Beaucoup d’entreprises étrangères installées à Maurice peinent à trouver les compétences nécessaires. Thierry Goder, directeur d’Alentaris, spécialisé dans le recrutement et consultant en ressources humaines, est d’avis qu’il faut une étude sur la potentialité de Maurice afin de canaliser les jeunes vers les secteurs prometteurs.
Le marché de l’emploi n’a pas connu de grands changements ces dernières années, selon Thierry Goder. « Le secteur des TIC est toujours en croissance et cela ne se limite pas à l’informatique. »
Outre le Business Process Outsourcing (BPO) et la conception des logiciels, ce secteur ouvre la voie à de nombreuses possibilités. « Les domaines comme le back office, la comptabilité, la gestion bancaire, entre autres, prennent de l’ampleur. Beaucoup d’entreprises européennes ont délocalisé leurs services à Maurice. »
La conciergerie de luxe, cite en exemple Thierry Goder, est un des nouveaux métiers associés à ce secteur. « Quelqu’un peut, par exemple, se trouver en Italie et il cherche une paire de chaussures pour une soirée. On peut le faire à partir d’ici. Les chaussures sont livrées à son hôtel, en Italie. »
Deux conditions sont cependant importantes pour faire ce genre de travail : parler couramment l’anglais et le français. « Il n’est pas nécessaire d’avoir un accent exagéré. Mes clients me demandent simplement un “fine English” ou un “français acceptable”. »
Par ailleurs, le secteur financier est également une filière qui grandit. « On a de plus en plus de nouveaux produits et on a besoin de personnes expertes en ces nouveaux produits. Par exemple, on parle aujourd’hui de Chartered Financial Analyst. Il y a des sociétés qui sont spécialisées dans la gestion des fonds de pension. »
L’autre secteur demandeur est celui de la logistique. Avec l’offshore, avance-t-il, les transactions dans le secteur portuaire se sont professionnalisées. « Il faut aujourd’hui des experts en logistique. On parle aujourd’hui de supply chain ou de sourcing technician. Ce qui est relativement nouveau dans ce domaine. »
Malheureusement, note Thierry Goder, il y a un manque de compétences dans ces secteurs émergents. « Il y a un manque de proactivité. On passe notre temps à courir derrière des choses seulement lorsque la demande est là. On se contente de vendre Maurice sans se demander si on a les compétences humaines sur place. C’est ce qui s’est passé avec l’informatique. Des entreprises étrangères sont venues s’implanter ici, mais n’arrivent pas à trouver les compétences nécessaires et sont obligées de recruter des étrangers. »
Pour le directeur d’Alentaris, cette situation risque d’avoir un effet boomerang sur le pays. Car avec les pays africains qui se positionnent de plus en plus, les entreprises risquent de délocaliser vers ces pays. Thierry Goder estime qu’il est important d’avoir une étude sur la potentialité de Maurice, en prenant en considération la mutation et la crise en Europe, par exemple. Et à partir de là, il serait possible de canaliser les jeunes vers les études appropriées.
Bien souvent, regrette-t-il, les jeunes n’ont pas une orientation professionnelle appropriée. « Il y a malheureusement un gros mismatch entre l’offre et la demande. Nous avons le devoir de canaliser ces jeunes vers des métiers porteurs. »
Notre interlocuteur ajoute qu’il existe aujourd’hui de nombreuses possibilités d’entreprendre des études dans les secteurs en croissance. Il souligne que de nombreux étudiants viennent d’Inde ou d’Afrique pour entreprendre leurs études supérieures à Maurice.
Cependant, le diplôme uniquement ne permet plus aujourd’hui de décrocher un job et de progresser dans sa carrière. « Les entreprises recherchent également des qualités humaines. Elles veulent savoir quelle est la motivation du jeune, est-ce qu’il est passionné, est-ce qu’il est disposé à apprendre… »
Une fois de plus, il est noté que la nouvelle génération s’adapte difficilement à ces exigences. « Beaucoup de jeunes veulent tout avoir tout de suite. Ils veulent une voiture dès qu’ils commencent à travailler, ils changent de portable régulièrement… Or, une des qualités les plus recherchées, justement, c’est la patience. Il faut avoir l’humilité de se dire qu’on est disposé à apprendre et que chaque chose arrive en son temps. »
Thierry Goder invite les jeunes à bien se renseigner sur les débouchés réels du marché avant d’entreprendre des études. Il souligne également que certains domaines comme les études littéraires ou d’agriculture sont en baisse. Beaucoup de jeunes diplômes dans ces filières n’arrivent pas à trouver du travail de nos jours.