L’ancien campement de chasse le Domaine St Denis, situé dans les hauteurs de Plaine Champagne, sert désormais d’écrin chic au nouveau restaurant La Table du Currybou. Au menu : cuisine locale et gastronomique, un paysage époustouflant, un service convivial et professionnel. Un ambitieux projet qui raconte aussi la belle histoire d’un homme qui s’est forgé pas à pas. Ancien marchand de sucettes au Stade Georges V Mario Sadaseeven, comptable et gérant de restaurant, est désormais le directeur général de La Table du Currybou.

Il y a quelques semaines, alors que les choses se mettaient encore en place entre les murs de pierres taillées de La Table du Currybou une personnalité connue dans le giron s’y était mise à table, sans doute pour sentir l’ambiance de cette nouvelle adresse. Il avait ensuite sollicité une rencontre avec le responsable des lieux avec lequel il souhaitait converser. “Le personnel est venu m’appeler et je suis allé à la rencontre du monsieur”, explique Mario Sadaseeven. Tandis qu’il traversait la grande salle à manger au planché ciré et aux murs ornés d’antiquités et de trophées il constata que celui qui l’avait appelé commençait à avoir des larmes aux yeux. “Je lui ai demandé si quelque chose n’allait pas, et ca réponse m’a touché et surpris.”

En fait, l’homme l’avait reconnu. Et, le souvenir de ce visage l’avait ramené à l’âge d’or du football mauricien. En ces temps où les joutes entre Fire, Sunrise, Cadets, Scouts et les autres gardaient le pays en haleine et remplissez les stades, dont le mythique Georges V à Curepipe. C’était là que se livraient les plus grands duels et pendant un bout de temps Mario Sadaseeven, comme son frère Harry, sillonnaient les gradins avec leurs boîtes pour vendre sucettes glacées et autres petites confiseries. “Alalili sorbe sokola, sorbe tamarino ! Dimande avan fini !”  se remémore Mario Sadaseeven en récitant la célèbre phrase qui a contribué à faire sa notoriété auprès des spectateurs. Nombreux sont-ils à s’en souvenir, et l’homme revient toujours volontiers sur cette tranche de sa vie qui a été une étape de l’exceptionnelle carrière qu’il a eue jusqu’ici.

Entre le passé et le présent.

Le marchand de sorbet de Georges V est aujourd’hui un brillant homme d’affaires qui se présente depuis peu comme le directeur général de la compagnie gérant le restaurant La Table du Currybou. Un beau site niché dans les hauteurs des Plaines Champagne au tout début de la grande descente en zigzag menant vers Chamarel. Son amitié avec Gilbert et Lionel Merven a contribué à ce que cette famille lui cède ce vieux campement de chasse qui semble avoir toujours fait partie de cette route mythique.

Plusieurs trophées et objets d’antiquité servent de décoration au restaurant

On ne connaît pas l’âge exact du bâtiment qui a conservé ses traits de noblesse de l’ancien temps dans un mélange de pierres noires et de bois vernis. Mais, une fois qu’on y est il permet un voyage dans le temps et dans le luxe offrant aussi une vision des aventures qui y ont vécues les chasseurs dont les photos sont accrochées aux murs. Sur la vieille cheminée, du côté du bar en bois et un peu partout, plusieurs objets pratiques et de décoration en cuivre, en porcelaine, en verre, en fer-blanc, etc. ramènent tout un pan du passé dans le présent. Mario Sadaseeven a fait faire des travaux de rénovation tout en respectant le cachet original du campement dans la cour duquel l’on domine la partie ouest et sud du pays dans une vue magnifique. “Comme nous sommes le plus en hauteur, la vue d’ici est unique sur cette partie du l’île”, explique Mario Sadaseeven.

Rêver d’authenticité.

La Table du Currybou lui est un grand défi. Alors que le restaurant cherche ses repères et demande maintenant à être connu, on imagine que la pression pesant sur ses épaules est grande pour cet homme qui tient à être présent aux côtés de ses employés dans leurs différentes fonctions. Ce stress, il aurait pu s’en passer en se contentant de ce qu’il faisant déjà tandis qu’il a travaillé comme comptable et gérant de restaurant pendant 13 ans. Mais Mario Sadaseeven est de la trempe de ces hommes qui remercie la vie des opportunités qu’elle lui donne en avançant constamment vers ses rêves. “J’avais toujours voulu avoir mon propre restaurant et je voulais que ce soit quelque chose de différent. Quand cette occasion s’est présentée, je l’ai saisie et je m’y suis pleinement investi pour que le projet aboutisse.”

Son épouse, Simi, ayant toujours eu une affinité pour la cuisine traditionnelle d’antan Mario Sadaseeven s’est inspiré de ce qui se faisait dans la cuisine familiale pour celle de son restaurant. Considéré comme l’un des meilleurs de la région le Chef Alvaro Aunay a aidé à développer la carte qui réunit cuisines traditionnelle et gastronomique. Le tout s’adressant tant aux touristes qu’aux Mauriciens. “Je veux que nos enfants aient l’occasion de retrouver les goûts de notre passé”, explique-t-il. Autour de lui toute une équipe rodée composée, entre autres de Rajesh Mungroo, du barman Ricardo Adelia, entre autres.

Le Chef Alvaro

Marceline pran so pake li ale.

Vaquant à ses responsabilités dans cet écrin de luxe Mario Sadaseeven rappelle un fait fondamental sur sa personne : “Je ne suis pas venu au monde avec une cuillère en or à la bouche.” Bien loin de là d’ailleurs. “Pena kiksoz fer mo larm koule/Marceline pran so pake li ale”, cette chanson du patrimoine musical avait permis à son père d’être Runner-up du Radio Crochet de 1970. Ce dernier était messenger de profession avec à sa charge ses frères et sœurs de même que son épouse et ses quatre enfants. Une famille “moyenne” se souvient Mario Sadaseeven où les parents se démenaient pour le bien-être des enfants tout en encourageant ces derniers à se débrouiller. “C’est pourquoi je n’ai pas pu entamer mon HSC. Il m’a fallu arrêter le collège pour travailler et aider ma famille”, raconte Mario Sadaseeven. Malgré sa situation, son père avait économisé pour acheter un terrain à Curepipe où sa famille a vécu. “Son exemple nous a démontré que la persévérance finit par payer.”

Plusieurs petits boulots aidèrent le jeune Mario à s’en sortir. Mais l’adolescent n’avait rien perdu de ses ambitions. “Même si j’avais mis fin à mes études je m’étais dit que je deviendrai comptable. J’ai donc financé mes études en faisant ces petits boulots dont celui de Marsan sorbe.” Différents niveaux d’études l’aidèrent à atteindre son objectif après quelques années. Reconnu comme comptable professionnel, il s’intéressa aussi aux affaires et gravit peu à peu les échelons. Son arrivée dans la restauration, il y a plus d’une décennie, lui donna l’occasion de comprendre ce monde. Curieux, pragmatique et proactif, il apprit sur le tas, débloqua et géra des situations. Ce qui lui a permis de comprendre ce monde.

Tout cela est arrivé, dit-il, “Parce que le Bon Dieu a voulu que les choses se passent ainsi pour moi.” La persévérance, en est-il convaincu, est aussi la clé à la réussite. Une philosophie qu’il a léguée à ses deux filles dont l’une entame actuellement des études en Angleterre tandis que la cadette se prépare pour la SC. Engagé dans cette nouvelle aventure Mario Sadaseeven fera de son mieux pour mener son projet à bon port. “Pour cela j’ai un principe que j’ai appris de quelqu’un : toujours chercher à niveler par le haut.”

La Table du Currybou

150 couverts La Table du Currybou a suffisamment d’espace pour que chacun se sente à l’aise tant à l’intérieur ou dans la cour extérieure où des tables ont aussi été aménagées. Véritable prétexte d’immersion dans la nature et dans le temps le restaurant, opérationnel depuis le début du mois, mise sur son cadre, le panorama qu’il offre depuis les hauteurs et le dépaysement qui intervient aussitôt le portait franchi.

Du sanglier, du cerf, on y trouve aussi du ourit sec, du civet de canard aux épices doux, du vinday pwason, entre autres alors que langoustes et autres plats luxueux sont aussi proposés. La Table du Currybou espère toucher une clientèle variée à travers un service de qualité et des prix compétitifs.