Mathieu Malherbe est un jeune amoureux des animaux. Ayant récemment reçu le « Best Paper Award » lors de la conférence annuelle de la Pan-African Association of Zoos and Aquariums (PAAZA), tenue en mai, cet éthologue de profession et de vocation, nous fait découvrir le pragmatisme et la douceur de ce métier animalier.
Murmurer aux oreilles des animaux ? Oui, mais pas que. Le métier d’éthologue est un métier qui s’apprend, mais surtout qui s’applique méthodiquement, bien souvent avec l’aide de statistiques et de tests scientifiques. C’est ce que nous explique, avec un sourire contagieux, Mathieu Malherbe. Ce jeune homme de 24 ans, aime les animaux, et ça se voit.
« J’ai toujours aimé les animaux, et c’est pour cela que j’ai voulu au départ faire des études vétérinaires », raconte-t-il. Après une licence en biologie à la ville rose de France, soit Toulouse, il s’envole pour Paris pour compléter son Master en éthologie. « J’ai vite compris que ce que je recherchais ce n’était pas tant d’être vétérinaire et de soigner les animaux, mais plutôt de comprendre et d’étudier leur comportement », soutient Mathieu Malherbe. « D’ailleurs, la branche dans l’éthologie qui m’intéressait le plus, c’était le bien-être animal », ajoute-t-il. Ainsi après cinq longues années d’études, il retourne au bercail. Même s’il pensait ne pas trouver tout de suite un emploi dans ce domaine — encore à l’état embryonnaire à Maurice —, il finit par obtenir un poste au Casela.
Le gecko, espèce en danger
Depuis un an déjà, le jeune éthologue s’attelle avec son équipe à mettre en place des projets de conservation et de protection d’espèces endémiques, dont notamment le très fameux gecko. « Il existe quatre espèces de geckos typiquement endémiques à Maurice, dont trois — Phelsuma Ornata, Lauland Forest Day Gecko et le Blue-tail Gecko — qui sont protégés au Casela. Et malheureusement ces geckos sont tous en danger, notamment à cause « des invasive alien species, tels les mangoustes, les rats et aussi les geckos de Madagascar », explique notre interlocuteur.
Ainsi, le projet présenté et primé en mai dernier, devant une centaine de participants, faisait état de la conservation des geckos. Et ce, selon trois étapes bien distinctes, dont « la reproduction de l’espèce ; le projet de reforestation, en remplaçant tout ce qui est exotique par des plantes endémiques et finalement l’aménagement d’un display pour les geckos, et entamer une campagne de sensibilisation et d’éducation auprès des visiteurs du Casela qui pourront venir observer les animaux dans leur habitat naturel. »
« Les gens ne sont pas suffisamment sensibilisés à la cause animale »
Un dernier point qui lui tient d’ailleurs à coeur, car il est essentiel d’éduquer les enfants surtout, sur la conservation et la préservation d’espèces animales. En choisissant ce métier, Mathieu Malherbe, l’un des premiers dans ce domaine, transmet sa passion à la jeune génération. En effet, l’éthologie, discipline encore méconnue, suscite pas mal d’intérêt du côté des tout-petits, bien qu’indirectement.
Il déplore que sur une île comme la nôtre, avec sa multitude d’espèces, il soit dommage de ne pas former davantage de jeunes dans ce domaine. « Plusieurs entreprises gagneraient à exploiter cette discipline. Par exemple, dans la fabrication de croquettes pour chiens, un éthologue pourrait déterminer ce qui plait ou ne plait pas au chien », explique Mathieu Malherbe. « A Maurice, les gens ne sont pas suffisamment sensibilisés à la cause animale. Ce n’est pas parce qu’un animal ne se plaint pas ou balance la queue qu’il va forcément bien », ajoute-t-il.
Des jeunes sensibles à la cause animale
Toutefois, la nouvelle génération s’intéresse davantage à la protection animale. Une lueur d’espoir dans ce monde de surexploitation animale. « Il y a beaucoup de jeunes végétariens de nos jours. Ils sont conscients de ce qu’ils mangent. J’évite moi-même d’utiliser de la pâte à tartiner à l’huile de palme, après avoir appris que des hectares de forêts étaient rasés pour laisser place à la culture de palmiers. Une déforestation qui, par ricochet, tue les orangs-outans », explique le jeune éthologue.
Son message : « Encourager les autres à avoir une autre vision ». Raison pour laquelle ce fils du sol travaille jour et nuit pour reconstruire notre île et pour aider à la préserver. « Quand on veut travailler avec les animaux à Maurice, on veut faire vétérinaire, mais il existe aussi d’autres disciplines. Il faut juste chercher la bonne voie », conclut-il.
A savoir que la campagne de sensibilisation du Casela a débuté le 1er juillet dernier et qu’un atelier sur les régimes alimentaires — toujours dans l’optique de sensibiliser les jeunes à la cause animale —, s’est tenu mercredi dernier à l’école Xavier de Cascavelle, avec en outre une visite guidée du parc.