Le Conservation Director de la Mauritian Wildlife Foundation (MWF), Vikash Tatayah, estime que l’intérêt national doit être la conservation de la biodiversité et pas de la réduire au nom du développement, dans ses commentaires sur les propositions du Native Terrestrial Biodiversity and National Parks Bill présenté récemment au Parlement. « Il n’y a pas que des choses négatives dans ce projet loi mais aussi du positif », déclare M. Tatayah. Le GM, dit-il, revoit cette loi vieille de 20 ans pour se mettre au diapason de la mouvance internationale car la loi existante à Maurice concernant la biodiversité n’est pas compliant avec la Convention on International Trade of Endangered Species of Wild Fauna And Flora (CITES).
Sur une note positive, Vikash Tatayah dit apprécier la démarche du gouvernement de travailler avec le secteur privé dans la protection de la biodiversité. Mais, s’empresse-t-il d’ajouter, « comment cela va-t-il se faire ? Cette collaboration n’est pas définie dans le projet de loi. » Au Mauritian Wildlife Fund (MWF), les scientifiques souhaitent utiliser la loi sur la Conservation du littoral en France comme modèle de collaboration entre les secteurs public et privé. « Par exemple, s’il y a des terrains importants pour la biodiversité et que l’État veut les acquérir pour qu’ils restent, à perpétuité, dans le domaine public au lieu de les développer à gauche et à droite. Il y a des forêts dans le domaine public mais aussi dans le privé. Il y a aussi beaucoup de plantes rares qui se trouvent dans le domaine privé, par exemple à Ferney, Yémen, Magenta et Chamarel. La perte de diversité a lieu tant dans le public que dans le privé. Il faut conserver toute cette richesse », fait-il ressortir. Autre point positif : le Native Invasive Alien Species fait partie de ce projet de loi. « C’est une bonne chose », estime Vikash Tatayah.
Sur un plan négatif, déclare le Conservation Director de la MWF, il faut une bonne représentativité des parties concernées par la biodiversité. Ce qui ne serait pas le cas dans le projet de loi. Vikash Tatayah cite l’exemple de la Scientific Authority. « Tous les membres du Special Technical Committee sont en faveur du gouvernement. De plus, six viennent du secteur agricole. Il y a là un gros problème de représentativité et d’indépendance. C’est inquiétant », estime-t-il. Parlant du Conservation Fund, M. Tatayah estime qu’il faut inclure un représentant d’une ONG dans ce comité pour plus de transparence. « Puisque la majeure partie des fonds pour la conservation vient du secteur privé, pourquoi ne pas inclure un représentant de ce secteur », s’interroge-t-il. Il réclame aussi l’inclusion de la liste d’espèces qu’il ne faut pas introduire à Maurice dans le projet de loi.
Vikash Tatayah déplore, par ailleurs, que le projet de loi ne fasse aucune provision pour la protection des rivières. Celles-ci ne sont couvertes actuellement par aucune loi. Il se demande comment alors protéger les chevrettes indigènes, les anguilles, les camarons et les plantes aquatiques. « Nous voulons que ce projet de loi vienne parler de la biodiversité des rivières », affirme-t-il.
Finalement, la MWF suggère qu’on enlève les articles 32 et 33 du projet de loi. Selon Vikash Tatayah, le comité technique peut trouver sous l’article 32 que la chauve-souris représente une nuisance et qu’il faut la contrôler dans l’intérêt national. « Nous trouvons qu’en adoptant cet article, on va réduire la protection de la chauve-souris », estime-t-il. Pour ce qui est de l’article 33, il est d’avis que le comité peut trouver que la crécerelle, par exemple, est devenue une nuisance dans un endroit stratégique. « Nous demandons aux autorités concernées de définir ce qu’est un endroit stratégique », déclare notre interlocuteur. Donc, pour la MWF, l’article 33 également n’a pas sa place dans le projet de loi.