(Photo by MARCO SABADIN / AFP)

Plusieurs Mauriciens installés à l’étranger vivent aussi le confinement. Même à des milliers de kilomètres, ils suivent l’actualité de leur île natale et ont une pensée pour leurs familles et proches. En Europe, en Amérique ou en Asie, ils témoignent.

Pas un jour ne passe sans que Nicolas Lambert, Blandine Cleary, Pascaline Le Duigou, Teisha Dickerson, Jennyfer Sardouce Damour et Debora Baker ne prennent des nouvelles de leurs proches à Maurice, tout en suivant l’évolution du Covid-19 dans l’île. Installée depuis quinze ans dans le Sud-Est de l’Angleterre, à Hampshire, Blandine Cleary tente de ne pas trop stresser. “Depuis quelques jours, je me sens soulagée d’entendre que la situation s’améliore à Maurice. J’espère que le gouvernement maintiendra les mesures prises car, à l’heure actuelle, c’est compliqué d’établir le nombre réel de personnes atteintes par le virus.”

Nicolas Lambert

Précautions.

Il y a quelques temps, Pascaline Le Duigou a dû écourter ses vacances à Maurice pour retourner en Bretagne. “Nous sommes rentrés mon beau-père, mon fils et moi en laissant derrière toute ma famille ainsi que mon époux. Tous les jours nous leur faisons des appels vidéos pour prendre des nouvelles. La première chose que je fais le matin, c’est de suivre les infos sur Maurice par internet. C’est dur d’être loin d’eux et, en même temps, de gérer nos affaires en Bretagne, où il y a eu 603 cas confirmés et 129 décès.”

Teisha Dickerson n’a, quant à elle, pas attendu que la Malaisie instaure le confinement, le 18 mars, pour s’isoler. Mère d’un petit de 8 mois, elle explique : “Dès que j’ai vu que le virus se propageait en Chine, je me suis mise en isolation chez moi en janvier, tout en m’informant quotidiennement. Cela m’a permis de prendre le maximum de précautions, comme désinfecter l’appartement tous les soirs ou laver un à un au savon les courses que nous achetons. J’ai aussi prévenu mes proches à Maurice bien avant l’annonce du premier cas. Il était évident que le virus allait franchir les frontières. Mes proches ont pu acheter leurs stocks de masques, de gants et de provisions.”

Si un déconfinement sera bientôt envisagé à Kuala Lumpur, Teisha Dickerson ne peut s’empêcher de craindre une deuxième vague de contaminations. De ce fait, elle continuera à se protéger et se couvrir de la tête aux pieds pour sortir “uniquement en cas de nécessité”. Au centre de Kuala Lumpur, où elle habite depuis deux ans, 4 800 cas positifs ont été enregistrés.

Chômage et pandémie.

Directeur d’hôtel pour le groupe Marriott Hotels, Nicolas Lambert travaille malgré le confinement. Dans sa ville d’adoption, à Louisville, aux Etats-Unis, plus de 2 000 personnes ont été infectées par le Covid-19 et 45 en sont mortes. “Je me fais un devoir de suivre le compte rendu du gouvernement mauricien et de parler à ma famille et mes amis à Maurice. En tant que professionnel dans le milieu hôtelier, je n’ai pas de doute que l’Europe et le reste du monde seront en mesure de reprendre. Néanmoins, j’ai peur que les touristes tardent à revenir en vacances à Maurice. Les gens n’auront pas forcément les moyens de se payer des voyages à l’étranger”. Il a lui-même été contraint de reprogrammer ses vacances initialement prévues en juin. En attendant, Nicolas Lambert planifie ses dépenses pour les mois à venir. En l’espace de trois semaines, près de 17 millions d’Américains ont déjà perdu leurs emplois.

Pascaline Le Duigou (Bretagne), Jennyfer Sardouce Damour (Réunion), Debora Baker (Australie)

De chez elle à Sainte Suzanne, Jennyfer Sardouce Damour continue d’alimenter les grilles de programmation pour le compte d’Antenne Réunion. La Mauricienne prend souvent des nouvelles de sa famille et de ses amis. “Je m’inquiète surtout pour les personnes sans emploi et j’espère sincèrement que le gouvernement mauricien leur viendra en aide. Quand je constate qu’en France, malgré son système médical avancé, autant de dégâts ont été causés, je n’ose pas imaginer les conséquences si le virus devait prendre plus d’ampleur à Maurice”. Elle espère que le confinement prendra fin le 11 mai, comme annoncé par le président Emmanuel Macron. “Comme tout le monde, je suis triste et frustrée par ce confinement. Etant quelqu’un de très amicale, le fait de ne pas voir ma famille, mes amis et mes collègues est pesant. Mais je suis consciente qu’en restant à la maison, je me protège ainsi que ma famille”.

A Melbourne, en Australie, le confinement n’est pas total. Les habitants peuvent sortir pour s’approvisionner, pratiquer de la marche à pieds ou des exercices, et même déposer leurs enfants au Day Care. Après un séjour à Maurice en mars, Debora Baker s’est auto-isolée avant de se mettre en mode télétravail. “Ce qui m’a aussi surpris en rentrant d’Australie, c’était ces étagères vides. Mais après deux semaines, la situation s’est stabilisée. Le gouvernement fait de son mieux pour aider la population avec un ‘Stimulus Boost Package’ destiné à soutenir les entreprises aussi bien que les ménages. Pour ma famille à Maurice, je ne suis pas trop inquiète surtout que, d’après ce que je constate, les mesures prises par les autorités mauriciennes sont beaucoup plus strictes qu’en Australie.”

Le retour à la “normale”.

En Bretagne, Pascaline Le Duigou préfère s’accrocher à l’idée que “nous sortirons de là avec de belles leçons à retenir. C’est important de revoir notre façon de vivre. J’avoue que toutes mes journées ne sont pas simples, mais j’ai aussi pris conscience des pratiques à poursuivre après le confinement. Pour l’instant, tâchons tous de prendre soin de nous et de nous protéger.”

“C’est une étrange expérience”, souligne Blandine Cleary. “Le plus dur en ce moment, c’est surtout le fait de ne pas savoir quand exactement ça finira”. Nicolas Lambert pense pour sa part qu’“il faut avancer et surtout se remettre debout en essayant de ne pas commettre les mêmes erreurs”. A Teisha Dickerson de conclure : “Si nous avons un toit sur notre tête, de quoi manger, même si ce n’est pas comme d’habitude, et que  nous pouvons nous protéger en restant chez nous, franchement, il ne faut pas se plaindre d’être confinés. C’est un luxe que tout le monde n’a pas la chance d’avoir.”