Chosification, animalisation et marchandisation des esclaves
Des études sont régulièrement faites sur l’esclavage moderne, sur l’impact qu’il a eu sur la formation des sociétés dans diverses parties du monde dont l’océan Indien. En réduisant entre 10 et 20 millions d’êtres humains à la servitude, ce système socio-économique les a condamnés à une « mort sociale » (1). Aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement de se rappeler tout ce qui, dans ce contexte, a porté atteinte à la dignité humaine, mais aussi, ce qui, précisément dans ce contexte, a suscité la résistance et la résilience.
« Le désir de transformer des hommes en animaux est le ressort le plus puissant de l’extension de l’esclavage » (2). Parce que l’esclavage moderne est directement branché sur la « Traite négrière », l’animalisation des hommes s’y combine étroitement à leur marchandisation. Le système esclavagiste oscille sans cesse entre l’assimilation de l’esclave à l’objet ou à l’animal et la reconnaissance d’une certaine humanité en lui. C’est dans cette ambivalence que les signes de culture – selon la définition des colons – lui seront refusés : port de costume et de chaussures pour les hommes, port de bijoux et de foulard sur la tête pour les femmes. Cette minorisation de l’esclave explique en partie la difficulté de reconnaître les apports socio-économiques et culturels des anciens esclaves au monde d’aujourd’hui.