. “Nous avons accueilli entre 80 000 et 90 000 touristes chinois ces deux dernières années. L’année dernière, on espérait avoir une forte hausse du marché chinois mais on a noté une légère baisse liée à plusieurs facteurs, notamment le retrait d’une des lignes aériennes desservant Maurice”,  souligne Kevin Ramkaloan. Constat également de la MTPA qui, avec le ministère du Tourisme, a récemment effectué une visite à Beijing: la destination mauricienne reste assez peu connue en Chine. “On est allé en Chine, il y a deux mois de cela, pour réactiver le marché et pour créer un intérêt pour l’île Maurice. On s’est vite rendu compte que la meilleure façon de faire découvrir le pays est de faire voir le pays à ces gens-là”, explique Kevin Ramkaloan. D’où l’invitation, dit-il, lancée à quelque 80 tours-opérateurs et grosses agences de voyage pour une visite à Maurice afin de cerner le produit mauricien de visu pour pouvoir mieux le vendre auprès de leurs compatriotes.
“Faire mieux que l’année dernière”, espère Anil Gayan
Le ministre du Tourisme abonde dans le même sens. Brièvement présent à l’Aventure du Sucre, Anil Gayan a expliqué que le but de cette rencontre avec les 80 tours-opérateurs chinois est de leur faire connaître le produit mauricien afin qu’ils soient plus aptes à le vendre en sachant ce que le pays a à offrir. “Maurice a un fort potentiel touristique. Nous misons sur le monde. Et la Chine, qui devient de plus en plus riche, représente un très gros marché sur le plan mondial. Cette rencontre avec les touristes chinois portera ses fruits pour relancer ce secteur”, dit-il. L’objectif du nouveau ministre est de “faire mieux que l’année dernière, qui a connu une hausse de 10%.”
Le directeur de la MTPA est, lui, d’avis que le pays représente tout ce que le Chinois recherche, même s’il y a des améliorations à faire, notamment au niveau de la langue et de la nourriture. “Le touriste chinois est hyperactif et passe beaucoup moins de temps à l’hôtel. Il a besoin de bouger, de faire plusieurs activités liées à la culture du pays hôte, par exemple”, note-t-il. De même, le Chinois est hyper connecté et a besoin de toujours se documenter sur les réseaux sociaux. “Nous avons, à cet effet, travaillé de concert avec le Mauritius Telecom pour élaborer une carte Sim spéciale qui permet aux visiteurs chinois de se connecter instantanément à Internet”, confie Kevin Ramkaloan. Outre un roadshow prévu ce mois-ci, la MTPA compte aussi entreprendre davantage de projets en commun avec les tours-opérateurs chinois. L’organisme veut travailler étroitement avec Air Mauritius pour “s’assurer que le airlift de la Chine à Maurice soit adéquat et à un prix raisonnable.”
La langue: une barrière
Si les acteurs du secteur se disent confiants que cette stratégie d’aller vers les tours-opérateurs permettra d’attirer davantage de touristes chinois, la partie n’est pas encore gagnée. Surtout par rapport à la disponibilité des sièges d’avion désormais revue avec le départ en 2016 de China Southern Airlines après un an et demi de desserte et, plus récemment, le retrait d’Air AsiaX et de ses vols low cost, sur la desserte Maurice. Ce qui représente quelque 50 000 touristes asiatiques de moins que ceux estimés par les autorités en 2016. De même, il existe des domaines où les compétences manquent, notamment au niveau des guides touristiques. “La barrière de la langue est conséquente. Il n’y a pas assez de guides qui parlent le mandarin et la communication devient difficile”, indiquent les tours-opérateurs locaux qui notent, de même, qu’en termes de produits de luxe, Maurice manque à l’appel des articles recherchés par les touristes chinois, friands de grandes marques.
Si les tours-opérateurs locaux accueillent favorablement l’initiative de la MTPA de consolider les relations avec les tours-opérateurs, cependant, Charles Ng, d’Atom Travel/Happy Planet, un des plus gros opérateurs locaux, dit qu’”il est important de relancer le marché touristique chinois à chaque fois.” Cela, dans le but de fidéliser ce marché très porteur.
Les opérateurs mauriciens, de même, devraient se rassurer avec le positionnement d’Air Mauritius sur le marché chinois, vu l’augmentation du nombre de dessertes sur Guanzhou depuis juillet 2016.