L’étudiante Yashika Bhageerathi, âgée de 19 ans, qui a passé ces quinze jours au Yarl’s Wood Immigration Detention Centre dans le Bedfordshire en Grande-Bretagne, a été refoulée, dans la soirée d’hier, vers Maurice suite à une décision du juge Richards siégeant à la Cour de Londres. La Home Secretary Theresa May, en présence d’une pétition de 177 000 signatures en faveur de la Mauricienne, a refusé catégoriquement d’intervenir pour permettre à celle-ci de prendre part à des examens de fin de cycle secondaire en juin prochain. Yashika Bhageerathi, encore sous l’effet du choc, a débarqué au Sir Seewoosagur Ramgoolam international Airport à la mi-journée avec l’atterrissage du vol d’Air Mauritius venant de la capitale britannique.
Outre cette expulsion par le Home Office pour séjour illégal en Grande-Bretagne, Yashika Bhageerathi se retrouve avec une interdiction d’entrée pour une période de dix ans.
La campagne de mobilisation en faveur d’un sursis pour l’étudiante mauricienne, répercutée dans toute la presse britannique, dont la BBC et également en Inde avec le Times of India, a pourtant tenté le tout pour le tout jusqu’à la dernière minute. Le quotidien britannique The Independent, dans son édition du jour, fait état d’un « last minute phone call » des conseils légaux au juge en appel, Justice Richards, alors que Yashika Bhageerathi avait été embarquée dans le véhicule l’emmenant de force à l’aéroport de Heathrow.
Le juge britannique devait refuser d’intervenir pour geler la décision d’expulsion décrétée par le Home Office. Lors d’une intervention devant les instances appropriées à la Chambre des Communes en début de semaine, le représentant du Home Office britannique, en particulier le ministre de l’immigration, James Brokenshire, avait soutenu que Yashika Bhageerathi n’avait pas un cas valide justifiant une intervention ministérielle pour bloquer les procédures d’expulsion.
Le président du Home Affairs Committee de la Chambre des Communes, le député Keith Vaz, avait sollicité en vain une nouvelle intervention auprès de la Home Secretary Theresa May « asking her to urgently reconsider the needlessly cruel decision to deport the student ». Ces sollicitations étaient tombées dans l’oreille de sourds car les autorités avaient déjà anticipé les problèmes qui avaient surgi précédemment avec les compagnies aériennes lors de l’embarquement forcé de cette passagère particulière.
Mobilisation
En vue d’éviter d’essuyer un nouveau refus de la compagnie aérienne nationale mauricienne, après l’épisode de dimanche dernier ou encore comme ce fut le cas avec la British Airways la semaine dernière, le Home Office britannique s’est muni d’une injonction de la Cour suprême pour forcer la main à Air Mauritius. Cette dernière a émis un communiqué hier soir pour expliquer sa position.
« Air Mauritius a été contactée par les autorités britanniques pendant le week-end dernier pour le rapatriement de Mlle Bhageerathi. Considérant que les conditions administratives et de sécurité n’ayant pas pu être remplies, la compagnie ne pouvait accepter d’embarquer la passagère. Air Mauritius, au 1er avril, a reçu une injonction des autorités britanniques pour le rapatriement de Mlle Bhageerathi, remplissant toutes les conditions administratives et de sécurité. Air Mauritius n’a eu d’autre choix que de s’y soumettre. La compagnie a bien évidemment pris toutes les mesures pour que le voyage de Mlle Bhageerathi se déroule dans les meilleures conditions possibles », note la compagnie aérienne, qui dit regretter cette situation tout en rappelant qu’elle doit se conformer aux décisions des autorités compétentes.
Des proches de Yashika Bhageerathi, les camarades de classe de celle-ci de l’Oasis Academy Hadley à Enfield à Londres et ceux qui ont participé à la mobilisation au cours de ces dernières semaines, se disent extrêmement déçus de l’intransigeance des autorités britanniques dans la conjoncture. Intervenant sur la Channel 4 News, hier soir, Sowbhagyawatee Bageerathi, la mère de l’étudiante, soutenait que « where she is going, she is worried about the life and the education. She has worked so hard here and now they want to ruin her life. I am very sad for my daughter. I am very worried. I want everybody to go together and not to send her alone ».
Depuis le début de l’après-midi, Yashika Bhageerathi se trouve confrontée à la réalité qu’elle avait fuie depuis 2012 en quittant Maurice pour rejoindre sa mère à Londres suite à des problèmes de violence familiale. Mais la Bhageerathi Saga est loin d’être bouclée, car la mère se trouve sous le coup d’une éventuelle expulsion, sa demande d’asile n’ayant pas été entretenue favorablement par le Home Office à Londres.