Elle n’a que 18 ans et déjà un parcours impressionnant. Récompensée deux fois du Gold Award du Royal Commonwealth Society Writing Competition, elle est la première Mauricienne – dans l’histoire de ce concours qui existe depuis 130 ans – à avoir reçu l’Indian Ocean Award. Egalement détentrice du Scotiabank Bright Future Young Leaders Award, de l’Ontario Council for International Cooperation Global Changemaker Award ou encore du Mayor Hazel McCallion Youth Leadership Award entre autres distinctions, Estelle Ah Kiow, d’origine mauricienne, a récemment été désignée pour représenter le Canada — son pays d’adoption—, au Girls(20) Summit qui aura lieu en août en Australie. Elle devra y faire entendre sa voix sur les causes qui la passionnent et ainsi faire une différence d’avec les 19 autres participantes en vue par la suite d’orienter les leaders du G20 à prendre conscience des combats à mener. Sa détermination : l’avancement de la femme dans nos sociétés.
Généreuse et passionnée. Ces sont deux termes qui qualifient parfaitement cette jeune beau-bassionnoise qui a immigré, avec ses parents et son jeune frère, au Canada il y a six ans. Si déjà avant son départ pour des terres plus vertes, elle se distinguait de ses camarades de par sa détermination à défendre les causes des femmes, en obtenant notamment l’Indian Ocean Award du Commonwealth Essay Competition autour du thème « Women as agents of change », Estelle Ah Kiow a continué, dès ses premiers pas au Canada, à faire la différence. Étudiante actuellement en Affaires internationales à l’Université de Toronto, la jeune Mauricienne s’est fait remarquer, durant ces six dernières années, sur plusieurs dossiers. Outre les distinctions citées plus haut, la jeune fille a obtenu au Canada, le Leaders of Tomorrow Award, ainsi que le Principal’s Award for Outstanding Academic Achievement. Collaboratrice, depuis quatre ans à Swiggtalk.com au sein du Strength Within Girls Group qui a pour mission d’aider les adolescentes à gagner en estime-de-soi et en leadership skills, et écrivant de même régulièrement pour The NextWomen Business Magazine, Estelle Ah Kiow – ancienne détentrice de la bourse universitaire d’Ottawa – est aussi membre du Plan Canada Because I am a Girl Speakers Bureau. Au-delà de tout cela, elle a récemment été sélectionnée pour représenter le Canada lors 2014 G(irls)20 Summit, à Sydney en Australie.
Sur les pas de Mère Teresa
Cette passion pour défendre la cause des femmes l’anime depuis son plus jeune âge, confie-t-elle à Week-End. « Enfant, ma famille a instillé en moi des valeurs comme l’importance de toujours essayer d’apporter une différence dans la vie des gens autour de nous », dit-elle. De même, sa tante paternelle étant une Soeur de la Congrégation de Mère Teresa lui a ouvert les yeux sur certaines des souffrances du monde. C’est ainsi qu’elle a naturellement adopté comme mission d’apporter des changements positifs autour d’elle, de son entourage et principalement autour des femmes dans le monde. Son objectif : inciter les leaders du monde à investir dans le développement économique des femmes et des filles. Citant Larry Summer, l’ancien chef économique de la Banque mondiale qui a dit lors d’un discours qu’investir dans l’éducation des filles mènerait plus loin, un haut retour sur l’investissement dans les pays en développement, Estelle Ah Kiow souligne qu' »il est prouvé que l’inclusion des femmes et des filles dans l’économie de leurs pays respectifs favorisent le développement et la croissance économique de ceux-ci. » C’est pourquoi elle estime que ce ne serait donc pas seulement une bonne décision d’un point de vue moral, mais aussi un investissement économique intelligent pour les leaders du monde.
« Le système éducatif actuel à Maurice est trop élitiste »
Serait-ce son immigration au Canada qui lui a permis d’avoir un parcours si remarquable? Aurait-elle pu réaliser les mêmes choses à Maurice? Ces questions restent hypothétiques, dit-elle, indiquant qu’il n’y a aucun moyen d’en être sûre. Cependant, dit elle, « je sais que j’aurais sans doute été impliquée dans des causes de justice sociale d’une façon ou d’une autre. Mais en étant réaliste, étant donné la nature du système éducatif mauricien, et particulièrement en allant au Queen Elizabeth College (QEC) où la pression académique est l’une des plus intenses de l’île, je n’aurais pas pu mettre autant de temps dans mes activités parascolaires. » Si elle garde de très bons souvenirs de ce collège où elle s’était faite de très bonnes amies, ce qui l’a marqué à Maurice c’est aussi la compétition malsaine au sein de notre système éducatif. « A cause du système de rangs dans les classes, il y avait une certaine obsession de toujours obtenir les notes les plus élevées. Même si je garde quelques souvenirs merveilleux de l’école, l’environnement surcompétitif était assez malsain et selon moi pas du tout propice à l’exploitation du potentiel créatif et intellectuel des étudiantes », dit-elle. Et d’avancer que « honnêtement, je pense que le système actuel est trop élitiste, et favorise majoritairement ceux qui sont assez en haut de l’échelle sociale. Par exemple, toutes mes camarades admises au QEC prenaient plusieurs leçons particulières, certaines en avaient prises jusqu’à 4 en CPE. Il n’y a aussi pas assez de structures en place pour les élèves qui ont des besoins scolaires particuliers, par exemple pour les enfants autistes. »
Et si actuellement cette jeune passionnée de l’actualité ne parvient pas à suivre l’actualité de Maurice comme elle l’aurait souhaité, elle s’inquiète cependant des problèmes observés par sa famille et elle-même lors de leur récente visite à Maurice, en l’occurrence, le haut taux de criminalité, les problèmes d’infrastructures et le coût de la vie qui a pris de l’ascenseur a un rythme effréné ces dernières années.
La voix des sans voix
Enthousiaste de ses études en affaires Internationales entamées depuis une an à l’université de Toronto, Estalle Ah Kiow n’a cependant pas encore décidé de sa carrière professionnelles. « Ce sera peut-être avocate des droits humains, ou une carrière dans le secteur public au ministère des affaires étrangères par exemple, ou encore avec une ONG internationale ou même l »ONU », envisage-t-elle. Et si à ce jour elle n’est pas encore décidée, ce dont elle est certaine c’est qu’elle épousera une carrière qui lui permettra de continuer à faire avancer les causes qui la passionnent, et continuera à donner une voix à ceux et celles qui n’ont pas de voix.
Ayant fait de l’avancement de la femme son combat, elle estime qu’il est impératif que d’autres forces et voix s’unissent à travers le monde pour apporter les changements nécessaires. « Dans chaque pays du monde, les femmes et les filles ont leur lot d’obstacles et de difficultés qui sont propres à la région dans laquelle ils vivent. Mais nous avons aussi beaucoup de choses en commun, et à différent degrés, chaque pays du monde doit faire des progrès pour complètement inclure les femmes et les filles dans leur économies », dit Estelle Ah Kiow. D’où sa participation au 2014 G(irls)20 Summit qui se tiendra à Sydney en août. En effet, en fonction de ses capacité de leadership, de ses compétences analytiques et de sa capacité à trouver des solutions innovatrices aux défis économiques auxquels fait face le monde, elle a été sélectionnée pour représenter le Canada à ce sommet. Ce qui représente pour la jeune mauricienne, un immense honneur et une grande fierté. « Pour toute jeune fille qui aimerait aider à changer le monde, le G(irls)20 Summit est une plate-forme formidable pour faire entendre sa voix sur les causes qui la passionnent et ainsi faire une différence », dit-elle, ajoutant que « je suis aussi fière d’y pouvoir participer car je suis une déléguée canadienne assez atypique, n’étant pas née et n’ayant pas grandi dans le pays, même si beaucoup de mes années les plus formatrices se sont passées au Canada et que je me sens aussi Canadienne que Mauricienne. » Elle compte miser sur son bagage ethnique et culturel, qui font qu’elle partie de la minorité dans la société canadienne. « J’espère utiliser cette influence pour encourager d’autres jeunes filles à se dire que peu importe leurs origines et leur statut social, tout est possible si elles travaillent dur et croient en la beauté de leurs rêves », dit-elle.
Agir pour lutte contre les inégalités du monde
Notant qu’à Maurice les choses sont en train de changer en ce qui concerne le statut de la femme, elle estime néanmoins qu’il reste énormément à faire, comme c’est le cas dans d’autres pays du monde. « Par exemple, de plus en plus de filles dans plusieurs pays en développement vont à l’école et ont accès au monde du travail, ce qui fait qu’elles ont une indépendance économique et cela leur donne plus de choix. Mais il y a encore un nombre bien trop élevé de filles qui n’ont jamais mis les pieds dans une salle de classe, qui sont victimes de mariages forcés et de violence contre les femmes et les filles. Tout cela reste très complexe, et il faudra beaucoup de temps et de volonté pour qu’on voie un véritable changement », observe la jeune fille. C’est ainsi qu’elle recommande aux jeunes Mauriciennes d’explorer et de trouver ce qui les passionnent. « Peu importe le domaine, si vous aimez ce que vous faites, il sera plus facile d’y mettre des centaines, des milliers d’heures pour que ce soit un succès », dit-elle. Et d’insister, « pour moi, les titres professionnels, distinctions et l’argent ne valent rien si vous ne vous servez pas de votre influence pour aider les autres et faire votre part dans la lutte contre les inégalités du monde… »