La République de Maurice éprouverait, dit-on au ministère de l’Emploi, des “diffi cultés”, pour mettre en application la Convention internationale du travail maritime (Maritime Labour Convention), mais l’ironie veut qu’elle compte parmi ses propres fi ls un des principaux rédacteurs de cette convention auprès de laquelle pas moins de 52 pays se sont déjà engagés jusqu’ici. Il s’agit de Dani Appave, lequel fait partie depuis 1985 de l’équipe des spécialistes de l’Organisation internationale du travail (OIT) chargés de questions marines, de pêche, des ports et des voies fl uviales internes, y compris la rédaction des Conventions.
Dani Appave, un ancien élève du collège Royal de Curepipe, a quitté le pays dès la fi n de ses études secondaires pour se faire offi cier marin. Après avoir parcouru les mers, il a été employé par l’Onu et l’OIT. Selon le site web de l’OIT, “Dani Appave a dévoué tout son temps depuis 2006 à promouvoir et à veiller à l’application de la Convention du travail maritime à travers le monde.” En sa capacité de spécialiste, il a aussi dirigé brièvement le bureau de l’OIT à Islamabad de 1998 à 1999 (Pakistan) avant de revenir au secrétariat de l’organisation à Genève où il a produit toute une série de rapports qui ont aboutis, en 2006, à l’adoption de la Convention.
Effort appréciable du gouvernement
Dani Appave ne cache pas son “impatience” de voir la République de Maurice se conformer — enfin — totalement à la convention par le biais d’une ratifi cation en bonne et due forme qui précéderait la signature fi nale du document par le pays. Mais, en attendant, il déclare “apprécier l’effort du gouvernement — même avant de ratifi er la convention — pour contrôler les activités des agents-recruteurs de marins et de personnel de paquebots de croisières.”
Selon le spécialiste de l’OIT, “la réclamation d’argent sous toutes les formes par un agentrecruteur de toute personne souhaitant se faire employer à n’importe quel poste sur un bateau est tout-à-fait illégale mais la pratique est récurrente à Maurice. Il est urgent d’y mettre un terme. Une telle pratique est contraire à la MLC, est néfaste pour l’image de notre pays et c’est dangereux également pour les armateurs. Ces derniers s’exposent ainsi au risque que leurs bateaux soient détenus dans n’importe quel port où qu’ils se trouveraient dans le monde si les autorités portuaires d’un pays signataire de la convention arrivaient à savoir qu’un marin a eu à payer un agent-recruteur.”
Pour Dani Appave, “il faudrait immédiatement mettre un terme aux agissements de certains agents-recruteurs et si une loi n’existe pas à Maurice pour les empêcher de nuire, il faudrait en faire voter une au plus vite rien que pour protéger un secteur générateur d’emplois et de devises étrangères pour les citoyens mauriciens et pour le pays. Du fait des sanctions que risquent leurs bateaux pour avoir traité avec un pays qui ne respecte par la Convention du travail maritime, des armateurs pourraient bien choisir de ne plus embaucher des Mauriciens. Ces armateurs ne voudront nullement être rendus responsables de quelque manquement ou de quelque absence de vigilance de la part des autorités mauriciennes”, metil en garde.
Selon le spécialiste de l’OIT, depuis que la MLC est entrée en vigueur le 20 août dernier, pas moins de trois bateaux ont été détenus dans le port du Québec. Dans un cas, des inspecteurs canadiens ont découvert que les armateurs japonais du navire-cargo panaméen Kouyou devaient plus de 51 000 dollars de salaires à l’équipage. L’intervention des inspecteurs canadiens avait été sollicitée par l’International Transport Workers Union (ITF) et le syndicat Unifor après que l’équipage du Kouyou, en majorité composé de Birmans et de Vietnamiens, s’était plaint de maltraitance et de non-paiement d’une partie de ses salaires qui devaient être versée aux familles restées à terre pendant que les marins étaient, eux, à leurs postes.
La conclusion qu’il faut retenir des mésaventures du Kouyou, “c’est qu’avec la Convention internationale du travail maritime, la communauté des gens de mer peut être rassurée que ses droits vont être désormais mieux respectés et que les gouvernements signataires de la convention et les agentsrecruteurs vont devoir assumer jusqu’au bout leur responsabilités”, selon Dani Appave.