Malgré les efforts déployés pour circonscrire l’incendie qui s’est déclaré à 4h30 du matin, lundi, dans le centre d’enfouissement de Mare-Chicose, le combat est loin d’être gagné pour les soldats du feu. Toutefois, assure le Chief Fire Officer, Louis Pallen, l’intensité du feu a nettement diminué. « Plus de 70% de la surface du feu a été maîtrisé mais il existe toujours des poches qui brûlent en dessous et que nous surveillons de près », soutenait-il à Week-End, hier après-midi. Entretemps la colère gronde du côté des habitants de la région et l’inquiétude gagne ceux résidant sur le plateau central qui témoignent avoir respiré les effluves de cet incendie et se demandent s’ils les gaz respirés ne sont pas toxiques. Malgré l’assurance du ministère de l’environnement sur la qualité de l’air dans la zone d’épanchement des fumées qui peut atteindre la région ouest du côté de Tamarin après avoir traversé Nouvelle France, Curepipe et Vacoas, le doute persiste.
À ce stade, plus de 25 pompiers des différentes casernes du Sud, de Quatre-Bornes et de Port-Louis se relayent 24h/24 quotidiennement pour assurer la poursuite des opérations. 2 à 3 hectares de détritus ont été jusqu’ici exposés. Un « rideau d’eau » est en permanence arrosé en longueur et en largeur pour éviter que le feu ne se propage et atteigne les zones de stockage du méthane produit par ce centre d’enfouissement.
Une enquête a été initiée entre-temps pour déterminer l’origine de cet incendie et les indications tendent à confirmer que le feu s’est déclaré sur une partie des détritus. Avec des produits hautement inflammables se trouvant sur ce site, dont des pneus, l’incendie devait progressivement se propager sur d’autres Waste Mass Cells, mais les cellules fermées n’ont pas été affectées jusqu’ici. La Centrale de valorisation énergétique de Mare Chicose de Sotravic, sise à proximité du site, ne serait pas menacée.
Colère et inquiétude
Si, dans un premier temps, les habitants du village ne se disaient pas incommodés par la fumée épaisse qui se dégage du site, la tendance devait changer dans la nuit de jeudi, la fumée ayant littéralement envahie la localité et les maisons. Sur le plateau central, à hauteur de Curepipie, Vacoas et même selon des témoins Tamarin, une odeur désagréable et légèrement irritante pour le nez  et la gorge ressemblant fort à du plastic brûlé se fait sentir depuis le début de l’incendie en particulier lorsque les vents dominants augmentent d’intensité. Les internautes ont, d’ailleurs, été nombreux à exprimer leurs griefs.
L’océanographe et ingénieur en Environnement, Vassen Kauppaymuthoo a d’ailleurs rapidement diffusé sur sa page Facebook que « l’incendie survenu est un événement extrêmement grave car il volatilise beaucoup de composés extrêmement toxiques dans l’atmosphère. La direction générale des vents du Sud-Est va transporter tous ces élements toxiques vers les zones habitées. Il est imperatif que les autorités réagissent au plus vite en effectuant des analyses d’air à l’aide de l’unité mobile du ministère de l’Environnement et que des échantillons de poussière soient pris. Il faut aussi savoir qu’un incendie de ce type est très difficile à éteindre en utilisant des méthodes traditionnelles. Les pompiers devraient se munir de masques à gaz et les habitants se calfeutrer pour éviter que les fumées toxiques ne rentrent dans leur maison. Il faut agir vite, car à Maurice, il n’y a pas de selection de déchets, ce qui peut entraîner la formation d’un nuage extrêmement toxique. Il y a urgence! »
L’Environnement  se veut rassurant
Sollicité pour connaître les résultats des tests d’air effectués, le porte-parole du ministère de l’Environnement, Jean-Max Baya, a déclaré qu’il n’y avait aucun danger de toxicité. Les analyses de l’air entreprises, durant tous les jours de la semaine, par le personnel du National Environment Laboratory (NEL) à Mare-Chicose, Cluny, Union Park et Rose-Belle ont démontré que la qualité de l’air était « within standards. »  Mais aucun résultat d’analyse n’a été divilgué concernant les zones habitées du plateau central où les odeurs les plus fortes et incomodantes ont été enregistrées.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’y a que très peu de familles qui ont été délocalisées pour Rose-Belle. Or, on donne l’impression que Mare-Chicose est un village désert où il n’y a pas âme qui vive. C’est faux ils sont encore nombreux à attendre d’être délocalisés. Mais cet incendie a permis de remettre dans l’actualité ces habitants qui ne cachent pas leur amertume devant autant d’abandon alors que les nuisances continuent à frapper.
« Nou ti kuma dir dan enn paradi. Nou na pa ti mank narnien », disent les habitants. Parmi, Rohit Behari, ancien président des Forces Vives. À mercredi, la fumée émanant du dépotoir ne les affectait pas. Mais avec le changement de la position du vent, l’air est devenu irrespirable. « Nu pé toufé dan lakaz. Néné, lizié pé brilé », confie-t-il. Leurs tentatives de faire remonter leurs griefs aux autorités ont été jusqu’ici vaines.