Novateur et impliqué dans de nombreux projets immobiliers, Vincent d’Unienville fait aujourd’hui le pari du Rwanda où il propose avec succès le savoir-faire mauricien dans les activités d’économiste de construction et de maître d’oeuvre délégué.  
Passionné. C’est le premier mot qui vient à l’esprit quand on écoute Vincent d’Unienville parler de son métier ou plutôt de ses métiers : celui de « Quantity Surveyor » (économiste de construction) et de « Project Manager » (maître d’oeuvre délégué). Ces professions, encore méconnues, se révèlent pourtant indispensables au secteur de la construction. « Tel un chef d’orchestre, il doit connaître parfaitement sa partition pour être capable de faire travailler harmoniquement ses collaborateurs. Il doit comprendre les besoins et les demandes du client pour lui rendre un projet immobilier réussi en termes de fonctionnalité, de budget, de qualité et surtout de délai. » Vincent d’Unienville sait de quoi il parle, il est mélomane et musicien accompli, jouant de la guitare et du piano.  Ce diplômé du collège St Joseph, cadet d’une fratrie de cinq enfants, met le cap, en 1981, vers la ville du même nom, où il deviendra, après cinq ans d’études, économiste de construction. Rentré au pays, il travaillera pendant dix ans dans un important groupe local. « Cette période est extrêmement importante, j’ai pu y parfaire mon expérience. » Ambitieux, il quitte son emploi pour créer, en 1998, sa propre entreprise, D&A (D’Unienville and Associates), à Quatre- Bornes. S’appuyant sur son réseau, il séduit des clients divers et variés (du particulier au groupe hôtelier) car il leur permet de réaliser des économies. Les besoins se font sentir car les architectes préfèrent se consacrer à la création. Afin de proposer de nouveaux services, il constitue en 2002, avec un capital de 25 000 roupies (625 euros), une nouvelle entreprise, Keystone. Elle est spécialisée dans la gestion de projets et en assistance de maîtrise d’ouvrage dans la construction.
LA RECONNAISSANCE D’UN MÉTIER
La création de Keystone répond à un impératif : « Séparer la gestion de projet et les domaines du métré (quantifier tous les éléments d’un ouvrage réalisé – Ndlr). Nous voulons éviter les conflits d’intérêt. Comment être impartial quand des employés ont les deux fonctions ? Or, le maître d’oeuvre délégué se doit de décider à la fois dans les domaines quantitatif et financier. C’est un gant de fer dans une main de velours ! ». Cette volonté de Vincent D’Unienville de dissocier les fonctions de « Quantity Surveyor » et de « Project Manager » débouche sur la création, en 1998, de la Mauritius Association of Quantity Surveyors (association mauricienne des économistes de construction) dont il sera le premier président. La fonction a d’ailleurs été reconnue en 2013 par les autorités.
Les affaires marchent et les entreprises de Vincent d’Unienville sont appelées un peu partout dans l’île. Keystone a ainsi travaillé sur des développements résidentiels et hôteliers comme Sofitel So Mauritius et Villas Valriche, des bureaux comme le siège social d’Emtel ou encore des centres d’affaires comme le Grand Baie Business Park… Mais aussi à l’extérieur de l’île. « En 2009, nous avons même travaillé en Libye. »
Aujourd’hui, D&A et Keystone sont les seconds acteurs du marché de la construction à Maurice avec un chiffre d’affaires qui s’élève à 1 millions d’euros (40 millions de roupies). Mais le marché mauricien de la construction étant saturé et soumis à la crise, Vincent d’Unienville prospecte à l’étranger.
UNE EXPANSION AU RWANDA
Suite à une rencontre entre la Chambre de commerce et d’industrie de Maurice et la Fédération rwandaise du secteur privé, il découvre que le Rwanda est bien placé dans les classements de Transparency International (l’ONG internationale qui publie un rapport annuel sur l’indice de perception de la corruption), de l’indice Mo Ibrahim (qui mesure la gouvernance) et surtout que Kigali se trouve en demande constante de services de construction.
S’inspirant du modèle asiatique et… mauricien, le Rwanda Development Board (l’agence de promotion des investissements rwandaise) est dirigé par Rama Sithanen, l’ex-ministre des Finances mauricien. Kigali a créé un cadre facilitant les investissements.  Séduit, l’entrepreneur se rend dans cette région des Grands lacs. Il découvre un peuple qui a la volonté inflexible de faire « parler de lui en bien et d’être un exemple ».
« Le pays est un immense chantier à ciel ouvert où les qualités des Mauriciens sont très appréciés. Notre bilinguisme nous sert merveilleusement. » De fait, la maîtrise exclusive de la langue de Molière peut parfois paraître suspecte dans ce pays.  
Il crée et enregistre, avec 25 000 roupies (650 euros), en février 2012, une société de droit local : Arabella. Cette entreprise évolue comme ses ainées mauriciennes dans le secteur de la construction.
Elle obtient le chantier d’extension d’une école qui sera livrée fin août 2015, les contrats de deux projets résidentiels à Kigali et deux maisons individuelles. Il recrute un « Quantity surveyor » formé en Ouganda pour faire le suivi de ces contrats et ouvre un bureau au début de l’année.
« Il est primordial de s’adapter au contexte local et de respecter les habitudes, la culture locale », explique Vincent d’Unienville qui se rend une fois par mois dans le pays des Mille collines. « Car on ne peut pas faire des affaires par Skype. » Et il apprend même le Kinyarwandais, la langue nationale du Rwanda. Ce faisant, Vincent d’Unienville désigne la baie vitrée où est inscrit ce proverbe africain : « Si tu veux aller vite, vas-y seul, mais si tu veux aller loin, alors il faut y aller ensemble. »