En fin de semaine dernière, la 4e édition de la Trade Policy Review sous l’égide de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), dont le siège est basé à Genève, avec la précédente remontant à 2008, aura permis d’établir et de valider un état des lieux de l’économie. La pertinence de ce grand oral international est qu’il intervient quasiment à la veille des prochaines élections générales et situe les enjeux majeurs qui attendent la prochaine équipe ministérielle investissant l’Hôtel du gouvernement. L’une des observations est qu’importe laquelle des deux alliances qui aura la faveur de l’électorat, les remèdes de cheval à être administrés pour assurer une relance de la croissance ne diffèrent pas sur le fond, même si la présentation et le dosage pourraient se différencier, dépendant de l’alchimie politique.
Le fait incontestable découlant de cette revue économique est que Maurice est dorénavant une économe de services vu que “with 72% of GDP, and a signifi cant component of exports, the services sector plays an important role in the economy. Efforts are under way to further increase trade in services and create more employment opportunities therein, with a view to mitigating high unemployment caused partly by the decline in non-preferential access.” Avec ce postulat, l’OMC donne déjà le ton même si, dans un premier temps, elle est tout éloge, à savoir que “Mauritius ranks well in various international indicators relating to governance, competitiveness and the business environment. It is consistently one of the strongest performers in Africa.
” N’empêche que le rapport de l’OMC, rendu public hier matin après 3 jours de délibérations, fait état de 5 défi s cruciaux auxquels Maurice doit faire face et à 3 risques qui pèsent encore sur l’économie. Ainsi, au chapitre des Macroeconomic Challenges, ce rapport identifi e en priorité l’environnement économique externe diffi cile avec la crise affectant les principaux partenaires économiques de Maurice dans la zone euro. “From a short to medium term perspective, macroreconomic risks might principally emanate from a prolonged downturn in the euro area. Given that the European Union is the main trade partner of Mauritius (both for goods and tourism), the country remains highly vulnerable to changes in economic and fi nancial conditions in the Euro area”, prévient l’OMC.
L’analyse de l’OMC s’aligne sur les grandes lignes de la thérapie proposée par le Fonds monétaire international pour endiguer les diffi cultés externes, soit “in this regard, the IMF recommended an appropriate policy response that should include: (i) allowing automatic fi scal stabilizers to work; (ii) limited targeted spending increases focused on specifi c growth supporting interventions to facilitate labour market adjustment; (iii) moderate expansionary monetary policy, and (iv) allowing the exchange rate to act as a shock absorber.”
La 2e contrainte relevée par l’OMC porte sur la nécessaire lutte pour contenir la montée de l’infl ation, rejoignant du même coup les préoccupations du gouverneur de la Banque de Maurice, Rundheersing Bheenick. Ce dernier ne rate aucune occasion de revenir avec son mantra contre le fl éau de l’infl ation. Le document sur la Trade Policy Review souligne que “upside risks to infl ation could stem mainly from external price pressures, in particular higher global oil and food prices, a relatively weak rupee and potential wage increases in the private sector above productivity gains.”
Mais sur ces différents fronts, la Banque de Maurice veille au grain avec le Monetary Policy Committee renforçant la vigilance lors de sa prochaine réunion. “Latest CPI data released by Statistics Mauritius showed headline infl ation remained broadly stable in September 2014, while year on year infl ation fell signifi cantly after prices of vegetables in the CPI basket slumped. The lower CPI in September 2014 was also due to downward changes in the price indices of motor vehicles, gasoline and other goods and services. Together, these changes more than offset the increase in the price index of other of products”, confirme la revue de l’économie par la Banque de Maurice en date de la semaine dernière.
Nette détérioration
Le 3e facteur inquiétant au sein de l’économie s’articule autour des External Imbalances avec une nette détérioration du défi cit des comptes courants, représentant 10% du Produit intérieur brut (PIB) en 2013 contre 7,4% en 2009. “The high current account defi cit is a source of external vulnerability as it is mainly fi nanced by debt-creating flows. The objective of government is to narrow it to some 7% by 2016 as part of sustained fiscal adjustment strategy and with a view to improving its external competitiveness”, peut-on lire à la page 15 de ce document de 106 pages.
4e défi, la chute dramatique dans le niveau d’épargne national constitue un sujet de grosses inquiétudes et un obstacle à surmonter dans la voie du redressement économique envisagé. Depuis le début de ce siècle, le niveau de l’épargne a baissé de manière drastique, passant de la moyenne de 25% du PIB en 2000 à 14% ces dernières années avec aucun signe d’un changement de tendance en vue. Les Think-Tanks économiques au sein des deux alliances qui s’affrontent lors des prochaines élections sont unanimes à reconnaître que des mesures énergiques s’imposent en vue de dégager les ressources fi nancières nécessaires pour relancer les investissements.
“Private investment has contracted in real terms as a result of weak and uncertain economic conditions in our main trading partners. While fiscal consolidation efforts have put the country on a prudent fi scal path, there is a pressing need to rebalance the economy away from consumption towards higher exports, investments and savings”, préconise-t-on officiellement.
L’urgence visant à revoir la stratégie en vue d’améliorer le niveau de compétitivité de l’économie représente le 5e facteur à ne pas négliger car il est reconnu que “enhancing the competitiveness of the Mauritian economy is key to the Economic Reform Programme launched by te government since 2006.” Tout en faisant état des mesures entérinées depuis ces huit dernières années pour éliminer les goulots d’étranglement avec des résultats probants dans le World Bank Ease of Doing Business Ranking, le rapport affi rme que des lacunes demandent à être remédiées de manière urgente pour améliorer la productivité et la compétitivité de l’économie.
Abolition des quotas
Sur le plan sectoriel, les répercussions de l’abolition des quotas internes de sucre au sein de l’Union Européenne à partir de 2017, même si la baisse du prix à l’exportation se fait déjà sentir, retiennent l’attention dans la conjoncture. L’abolition du prix garanti sous le Protocole-Sucre, a représenté la perte directe d’un Sugar Dividend de l’ordre de 200 millions de dollars, soit une moyenne de Rs 6 milliards, par an.
Pis encore, l’industrie sucrière post-Protocole-Sucre, qui a dû essuyer une baisse de prix de 36% à partir d’octobre 2009, est confrontée à la CAP Reform pour la période allant de 2014 à 2020 avec l’échéance de l’élimination des quotas de sucre à partir de 2017. Le sucre est de nouveau à la croisée des chemins.
« This decision calls for an urgent review of the structure of the industry, including its production and operational costs, as well as the marketing strategy of the Syndicate. It also brings us back to a crossroads where the decision has to be taken whether the industry has to go further up the value chain (entailing additional investment) coupled with a further diversifi cation of its export markets”, concèdent les autorités, qui ont commandité une nouvelle étude socio-économique actuellement en cours pour baliser la voie à suivre.
Un autre grave problème pend au nez de l’industrie sucrière, soit la réduction dans la production de cannes. De 2008 à 2013, ce secteur a enregistré une baisse de quelque 700 000 tonnes de cannes, passant de 4,5 millions à 3,8 millions remettant en question la viabilité de ce secteur. Dans le cadre de la Fourth Trade Policy Review, l’équation dans l’industrie cannière est delicate et aucun decideur politique ne pourra y échapper car «with the consolidation of the corporate sector of the industry and the massive investments undertaken at this level, sugar companies will have to fetch higher returns from markets through further integration into higher value-added products including sugar-based processed foods manufactured in Mauritius and overseas. This objective will, however, be diffi cult to achieve if sugarcane input is continuously on the decline. Sugar companies, which will remain the drivers of the industry, will need cane feedstock to attract value while planters will need value to grow cane feedstock. This is the key question that the industry has now to address”.
Le secteur manufacturier, qui contribue à hauteur de 16,7% au PIB, permettant à Maurice d’accéder au rang de pays à revenus intermédiaires, fait face à trois contraintes majeures, soit une “overdependence on traditional markets”, en particulier la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis, avec pour conséquence que “the economic slowdown in these markets has impacted negatively on the export sector”,
— un niveau relativement bas de compétitivité industrielle et l’érosion des préférences commerciales et des filets de protection, exposant les exportations mauriciennes de manière désavantagée et brutale à la féroce compétition sur le plan international, et
— “lack of skilled labour to stimulate diversifi cation of the manufacturing sector” constituant un obstacle presqu’incontournable pour le secteur de se positionner dans le créneau des “technology driven industries.”
Croissance de 4%
L’OMC se fait l’écho de l’Inclusive High Income Economy Vision pour la transformation de Maurice d’ici 2020. “The pathways to the Inclusive High Income Economy include: the development of new economic activities such as the ocean economy, a health centre of excellence, biotechnology, an aviation hub, and a knowledge hub; the implementation of the New Africa Strategy to tap investment opportunities in Africa, and investing signifi cantly in the physical infrastructure of the economy. The objective is to ensure economic growth, social equity, and sustainability.”
Dans le meilleur des scénarios, les prévisions du Fonds monétaire international sont que la croissance économique devrait être de l’ordre de 4% annuellement à moyen terme avec le défi cit des comptes courants ramenés à 6,5% du PIB.
Mais attention! L’avertissement émis lors de la Trade Policy Review de l’OMC est des plus clairs car trois risques perdurent toujours, soit “prolonged global economic downturns, high government expenditure, and debt-related risks constitute threats to Mauritius’ positive economic outcome”.