La marche des artistes organisée à Port-Louis hier, a été l’occasion d’élaborer une liste de revendications pour une meilleure considération de l’art dans la société mauricienne. Le collectif réclame ainsi la mise sur pied d’un National Arts Council indépendant du ministère de tutelle, l’application de nouveaux tarifs pour la diffusion de la musique locale et une meilleure collaboration des fournisseurs de service internet « pour la diversité culturelle ». De même, le public est invité à prendre conscience du mal causé aux artistes en achetant des CD piratés.
Devant la foule qui s’est déplacée pour soutenir leur cause, Jean Jacques Arjoon, un des porte-parole du Collectif des artistes, ne peut cacher sa satisfaction. « Je ne m’attendais pas à voir autant de personnes un jour de semaine et pendant les heures de travail. Mais cette affluence démontre que les Mauriciens ont été sensibles à notre appel. Ils sont venus, non pas pour un concert, mais pour marcher avec les artistes. Cependant, nous ne devons pas nous laisser noyer par l’effervescence. Restons vigilants. La lutte continue. »
Jean Jacques Arjoon, qui a émis une liste de revendications de la communauté des artistes, souhaite que, déjà, les dispositions de la loi actuelle soient mises en oeuvre. Il insiste sur la nécessité d’appliquer de nouveaux tarifs « gazetted » pour avoir force de loi. « Il y a déjà une ébauche qui a été travaillée. Nous demandons à la Rights Management Society de l’évaluer et nous demandons que le ministère des Arts et de la Culture puisse aller de l’avant pour son application. Ces tarifs permettront aux artistes de toucher leurs droits quand leurs chansons sont diffusées à usage commercial dans différents endroits. »
Le collectif souhaite également une meilleure collaboration des fournisseurs du service internet, en particulier Mauritius Telecom. Ils souhaitent un traitement égalitaire avec les artistes étrangers concernant les chansons proposées sur ses différentes plateformes. « Nous invitons Mauritius Telecom à soutenir la diversité culturelle telle que préconisée par l’UNESCO. »
Par ailleurs, le collectif réclame la mise sur pied d’un National Arts Council indépendant du ministère des Arts et de la Culture, pour gérer la mise en place d’une politique culturelle. « Parallèlement, nous continuons à discuter avec les autorités pour faire avancer les différents dossiers, dont les amendements à la Copyright Act. Pour nous, ceci doit être un dossier prioritaire à la prochaine rentrée parlementaire. »
Le producteur Siva Pareemamun invite, lui, le public à prendre conscience du mal que représente le piratage pour les artistes et la création locale. « Pour qu’il y ait le progrès, il faut le respect. Je demande au public mauricien d’avoir le respect pour lui-même et sa propre intelligence, en rejetant le piratage. »
Bruno Raya qui a dirigé la marche, micro à la main, a tenu à faire ressortir que ce jour est synonyme d’un nouveau départ pour la culture mauricienne. « En marchant contre le piratage aujourd’hui, nous ouvrons aussi la voie pour un réveil de l’industrie de l’art à Maurice. Nous demandons aux ministres et députés de travailler pour trouver des solutions aux problèmes qui affectent cette industrie. »
Et pour démontrer que ce combat transcende toutes les cultures présentes à Maurice, des artistes d’expressions diverses et de différentes langues ont participé à la marche. Les chanteuses de gamat ne sont ainsi pas passées inaperçues au premier plan. De même, Linzy Bacbotte-Raya et Nancy Dérougère qui ont clôturé la journée avec quelques notes de séga typique n’ont pas hésité à reprendre des chansons en bhojpuri.