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Au moment où l’on s’apprête à célébrer un anniversaire symbolique, les 50 ans de notre Indépendance, et à afficher notre fierté d’être un pays résolument moderne, la femme mauricienne a encore du chemin à faire pour être réellement l’égale de l’homme. Mais, il n’y a pas qu’elle qui doit mener ce combat. Elle aura beau être au sommet de sa carrière, maître à bord d’un navire, occuper la présidence de n’importe quelle institution, mener un chantier… certains hommes de pouvoir, ou pas, n’aiment pas l’idée selon laquelle une femme puisse être leur égal ! Le Mauricien se doit aussi de défendre la notion de l’égalité homme-femme dans toutes les sphères. Week-End a donné la parole à des Mauriciennes qui partagent leur point de vue sur la question de l’égalité homme-femme dans notre société qui ne jure que par le développement…

Teena Cheetanum, enseignante

du primaire : “Cela fait seize ans depuis que je suis enseignante. A mes débuts, la domination masculine était flagrante. A l’époque, l’exercice d’allocation des classes était clairement en faveur des hommes. On leur attribuait des responsabilités, parce que la mentalité voulait que les hommes fussent plus capables que les femmes ! Les choses ont changé pour évoluer positivement. Il y a pas mal de femmes qui sont à la tête des écoles, même si elles ne sont pas plus nombreuses que les hommes à occuper ce poste. Pourtant, la réalité veut que l’enseignement soit un corps de métier où les femmes soient en majorité ! Il ne faut pas non plus se voiler la face. Parfois, même des femmes, préfèrent faire confiance aux hommes et non à leurs pairs ! Certains hommes pensent aussi que l’enseignement, c’est un métier plus approprié pour la femme.

Récemment, dans le cadre de mes activités sociales, je participais à un événement durant lequel je m’occupais des enfants. Un homme qui était présent m’a approchée pour me dire que j’étais faite pour “fer sa kalite travay la”, parce qu’il s’agissait d’enfants ! Je n’étais pas contente. Pourquoi est-ce qu’un homme ne pourrait pas faire sa kalite travay la ? Je ne me suis pas encore mariée, mais avec mon fiancé nous avons la maturité et l’ouverture d’esprit qui font que nous croyons dans le partage des responsabilités. Ce sera ainsi dans notre couple.”


Jootee P. au chômage

“Je suis quasi certaine que si j’étais un homme je n’aurai pas subi les injustices et harcèlements qui ont conduit à mon licenciement. Même si je n’ai jamais cédé à la pression et aux accusations qui ont été formulées contre moi pour me pousser à la démission, je pense qu’à ma place, une autre femme aurait craqué depuis longtemps. Personne, ni moi et ni les syndicalistes qui m’ont soutenu n’ont jamais compris les vraies raisons pour lesquelles mon ancien directeur des ressources humaines m’a traitée injustement. La seule explication est que j’ai été déléguée syndicale et cette fonction l’incommodait. Je travaillais dans un monde d’hommes comme handy worker. Je faisais un travail d’homme. Je me réveillais tous les jours avant l’aube pour être présente sur les sites. Et je rentrais chez moi à la nuit tombée. Mo pa ti pe ezite pou bat beton, travay lor terin football… Mes collègues me disaient : to travay kouma enn zom. Ce qui était un compliment à mes yeux, mais mon chef direct, lui, voyait les choses autrement ! Il m’a sous-estimée en tant que femme. J’ai tenu tête et je n’ai jamais baissé les bras, jusqu’au moment où j’ai été licenciée en décembre dernier. Cette affaire ira en Cour.”


Manju Moosun, employée administratif

“Au travail, dans la société, à la maison… oui, on établi encore le rôle de la femme selon son genre. Il y en a qui sont d’avis que la femme ne peut avoir des res- ponsabilités qui lui conféreront un statut supérieur à l’homme. Nous vivons encore dans une société patriarcale et celle-ci forge des hommes qui ont la conviction que la femme, même si elle atteint un certain niveau, elle se doit de s’occuper du bon déroulement de la vie à la mai- son, s’occuper des enfants, du mari… Je suis aussi pâtissière et je prends des commandes de gâteaux. Ces engagements me prennent beaucoup de temps. Lorsque je suis submergée par les commandes, mon époux me donne un grand coup de main. Toujours est-il qu’il se plaint souvent que le repas n’est pas prêt à temps, que je néglige la maison (rires)… Tout compte fait, j’ai dû faire une pause en pâtisserie. Bon, je dois reconnaître que j’étais aussi un peu fatiguée. Dire que la Mauricienne est souvent la cible de remarques sexistes en société n’est pas faux. Il suffit d’entendre les paroles désobligeantes qu’on dit à une femme, même quand elle est bien mise. Je suis conductrice et si jusqu’ici je n’ai pas encore entendu d’autres automobilistes me lancer des critiques machistes, en re venche je me souviens encore de l’ineptie que l’un d’eux a dit à une de mes proches, alors que j’étais sa passagère. Il lui a dit que sa place était dans une cuisine et non au volant avant de lui balancer : Al kwi roti lakaz!”


SandraMayotte, animatrice à la M B C

“Je suis heureuse de constater qu’aujourd’hui les hommes sont de plus en plus nombreux à mettre la main à la pâte à la maison. Ils sont dans la cuisine à mijoter des petits plats, à changer le bébé, à s’occuper de la lessive, et c’est d’ailleurs ce qui fait leur charme ! Mais ne nous réjouissons pas trop vite, car le machisme est encore présent ! Particulièrement dans le monde du travail où certains postes sont toujours masculinisés. On embauche plus facilement un homme comme mécanicien, électricien, ingénieur… On leur fait plus confiance qu’aux femmes dans ces domaines- là. D’autre part, en parlant de comportement machiste dans la société mauricienne, il y a une phrase qui m’insupporte et que malheureusement j’entends trop souvent quand un automobiliste a un mauvais comportement sur la route, notamment: “Sa sirman enn fam ki lor volan sa !” C’est un préjugé infâme !”