Cette semaine Le Mauricien vous propose d’oublier le côté glamour de la mode pour comprendre le métier de styliste. Samuel Yeung, styliste mauricien très connu, nous explique les dessous de son métier, qu’il exerce avec passion.
« Être styliste est un métier sérieux. Sept milliards de personnes habitent cette planète. Selon les études il faut 21 millions de pièces (chemises et pantalons) pour les vêtir. C’est beaucoup de pièces et beaucoup d’argent. Si chaque pièce coûte Rs 200 ça vous fait Rs 4 200 millions. Donc la mode est-elle toujours un métier non sérieux pour les jeunes stylistes ? Est-ce que l’industrie de la mode est moins importante que l’industrie sucrière, touristique, ou autre ? » nous dit Samuel Yeung. Lors de notre rencontre, le styliste a voulu mettre l’accent sur le métier en lui-même. « La mode est un rêve mais pas une activité frivole. Les chiffres nous le montrent. Comment peut-on dire que l’industrie de la mode n’est pas aussi importante que l’industrie sucrière quand le marché womenswear est estimé à dépasser la barre de Rs 621 millions en 2014, avec une croissance de 12% ces cinq dernières années. Le marché européen représente plus de 35% du marché global. La mode est une activité très sérieuse, encourageons les jeunes à devenir stylistes, faire des études de mode, ou de gestion dans le domaine de la mode. Le monde est un petit village, s’ils sont talentueux et bosseurs ils trouveront leur place, et si pas à Maurice, dans le monde. J’ai fait une des écoles les plus reconnues au monde, travaillé avec l’élite de la mode en Europe. Faisons des écoles de mode comme il y en a en Europe et en Asie, faisons de ce métier un métier professionnel. Éloignons-nous de l’amateurisme. Et rêvons, étudions, faisons nos apprentissages et exécutons nos rêves, traversons nos obstacles seuls et ensemble. Les autres en Chine le font. Le professionnalisme commence par une envie, des recherches, l’apprentissage, un diplôme et des réglementations. Soyons avertis de ce qu’on achète. En France, d’où elle est originaire, la haute couture est une appellation juridique protégée. La Chambre syndicale de la haute couture définit les critères auxquels doivent répondre les maisons de haute couture », nous explique-t-il avec beaucoup de passion.
Le styliste montre un côté très différent de ce que les gens imaginent quand on parle de mode. Il nous explique ensuite comment il perçoit le monde d’aujourd’hui par rapport à la mode : « Aujourd’hui on s’habille en fonction de son statut social et de son travail avec de la personnalité et de l’individualité qui reflètent l’état d’esprit et l’âge de l’individu. La mode est devenu un reflet de l’image que l’on veut projeter de soi-même, d’où l’investissement financier par rapport à ce qu’on possède. Que cela nous rendra heureux, ou atteindra nos espérance, nous suivons une mode qui est constamment en évolution et qui ne connaîtra jamais ses limites. La mode et l’art c’est de se permettre de rêver, de croire en l’impossible. Quels que soient vos rêves, on peut les réaliser. Dès que l’on s’aperçoit que la vie autour de nous n’est pas créée par des gens plus malins que nous, nous comprenons que pouvons le changer, l’influencer. Vous allez faire de vos rêves une réalité et influencerez les gens à votre manière ».
Prêt-à-porter
Le styliste vient ensuite à nous parler du prêt-à-porter et nous en explique le sens. « Nous avons connu le sur mesure, maintenant il y a le prêt-à-porter qui lui-même est très large et de différents niveaux. On a le prêt-à-porter sportwear, workwear et autres et surtout le designer prêt-à-porter comme les marques Hugo Boss, Lacoste, Levi’s, Guess. Tout ça c’est du prêt-à-porter mais de différents niveaux. Le designer prêt-à-porter est celui que nous allons aborder, ce n’est pas le prêt-à-porter qu’on retrouve dans les boutiques locales. Les marques comme Hugo Boss, Lacoste sont des Designer Brandwear, un cousin aux Designer Brands. Levi’s et Diesel sont des Street Designer Brandwear. Le style et la gamme sont différents. Au sommet nous avons la haute couture, qui est réglementée par la Chambre syndicale de la haute couture, laquelle donne droit au créateur de se nommer haute couture. »
La mode et la haute couture sont une évolution constante. Il est important pour un créateur de savoir où il voudrait se positionner dans le monde de la mode. Il est important aussi qu’il puisse marier la mode et le business. Comme l’explique Samuel Yeung, les chiffres sont importants. « C’est un choix du créateur d’être à la pointe de l’innovation ou de faire de la création reproductive pour commercialiser certains produits. Être à la pointe de l’innovation c’est suivre son imagination pour créer quelque chose de nouveau, qui influencera le monde ».
Notre interlocuteur a une bonne vision pour les années à venir pour le marché de la mode à Maurice. Il y a quelques années, il était professeur à l’Université de Maurice où il a pu côtoyer de jeunes talents : « Les jeunes avaient peu de connaissances sur le sujet. Malgré leur bonne créativité, ils ne savaient pas à quel point ce métier était vaste. Maurice a encore tout à gagner, nous sommes encore un pays jeune et le potentiel de la mode n’est pas encore exploité à 100%. J’encourage fortement les jeunes à s’orienter vers cette profession, mais aussi à être visionnaires, faire du fashion marketing, du fashion management, entre autres. Ce sont toutes ces filières qui amèneront à devenir styliste ».