L’épisode de la houle australe du Sud-Ouest de l’océan Indien, qui avait fait d’importants dégâts dont six victimes en mai 2007 à Rodrigues et à Maurice, constitue une nouvelle menace ce week-end. Depuis hier, la station de météorologie a émis un avis de fortes houles pour Maurice et Rodrigues, alors que les autorités de l’île de La Réunion sont déjà en état d’alerte, les premières houles devant toucher les côtes de l’île soeur dès 22h hier. À Maurice, la National Coast Guard et des membres de la force régulière affectés aux postes de police des régions côtières, notamment du Sud et de l’Ouest, ont déjà approché les habitants pour les sensibiliser aux risques potentiels que représente ce phénomène et aux mesures de précautions à prendre en cas de nette détérioration au fil des heures.
Les prévisions établies en fin de journée d’hier indiquent que la mer sera de forte à très forte avec des houles du Sud-Ouest de l’ordre de 3,50 à 4 mètres susceptibles d’atteindre les 5 mètres à 5,50 mètres en hauteur au-delà des récifs aujourd’hui. Les côtes sud et ouest restent les plus exposées et le public est fortement conseillé de ne pas effectuer de sortie en mer et d’éviter des promenades surtout sur les plages de ces régions car des risques de submersion subsistent.
Cet avertissement de vigilance de fortes houles restera en vigueur jusqu’à lundi. Il est fort probable que les autorités assurant la surveillance des plages publiques, notamment à l’Ouest, Flic-en-Flac, Tamarin, La Preneuse, Le Morne, Bel Ombre, Rivière-des-Galets et même de l’autre côté à Blue Bay, auront du fil à retordre pour convaincre les plus hardis des baigneurs et des surfers à résister à la tentation de partir à l’assaut de ces vagues tellement tentantes. Toutefois, la prudence est de rigueur pour éviter des catastrophes.
Depuis tôt hier matin, la région du Sud de Maurice est en alerte. À Rivière-des-Galets, les habitants, qui sont sur le qui-vive, se rappellent de la nuit du lundi 25 octobre 2010, lorsque de fortes houles de deux à quatre mètres ont été enregistrées à la fois à Rodrigues et au Sud de Maurice, à Rivière-des-Galets et Souillac. Même si, pour la plupart, ils se disent habitués à vivre avec de grosses houles, il existe bel et bien un risque, surtout avec la tombée de la nuit.
Depuis 9h hier, des membres de la National Coast Guard (NCG) de Souillac, sous la supervision du caporal Heerah, sont à pied d’oeuvre en vue de sensibiliser les habitants des environs. Des dispositions ont été prises par la NCG pour prévenir tout risque engendré par ces fortes houles.
Des patrouilles ont sillonné le village et les environs pour s’assurer que tous les habitants de même que les pêcheurs et les touristes soient informés de la situation de même des pique-niqueurs de la plage de St-Félix.
«Nousavons envoyé deux patrouilles pour sillonner le voisinage depuis ce matin (ndlr : hier). Une de 9 h à 11h30 et une autre dans l’après-midi», indique le caporal. «Il n’y a pas beaucoup de bateaux de plaisance ici. Un message a été envoyé à la communautédes pêcheurs pour qu’ils amarrent bien leurs bateaux ou qu’ils les remontent à l’intérieur des terres. Nous comptons sur la coopération de chacun pour respecter cette mesure», poursuit-il.
Toute sortie en mer étant fortement déconseillée, la NCG de Souillac a également vérifié que les pêcheurs partis en mer sont rentrés. Pourtant, c’est dans le calme habituel du village que les jeunes et moins jeunes poursuivaient leurs activités, de jeunes musiciens continuaient leurs répétitions pour une soirée à l’occasion de la fête de la musique, pendant que les autres habitants vaquaient à leurs occupations. «Tous les ans, pendant cette période de l’année, nous avons de fortes houles», indique le caporal Hureeah.
“Le risque est présent”
Au village côtier de Rivière-des-Galets, Jean-Claude Mangue, travailleur social, est plus philosophique. «La marée devient de plus en plus violente et il fait très froid. La crainte n’est pas vraiment présente du fait que nous sommes habitués, mais nous savons que le risque est présent.»Le seul recours sera de se rendre au centre communautaire du village pour se mettre à l’abri.
Pour sa part, Devi Goolaub se dit angoissée. «Nous sommes inquiets parce que la dernière fois la mer était calme et la marée était montée subitement. En plus, ce sera plus difficile pour nous de nous déplacer en cas d’inondation, à cause de mon frère qui est handicapé.»Elle a pris toutes les dispositions depuis hier et dit avoir mis tous les papiers importants en sécurité.
Devant la marée basse, Thibault Roméo, pêcheur de Souillac depuis 48 ans, ne se réjouit pas de cet avis de fortes houles. «Depi gramatin lamer bon. Inn dir pou ena la houle mé pa’nn dir ki ler. Asterla(vers 14h hier) ki nou pé trouv enn ti sanzman dan lamer», lance-t-il d’un air sceptique, caril est vrai que la mer en ce samedi était encore calme alors que la houle australe était annoncée pour la nuit d’hier à ce matin au plus tôt.
Le même phénomène de houles, dont la hauteur devrait être de la même envergure que celle de Maurice, devrait s’abattre sur Rodrigues aujourd’hui et demain. Mais à hier en fin de journée, la mer autour de l’île était calme, ce qui a poussé les membres de la communauté des pêcheurs à s’interroger sur cet avertissement de fortes houles.
À Port-Mathurin, les employés du port mettaient la dernière main aux opérations d’embarquement de marchandises, dont du bétail, à bord du Mauritius Trochetia, accosté à quai, en prévision du départ pour Maurice à 8h ce matin. Le programme établi indiquait que l’embarquement devrait se poursuivre jusqu’à au moins 2h ce dimanche matin.
L’état de la mer ne constituait nullement un handicap pour les employés du port à Rodrigues hier soir. Mais force est de constater que la traversée jusqu’à Maurice à bord du Mauritius Trochetiapourrait s’avérer des plus houleuses pour les passagers.
De leur côté, les prévisionnistes de Météo-France mettent en garde contre le fait que les houles pourraient atteindre un maximum de 11 mètres sur des parties exposées de l’île soeur. Mais ils tentent de rassurer quece phénomène naturel pourrait être légèrement moins conséquent que les épisodes de mai 2007 ou encore d’août 2011.
Quand la houle australe s’était déferlée sur cette partie de l’océan Indien le week-end du 12-13 mai 2007, le bilan en pertes de vies humaines était lourd à Rodrigues et à Maurice. À Rodrigues, trois pêcheurs, à savoir Joseph Perrine, Gabriel Évenor et Louloune Pierre-Louis, et deux membres de la NCG, les constables Spéville et Philippe, furent emportés par les vagues dans des circonstances dramatiques lors d’une opération de sauvetage à la Passe-Plate.
À Maurice, Ramchandar Babooa, âgé de 42 ans, avait été balayé à bord de son embarcation par une houle sourde au large de l’île de la Passe dans la nuit du samedi 12 au dimanche 13 mai 2009. Ce gangmanétait en compagnie de trois  amis pour une partie de pêche ne sachant le danger que représentait la houle australe.
Le bulletin de Météo-France (Réunion) fait état du fait qu’après le passage d’un front froid dans la journée de samedi, une houle de Sud-Ouest grossissait rapidement hier l’après-midi pour dépasser les 4 mètres en hauteur moyenne dans la nuit de samedi à dimanche.
Le pic de houle sdevait être atteint dans la journée d’aujourd’hui avec les vagues moyennes atteignant les 4 mètres à 4,50 mètres entre Le Port et la Pointe des Aigrettes et de 4,50 mètres à 5,50 mètres de la Pointe des Aigrettes à la Pointe de la Table. Sur les parties les plus exposées de La Réunion, les hauteurs maximales pourront atteindre jusqu’à 11 mètres au déferlement.
Les Réunionnais sont également avertis de la possibilité d’une submersion des plages, des digues, une élévation du niveau de l’eau dans les lagons et les ports ainsi que de forts courants à proximité des passes pourront être observés. Le chef prévisionniste à Météo-France, Jacques Ecormier, appelle les Réunionnais à la plus grande prudence avec cet épisode de forte houles d’une intensité qui ne se retrouve que tous les trois à cinq ans.