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Et si le déconfinement avait réellement lieu le 4 mai, comme annoncé ? Comment réagiront les Mauriciens, confinés et confits dans leur maison depuis près d’un mois ? Respecteront-ils toujours les gestes barrières et les règles de distanciation sociale ? Autant de questions qui nous taraudent à une dizaine de jours du déconfinement.

« Je ne sortirai que pour les choses essentielles. Pas de shopping, pas de sorties inutiles », nous confie d’emblée Brigitte D, fonctionnaire retraitée. Si avant le confinement elle aimait bien tout faire seule, elle s’est résignée cette fois à limiter ses sorties et mouvements. « Cela me peine, c’est difficile à accepter. Vous savez, nous les vieilles personnes, nous avons notre petite routine, nos habitudes et changer cela du jour au lendemain reste compliqué, mais je n’ai plus le choix. J’ai demandé à mes enfants de m’inscrire sur les sites de commandes en ligne pour limiter mes déplacements au supermarché », dit-elle.

Le masque, « évidemment que je vais en porter. Je vais justement en coudre encore, même si je dois avouer que cela m’effraie un peu de voir tout le monde en porter, n’étant pas habituée à cela. Je vais suivre toutes les consignes, pas de dérogations ! On ne joue pas avec la santé. » Même son de cloche du côté de Jean-Paul Lam. « C’est certain qu’il faudra porter tous les jours le masque et respecter toutes les consignes », dit-il d’emblée. Selon le jeune entrepreneur, si le déconfinement devait avoir lieu le 4 mai, « ce serait beaucoup trop tôt. J’avoue que cela me tracasse un peu », dit-il.

Conditionnement à un nouveau monde

Néanmoins, si cela devait effectivement avoir lieu, il espère que cela se fera de manière graduelle. En contact avec plusieurs jeunes entrepreneurs asiatiques sur des forums internationaux via zoom et autres, Jean-Paul Lam apprend beaucoup de leurs échanges. « Il est important de prévoir un plan B pour après le déconfinement pour éviter la grosse panique. Les pays asiatiques sont très avancés sur le plan de la technologie. Le système éducatif s’est adapté et les enfants, grâce aux cours en ligne, ont la chance d’apprendre avec les meilleurs enseignants du pays, chose qui ne pouvait se faire avant », dit-il. Selon lui, Maurice ne doit pas rater le coche et doit commencer à se développer en ce sens.

Pour sa part, il se dit prêt. Prêt mentalement surtout. « La crise sera longue, nous devons commencer à réfléchir sur ce que nous deviendrons. Le conditionnement à ce nouveau monde doit déjà commencer, car plus rien ne sera comme avant. C’est un fait. Nous avons eu la chance d’avoir une vie au contact de l’autre, les générations futures ne connaîtront pas ça. » Par ailleurs, il espère que les Mauriciens garderont les bonnes habitudes adoptées pendant le confinement. « C’est dans la nature des Mauriciens d’être au contact des autres. Beaucoup voudront aller prendre des nouvelles de leurs proches, etc. C’est pourquoi il est important de beaucoup communiquer sur le port du masque, sur comment bien se protéger post-confinement. »

La discipline, une question de culture

Garder une certaine discipline. C’est aussi ce que souhaite Devina Lobine. « Si certains pays asiatiques arrivent à s’en sortir, c’est aussi beaucoup grâce à leur discipline. Une chose que nous n’avons pas ici. » La scientifique est catégorique : les Mauriciens sont indisciplinés de nature. Elle espère ainsi que ces derniers comprendront l’importance de porter le masque post-confinement, de même que de se laver régulièrement les mains. « D’ailleurs, j’ai demandé à mon cousin de renvoyer son mariage prévu pour juillet. Ce n’est pas responsable. On doit éviter tout rassemblement », dit-elle.

Aussi, elle souhaite que les gens prennent plus conscience de leur consommation. « Nous nous sommes rendu compte, pendant le confinement, que nous n’avions pas besoin de beaucoup pour vivre. Idem pour notre surconsommation de papier. Une courrier électronique peut très bien remplacer 15 copies papier. C’est une sorte de wake-up call et nous devons continuer sur cette lancée », dit-elle. Devina Lobine ne manquera pas de porter son masque et d’éviter tout rassemblement. Un nouveau mode de vie auquel elle est prête à adhérer.

En effet, une nouvelle chance pour tout recommencer. C’est ce que pense Pascal Laroulette, évoluant dans la finance. « Je vais porter le masque pour me protéger moi et les autres, mais en même temps, j’enlève un autre masque et je fais le choix de vivre autrement, de vivre réellement », dit-il. « Pendant ce confinement, j’ai découvert un plus gros virus que le Covid-19 et c’est la famine. » Pour lui, il est important d’encourager les Mauriciens à planter et à réduire leur dépendance aux supermarchés. Lui aussi soucieux des paramètres de ce déconfinement, il souhaite toutefois que le gouvernement communiquera les détails à la population pour qu’elle puisse déjà se préparer et se conditionner. « Il faut communiquer avec la population, respecter les consignes et les actions nécessaires devront être prises si tel n’est pas le cas. »