En proposant une séance des Mardis de la philosophie sur un ouvrage de Michel Foucault, Geneviève Ginvert, Emmanuelle Soubou et Joseph Cardella parleront d’un des philosophes français les plus cités et repris à travers le monde. Surveiller et punir — naissance de la prison, qui a été publié en 1975, traite de l’évolution des modes de punition et de la naissance de la discipline comme technique de normalisation des individus. Cette conférence qui promet d’être passionnante pour sa réflexion sur le libre arbitre face aux pouvoirs se tient mardi 10 février, à 18 heures, à la médiathèque de l’Institut français de Maurice.
Comme il a décrit dans son Histoire de la folie à l’âge classique la naissance de la psychiatrie et la création des asiles psychiatriques à travers ce qu’il a appelé le grand enfermement, Michel Foucault s’est penché dans Surveiller et punir sur la prison en s’intéressant particulièrement aux questions de contrôle et de discipline. Il y explique notamment que là où les dynamiques de punition ont été, depuis le XVIe siècle, un moyen d’être visible pour le pouvoir, elles tendent ensuite peu à peu à s’inverser, le pouvoir ne souhaitant plus s’exposer de cette manière… Les professeurs de philosophie aideront leurs auditeurs à comprendre les postulats de cet ouvrage dont le but est, selon l’auteur, de « servir d’arrière-plan historique à diverses études sur le pouvoir de normalisation et la formation du savoir dans la société moderne ».
Agrégé de philosophie en 1951, Michel Foucault a très tôt étudié la psychologie. Influencé par Louis Althusser, son mentor dans les années 50, il adhère au parti communiste pour quelques années, avant d’occuper différents postes hors de France, en Suède et à Varsovie. Il soutiendra sa thèse de doctorat sur l’histoire de la folie en 1961, recherche qui donnera lieu par la suite à une publication de référence. Mais l’ouvrage qui a représenté son premier succès littéraire est L’archéologie du savoir.
En donnant ainsi des repères biographiques, nous trahissons un peu l’homme qui ne voulait pas que l’oeuvre soit associée à l’auteur, attachant peu d’importance à cette notion, et estimant que l’oeuvre littéraire ou philosophique porte le message des anonymes et dépasse de ce fait largement la condition d’auteur… De même a-t-il signifié qu’il ne voulait pas de publication posthume avant de disparaître en 1984 d’une maladie opportuniste liée au sida.
Devenu professeur de philosophie au Collège de France, il s’affirmera sur la scène publique à travers son engagement politique, prenant en quelque sorte la relève de Jean-Paul Sartre, notamment au sein du mouvement Gauche prolétarienne. Il fondera aussi le Groupe d’information sur les prisons (GIP) qui introduit clandestinement des questionnaires en milieu carcéral afin d’en dénoncer les conditions de détention. Michel Foucault s’intéresse en effet à toutes les formes de marginalité qui génèrent des discriminations ainsi qu’aux systèmes mis en place par les pouvoirs pour les gérer.
Ayant mis en lumière certaines pratiques et techniques de la société par ses institutions à l’égard des individus, il relève par exemple la grande similitude des modes de traitements accordés ou infligés aux groupes d’individus situés aux frontières du groupe social : les fous, les condamnés, certains groupes d’étrangers, les soldats et les enfants, etc. Il considère qu’ils ont en commun d’être regardés avec méfiance, et exclus par un enfermement en règle dans des structures spécialisées, qu’il a regroupées sous les termes d’« institutions disciplinaires », qui sont construites et organisées selon des schémas comparables (asiles, prisons, casernes, écoles, etc.) et inspirées notamment du modèle monacal antérieur chronologiquement.
Si ce philosophe a circonscrit son terrain de recherche à des problèmes de société concrets tels que la folie ou l’emprisonnement essentiellement dans le cadre géographique de la France et de l’Europe sur des périodes historiques données (âge classique, fin XVIIIe siècle, Antiquité…), les concepts qu’il a établis demeurent d’une grande actualité.