Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM qualifie « d’énorme scandale » les conditions dans lesquelles la MauBank, dernière-née des banques à capitaux publics, a été créée. Il parle, à cet effet, de « milliards de roupies des contribuables déjà englouties et qui continueront à l’être ». Pour lui, les circonstances de l’arrivée sur le marché de cette nouvelle banque commerciale d’Etat avec l’entière garantie du gouvernement constituent de la « concurrence déloyale » et entravent le bon fonctionnement de la libre entreprise au sein de notre économie de marché. Un fait qui, déclare le leader de l’opposition, ne manquera pas d’être noté par les institutions financières internationales comme le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale (BM) de même que par les partenaires économiques et bailleurs de fonds traditionnels de Maurice comme l’Union Européenne (UE). Et de prévenir, dès le départ : « En temps et lieu, le ministre des Finances et la Banque de Maurice (BoM) — gouverneur, mais aussi Conseil d’administration — auront à rendre des comptes ».
Paul Bérenger fait l’historique de la mise sur pied de cette banque d’Etat née de la fusion de la National Commercial Bank (NCB) et de la Mauritius Post and Cooperative Bank (MPCB) et accuse le gouvernement d’avoir, selon lui, « cyniquement et volontairement » fermé l’ex-Bramer Bank. Il en veut pour preuve les importants retraits d’argent effectués dès janvier 2015, d’abord, par trois ministres qui disposaient de comptes à cette institution bancaire de l’ex-groupe BAI de même que par divers organismes parapublics juste avant que la BoM ne suspende le permis d’opérer de l’ex-Bramer.
Le chef de l’opposition évoque, explicitement, à cet effet, le retrait de Rs 4 millions (Pravind Jugnauth), Rs 1 million (sir Anerood Jugnauth) et Rs 6 millions (Roshi Bhadain) suivi de retraits, à partir de mars, équivalant à quelque Rs 4 milliards de divers services publics. Paul Bérenger rappelle avoir été personnellement informé au téléphone de la résiliation du permis d’opérer de cette banque par le Grand argentier qui lui avait, alors, annoncé que la State Bank of Mauritius (SBM) allait reprendre les activités de l’ex-Bramer.
« Le FMI, la BM et l’UE veillent au grain »
« Ce n’est que quand, poursuit-il, le Conseil d’administration de la SBM a refusé d’exécuter son ordre de reprise qu’il a été décidé de créer la NCB à cette fin ». Ce qui, explique-t-il encore, allait nécessiter une première injection de fonds publics de l’ordre de Rs 700 millions. Paul Bérenger rappelle, de même, que, parallèlement, Rs 1,5 milliard ont dû être injectées dans la MPCB alors qu’il est, actuellement, question d’un nouveau déboursement de Rs 500 millions des fonds publics pour remettre à flot Mauritius Post, victime collatérale de la fusion NCB / MPCB. Le leader de l’opposition ne manque pas, non plus, de rappeler la promesse budgétaire de Vishnu Lutchmeenaraidoo de la création d’une SME Bank qui devait bénéficier de fonds publics de Rs 10 milliards sur cinq ans. Une promesse « mirobolante » s’étant, finalement, révélée un mort-né.
Il se réfère à diverses déclarations de presse du ministre des Finances à la mi-septembre de l’année dernière pour rappeler que l’Etat avait déjà injecté la bagatelle de Rs 4,4 milliards dans ce qui va, finalement, aboutir à la MauBank. Aussi, pour lui, l’arrivée sur le marché, dans ces circonstances, d’encore une nouvelle banque commerciale d’Etat bénéficiant d’une entière garantie du gouvernement fausse, fondamentalement, les règles de jeu de la libre entreprise au sein de notre économie de marché. Pour Paul Bérenger, c’est, manifestement, le refus de la SBM de reprendre les activités de l’ex-Bramer qui fait que cette autre banque à capitaux publics se retrouve, désormais, en concurrence avec la MauBank. D’autant que, rappelle-t-il, le ministre a jugé nécessaire d’avoir pour ambition de faire de la MauBank « la deuxième banque du pays ».
Paul Bérenger parle, ainsi, de « concurrence déloyale » dans le secteur bancaire qui, dit-il, va certainement attirer l’attention des institutions internationales, tels le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale (BM) de même que les partenaires économiques et bailleurs de fonds traditionnels de Maurice comme l’Union européenne (UE). Il ne manque pas aussi de juger risible le fait que l’étranger, selon lui « malléable », choisi pour diriger la MauBank a cru utile d’affirmer que cette nouvelle banque d’Etat est « la troisième institution bancaire entièrement mauricienne ». Il ne manque pas, par ailleurs, de critiquer ce qu’il considère être les tergiversations du ministre Lutchmeenaraidoo par rapport à ce qu’il adviendra, dorénavant, à la Banque de Développement (DBM).
Il rappelle, sous ce chapitre, que dans son discours budgétaire, Vishnu Lutchmeenaraidoo avait annoncé que la DBM allait, désormais, avoir pour vocation le recouvrement des créances douteuses dont celles, énormes, au niveau de la MPCB. « Quand je lui ai rappelé que la DBM n’est même pas capable de récupérer ses propres ‘bad debts’ et lui ai exprimé mon scepticisme, le ministre a fini par annoncer la création d’un organisme spécialisé pour cet exercice de recouvrement de créances douteuses », indique Paul Bérenger. Il s’étonne qu’à la dernière minute, le ministre soit revenu avec l’idée initiale de confier à la DBM la récupération des dettes impayées contractées auprès des institutions d’Etat. Ce qu’il juge « ridicule et irresponsable ».
NCB: « Sitôt créée, sitôt fermée »
Revenant à MauBank, le leader du MMM ne voit pas en quoi cette nouvelle banque d’Etat pourra, par exemple, mieux aider les Petites et Moyennes  Entreprises (PME) que les institutions bancaires existantes dont les deux principales banques commerciales, à savoir, la Mauritius Commercial Bank (MCB) et la SBM. Pour lui, outre d’être un exemple caractérisé de « concurrence déloyale » dans le secteur bancaire, les conditions dans lesquelles la MauBank a été créée sont tout sauf un exemple de bonne gouvernance. Aussi, pour lui, en temps et lieu, le ministre des Finances, mais aussi le gouverneur de la BoM, de même que le Conseil d’administration de la Banque centrale, auront « des comptes à rendre ».
« Le procès-verbal du ‘board’ finira bien par révéler, un jour, qui a décidé de quoi lors de cette réunion convoquée en pleine nuit pour décider de la révocation du permis d’opérer de l’ex-Bramer Bank », laisse entendre Paul Bérenger. Citant l’exemple de la NCB, banque d’Etat « sitôt créée et sitôt fermée », outre ceux de la MPCB, de l’ex-Bramer et de la MauBank, il ne manque pas, non plus, de critiquer ce qu’il estime être la « légèreté » avec laquelle la Banque centrale accorde et révoque à des banques commerciales leur permis d’opérer. Ce qui, insiste-t-il, ne manquera pas d’attirer l’attention d’institutions comme le FMI, la BM et l’UE.
Paul Bérenger évite, par ailleurs, à commenter l’appel interjeté en Cour suprême par le leader du MMM, Pravind Jugnauth contre sa condamnation à un an d’emprisonnement en première instance pour conflit d’intérêts dans l’affaire MedPoint. « Tout ce que je peux dire, c’est que la Justice doit suivre son cours et, comme je l’ai déjà dit, je ne souhaite le malheur de personne », a-t-il déclaré, hier matin, à la conférence de presse hebdomadaire du MMM. Il qualifie, d’autre part, de « fuite en avant dans le bluff » le projet pharaonique présenté, vendredi, notamment, par le ministre des Finances de faire aussi de Port-Louis, une « smart city » au coût astronomique de Rs 52 milliards devant être financé par le secteur privé.
Là encore, le leader de l’opposition se montre très sceptique en rappelant notamment, une fois encore, que l’investissement privé continue d’être « en chute libre ». Pour lui, le summum en matière de tels « bluffs » serait le projet d’Heritage City sur lequel il promet de revenir en détail prochainement. Sur un plan plus politique, Paul Bérenger indique que, pour le MMM, une éventuelle entente avec le Mouvement Patriotique (MP) d’Alan Ganoo ne sera envisageable que « quand cette dissidence du MMM se décidera de jouer un rôle d’opposition digne de ce nom ». Il estime, toutefois, que, jusqu’ici, tel ne semble pas être le cas. Le leader des mauves cite, à cet égard, les prises de position de Joe Lesjongard qui, selon lui, quémanderait pour le MP une place au sein du gouvernement en remplacement du PMSD.