La tension règne depuis quelques jours au Mauras College of Dentistry où les chargés de cours ont décidé de ne pas se rendre en classe. Cette démarche découle du fait qu’ils n’auraient pas reçu de salaire depuis plusieurs mois. Du coup, les étudiants, dont certains ont leurs épreuves finales l’année prochaine, n’ont plus de cours. Hier matin, les parents se sont rendus au siège de l’institution pour essayer de rencontrer le directeur, Sunil Bheeroo, et avoir des clarifications. Ce dernier n’était pas présent. Dans une déclaration au Mauricien, il affirme toutefois qu’il est lui aussi « victime de la situation » et renvoie la balle au propriétaire de l’institution qui se trouve en Inde.
Les nerfs étaient à vif ce matin au Mauras College of Dentistry à Arsenal, où l’avocat Mohamed Zaïd Nasurally a eu toutes les peines du monde pour faire comprendre aux Lecturers et aux parents qu’il faudrait chercher une solution à l’amiable au lieu d’aller porter plainte à la police. Ce dernier tentait de leur expliquer que dans un tel cas de figure, le directeur de l’institution serait arrêté, mais les étudiants n’auraient toujours pas de cours.
À l’issue de la réunion, les visages étaient fermés, chacun se demandant quelle serait la marche la plus appropriée à suivre. Plus tôt, des officiers de la TEC et du ministère du Travail se sont rendus sur les lieux pour prendre les plaintes des étudiants et des chargés de cours. Ces derniers sont tous des Indiens. Aucune solution n’a été trouvée pour le moment. « Les officiers nous ont expliqué qu’il y a des procédures à suivre et que la TEC communiquera sa décision après cela », déclare Me Nasurally.
Selon un chargé de cours, cela fait un certain temps que les conditions de travail sont difficiles à l’institution. « Il y a un manque de staff, les livres datent de plus de dix ans, comment peut-on travailler dans de telles conditions ? » La situation s’est détériorée davantage lorsque les salaires n’ont pas été versés ces derniers mois. « Il nous reste peu d’argent pour subsister. Nous avons le petit déjeuner et le déjeuner ici, mais comment allons-nous faire pour le dîner ? Devons-nous aller mendier ? »
C’est en raison de cette situation que les chargés de cours ont refusé la proposition de Me Nasurally de reprendre les cours en attendant que la TEC trouve une solution à la situation. « Moralement, nous ne sommes pas en état de faire les classes. Et les étudiants, seront-ils dans les meilleures dispositions pour apprendre sans savoir ce que l’avenir leur réserve ? »
Difficultés financières
Un étudiant témoigne que son père a dépensé tout son lump sum pour payer ses études. « J’ai payé Rs 252 000 par an pendant deux ans et maintenant, je ne sais même pas si je pourrai terminer mes études et si mon diplôme sera reconnu. »
Un autre étudiant demande aux autorités de les rassurer sur la question. « Nous sommes dans la tourmente et on n’entend personne. Quelqu’un aurait pu au moins nous dire quelle est la marche à suivre. Nous ne savons pas vers qui nous tourner. La TEC a promis de faire un rapport mais nous ne savons pas combien de temps cela va prendre. »
Sollicité par Le Mauricien, Sunil Bheeroo, directeur de l’institution, se dit, lui, « victime d’un coup monté orchestré à distance. » Il pointe du doigt le propriétaire du collège qui se trouve en Inde. « Depuis 2009, Mauras n’a plus le droit de recruter des élèves suite à une décision de la TEC. Le propriétaire a voulu se retirer et j’ai proposé de reprendre l’école étant donné que j’étais déjà son conseiller légal. Aujourd’hui, lorsque j’ai investi des sommes importantes dans l’institution, il veut la reprendre. Je n’ai aucune objection, mais il doit me rendre ce que j’ai investi », déclare-t-il.
Sunil Bheeroo reconnaît que les chargés de cours concernés n’ont pas été payés, mais une fois de plus, il renvoie la balle au propriétaire. « C’est la compagnie qui les emploie, moi aussi je n’ai pas été payé. » Ce dernier ajoute que l’école s’est retrouvée en difficultés financières parce qu’elle n’a pu recruter des élèves ces cinq dernières années. « Autrement, on aurait eu une rentrée d’argent. » Il ajoute également que la TEC a procédé à une inspection des infrastructures lundi dernier et que suite à cela, « nous aurions peut-être eu la permission de recruter à nouveau. Malheureusement, au même moment, il y a eu tous ces bouleversements. »
Sunil Bheeroo confirme également avoir révoqué le Dean de l’école car, avance-t-il, « il s’est mal comporté à mon égard. » Ce dernier, qui devait quitter le pays demain, a laissé toutefois comprendre qu’il ne partira pas sans son salaire.
Quant aux critiques des parents selon lesquelles il refuse de les rencontrer, Sunil Bheeroo ajoute : « J’ai déjà parlé à quelques parents. Ceux que je ne veux pas rencontrer se sont montrés agressifs à mon égard. »
Les étudiants, leurs parents et les Lecturers ne comptent pas baisser les bras. Ils se donnent jusqu’à lundi pour se décider sur la marche à suivre.