Le secteur bancaire et des finances mauricien est en deuil depuis ce matin avec l’annonce du décès d’Yvan Lagesse, ancien General Manager de la Mauritius Commercial Bank.
« C’est un grand du domaine bancaire qui s’en va », a déclaré ce matin de Paris le gouverneur de la Banque de Maurice, Manou Bheenick. À la MCB ce matin, plusieurs anciens collaborateurs et collaboratrices approchés par Le Mauricien avaient la voix coupée d’affliction. « Je ne peux rien vous dire pour le moment », nous a fait comprendre Thérèse Pilot, qui a été sa collaboratrice pendant de longues années. « Il a dominé de la tête et des épaules le monde des finances et est l’architecte de la modernisation et de la régionalisation de la MCB », nous a confié un cadre de la banque qui souhaite toutefois garder l’anonymat. Raj Makoond, directeur du Joint Economic Council, se souvient, pour sa part, des conseils très pertinents que lui avait donné Yvan Lagesse. « Lorsqu’il entreprenait un travail il le faisait avec professionnalisme et discrétion. Il était surtout un homme de coeur qui n’a pas hésité à descendre dans les quartiers les plus démunis dans les moments les plus difficiles qu’a connus le pays pour lancer avec célérité et précision des projets qui ont porté leurs fruits ».
Beaucoup se souviennent de lui comme un humoriste hors du commun. « Il faisait des plaisanteries comme il respirait », laissent entendre ceux qui l’ont connu. Il est d’ailleurs l’auteur de trois ouvrages humoristiques, à savoir Comment vivre à l’île Maurice en 25 leçons, Les Rosiers de Tonton et autres histoires et Pierre, Moïse, les autres et Moi. Présentant son dernier ouvrage à la presse, il a donné l’explication suivante : « En 2000, je me suis dit que Jésus Christ avait 2000 ans et qu’il fallait faire quelque chose. Même si au final il ne paraît pas dans le livre. Mais il n’est pas pressé. ».
On raconte qu’Yvan Lagesse, alors directeur général de la MCB, était appelé à prononcer le discours d’occasion dans pratiquement tous les mariages des employés de la banque. « C’était un délice », nous dit-on.
Yvan Lagesse a dédié 43 ans de sa vie à la MCB. Il y prend de l’emploi le 11 janvier 1956 au département de la Correspondance. Quatorze ans plus tard, il est nommé Managers’ Assistant. En 1973, il devient Manager avant d’assurer les fonctions de General Manager de 1983 à 1996. Il a ensuite assumé la présidence de la Banque Française Commerciale de l’Océan Indien jusqu’en 1999.
Au niveau de la MCB il est considéré comme l’un des General Managers les plus respectés de la banque. En véritable visionnaire, il a su, en ses propres mots, « révolutionner la banque à papa » pour la transformer en leader incontestable sur le marché local mais aussi sur le plan régional.
« Sous la houlette d’Yvan Lagesse, la MCB est passée du statut de Banque à celui de Groupe. Il a été l’élément catalyseur dans la concrétisation d’innovations qui constituent aujourd’hui encore des piliers de notre entreprise », souligne un communiqué.
En véritable visionnaire, il a toujours cru en les entrepreneurs, participant ainsi à l’émergence de plusieurs secteurs (dont le textile et le tourisme) qui sont aujourd’hui de véritables fleurons de l’économie mauricienne. Yvan Lagesse a également été le fondateur du MCB Foundation Scholarship, du Blue Penny Museum et un des principaux architectes du Caudan Waterfront. Au fil de sa carrière, il s’est vu attribuer le titre de « banquier mécène ».
« Dans un petit pays comme Maurice, il n’y a pas de place pour l’indifférence. Vivre en vase clos ou dans une tour d’ivoire est une attitude d’un temps révolu », disait-il.
Ses talents ont également été reconnus au niveau national. En 1987, il est élevé au rang de Commander of the Most Excellent order of St Michael and St George. En 1995, il est fait Grand Officer of the Star and Key of the Indian Ocean.
À sa famille, Le Mauricien présente ses plus sincères condoléances.
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Manou Bheenick (gouverneur de la BoM) : « Un vide difficile à combler »
« C’est un grand du domaine bancaire qui s’en va. On le savait en mauvaise santé depuis quelque temps déjà. On s’attendait au pire. Mais quand cela vient, c’est le choc. J’étais tenu au courant de l’évolution de la santé d’Yvan Lagesse à travers des membres de sa famille. Son fils Olivier et l’épouse de celui-ci sont très proches de ma fille Mona et de Ravi, son époux.
« Yvan Lagesse a définitivement marqué l’histoire bancaire du pays. Il n’avait pas seulement le doigté d’un financier mais était aussi connu pour son coup de plume. Il avait un sens de l’humour sans faille. Yvan Lagesse laisse un vide qui est difficile à combler. J’ai eu l’opportunité de traiter directement avec lui lorsque j’occupais les fonctions de directeur du Plan. Il représentait alors le secteur bancaire dans différentes sessions de travail.
Je présente mes sincères condoléances à la famille d’Yvan Lagesse et à son fils Olivier, l’épouse de ce dernier ainsi qu’aux autres membres. »