Hier matin, aux alentours de 10h, un peu plus d’une cinquantaine de personnes s’étaient rassemblées au Square Guy Rozemont, en face des Casernes centrales, munies de pancartes et de photos, manifestaient contre le jugement rendu contre les responsables de la mort des constables Bulatoo et Sheoraj, tués alors qu’ils étaient de service, sentence jugée trop clémente.
Pour rappel, Mohammad Tawfiq Nuckchady, qui avait mortellement heurté le motard Chandranuth Bulatoo le 18 décembre 2010, a écopé d’une amende de Rs 50 000 et d’une suspension de permis de conduire pour une durée d’un an. Le 20 janvier dernier, dans le cadre de l’homicide involontaire du constable Rajkumar Sheoraj, heurté par Jérémy Lennon — un automobiliste dont le test d’alcoolémie s’était révélé positif —, l’accusé s’en est également sorti avec une amende de Rs 50 000 et s’est vu retirer son permis de conduire pour trois ans. Ce qui a provoqué la colère et la consternation des proches des victimes, qui ont décidé d’organiser une marche pacifique.
S’adressant à Week-End, Manita Seechurn, a expliqué que « cette marche est plutôt un hommage que je rends à mon frère. J’ai envoyé une lettre au DPP car notre famille a été très affectée par ce qui est arrivé. Il ne faut pas que d’autres familles subissent le même sort car on est actuellement en train de tolérer ces deux crimes. Nous sommes découragés par ce qui est arrivé et nous ne nous attendions pas à des sanctions aussi minimes. De plus, l’accusé était sous l’influence de l’alcool et ne s’est pas arrêté. Je lance un appel à sir Anerood Jugnauth également, qui avait fait le déplacement pour venir assister aux funérailles de mon frère, afin qu’il revoie cette affaire ».
Sa belle-soeur, Malini, qui s’est également déplacée afin de lui apporter son soutien dans ce projet, a ajouté qu’ « en tant que parent, suite à cette perte et aux sanctions qui ont suivi, comment voulez-vous que quiconque encourage ses enfants à rejoindre la force policière sachant qu’ils n’ont pas protégés comme il se doit ? Ce n’est pas facile de voir un enfant perdre son père et que la seule compensation qu’elle puisse avoir soit que l’accusé s’en tire avec une amende de Rs 50 000 ! »
Rajshree Bulatoo, la veuve du motard décédé en 2010, est toujours aussi remontée que lorsque la sentence de Mohammad Tawfiq Nuckchady avait été prononcée. Elle explique qu’il est difficile pour elle, en tant que femme au foyer, de joindre les deux bouts et d’élever seule ses trois enfants avec les Rs 400 000 de compensation qu’elle a reçue suite à la mort de son mari.
« Mo anvi sa case-la réouvert. Zot dire ki dimounn-la ankor zenn, ki li éna so lavi devan li, mais mwa ki finn ariv mwa kan mo mari finn mor ? Li pas ti éna tou so lavi devan li, li ousi ?! » L’expérience la plus traumatisante qu’elle doit vivre tous les jours, ajoute-t-elle, est le fait qu’elle doive quotidiennement réconforter sa petite fille.
Avant que ne soit ouverte cette marche, le travailleur social George Ah-Yan s’est adressé aux manifestants en leur expliquant qu’il faudrait qu' »une assurance soit accordée aux familles des policiers lorsque ces derniers perdent la vie pendant l’exercice de leurs fonctions. Il faut qu’il y ait plus de considération à l’égard des policiers. Je crois fermement en ce combat et je salue le sergent Boojhawon et le Dr Mahadeo pour leur participation à cette démarche ». Il a été rejoint par le sergent, qui a ajouté que « c’est un long combat pour les policiers. Cette manifestation est un appel que nous lançons au DPP afin que ces deux affaires soit rouvertes ».
La marche a débuté en face des Casernes centrales, procédant jusqu’à Air Mauritius, pour ensuite se terminer au Jardin de la Compagnie.